( 50 ) Coucher dehors...

19 octobre 2007 - Il y a des réalités qu’on ne veut plus voir ou que l’on n’ose plus regarder. J’ai parlé des sans-abri. Dans 22 villes du Québec, les Auberges du cœur soulignent la 18e nuit des sans-abri ce 19 octobre; plus d’un millier de personnes se réuniront pour sensibiliser la population à l’exclusion. Le phénomène de l’itinérance a pris de l’ampleur au Québec; force nous est de constater que celui-ci ne touche pas uniquement les grandes villes. Qui n’a pas vu dans un centre de ville un corps enroulé dans un vieux carton ondulé? Qui n’a pas aperçu devant une boutique la main tendue d’un vieillard à la barbe longue? Qui n’a pas été interpellé au hasard par un jeune mal attriqué quémandant un peu d’argent pour manger? Qui n’a pas refusé l’offre d’un squeeze voulant laver le pare-brise de son auto? L’invisible réalité de l’itinérance, des sans-abri et des jeunes de la rue, est plus visible qu’on le pense!

Dans son rapport «Santé mentale et itinérance», publié en juillet dernier, l’Institut canadien de l’information sur la santé mentionne que le portrait de l’itinérance est mal connu au pays et très difficile à cerner. Certes, mais il existe à en crever les yeux! Les auteurs citent des chiffres provenant des plus grandes villes précisant que l’on ne peut toutefois comparer. À Montréal, près de 2000 itinérants se retrouvent dans les refuges et il manque de place. Mais qu’est-ce qu’une personne itinérante? Comment le devient-on?

Comme beaucoup d’autres sujets, les auteurs ne s’entendent pas sur la définition de l’itinérance. Selon les chercheurs Laberge, Cousineau et Roy: «La personne itinérante serait celle qui n’a pas d’adresse fixe, de logement stable, sécuritaire et salubre pour les 60 jours à venir, à très faible revenu, avec une accessibilité discriminatoire à son égard de la part des services, avec des problèmes de santé mentale, d’alcoolisme, de toxicomanie ou de désorganisation sociale et dépourvue de groupe d’appartenance stable.» Ouf… toute une pathologie! Disons que c’est une définition très englobante de la personne itinérante!

Le phénomène de l’itinérance regroupe des sans-abri, des vagabonds, des clochards. Il semble toutefois exister des nuances entre ces catégories. Cependant, elles mettent toutes en évidence «la fragilité du lien social, la précarité de la situation personnelle, la vulnérabilité sur le plan socioaffectif; le choix d’un terme ou l’autre souligne une dimension particulière: le logement ou son absence, la très grande précarité économique, les difficultés de fonctionnement.» selon les auteurs Laberge et Roy.

On ne devient pas itinérant par choix! Plusieurs facteurs, tels la pauvreté, le revenu inadéquat pour payer le logement, la perte d’emploi incitent des personnes vulnérables à prendre le large. Pour les jeunes, il y a aussi les conflits familiaux, la drogue. Il ne faut surtout pas ignorer la désinstitutionalisation de nos centres de santé psychiatrique par l’État. Devant le sous-financement du soutien aux familles et aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale, plusieurs ex-bénéficiaires de l’État ont été abandonnés des leurs et ont pris le chemin de la rue. D’ailleurs les troubles mentaux représentent la majorité des causes d’hospitalisation chez les itinérants.

Dans un pays où l’opulence s’affiche de vitrine en vitrine, l’itinérance est un drame, voire un scandale. Les refuges comme La Maison du Père, la Mission Bon Accueil, la Mission Old Brewery et les Auberges du cœur accomplissent un travail extraordinaire, mais ils ne sont et ne seront que des options temporaires. Il y a quelques jours, les dirigeants de ces maisons réclamaient plus d’aide des autorités gouvernementales. Ils reçoivent actuellement un maigre 1,88$ par jour/personne pour accueillir et offrir deux repas, gîte, literie et soins à la personne itinérante. Ce n’est pas le gros lot! Il en faudrait 24$ par jour pour maintenir des services de qualité.

Qu’on se le dise, l’itinérance a un fort coût humain et social. Avec l’hiver qui approche, les sans-abri devront user d’imagination pour se réchauffer un peu, car leurs vieux cartons ondulés prennent pas mal l’air! Il importe que les autorités gouvernementales mettent en place des mesures pour favoriser le logement subventionné ou supervisé, des programmes d’aide et d’insertion, des soins de santé adaptés à la condition des itinérants, l’embauche d’intervenants qualifiés, etc.

Il semble bien évident que la question de l’itinérance n’est pas en tête des priorités de nos élus. Peu importe nos convictions et nos états d’âmes sur la question, il est temps de se mobiliser pour chercher des solutions afin d’améliorer la qualité de vie des sans-abri et leur permettre de retrouver un peu de leur dignité. En 2002, l’Assemblée nationale du Québec adoptait une loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Malgré certaines actions louables, il reste encore du chemin à faire car dans la vie, entre vous et moi, personne n’est à l’abri!


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 49 ) Des tonnes de déchets!

18 octobre 2007 - Le virage vert est toujours dans l’air! Tout le monde parle d’environnement, de changement climatique, de protection de l’eau. Le grand jardin de la planète Terre est plus que menacé. Le Québec a-t-il réellement tourné au vert depuis le début de cette décennie? Selon les analystes, nous sommes de beaux parleurs et de petits faiseurs en la matière; les magnifiques discours et les belles paroles ne semblent pas se transformer en actes concrets. Encore trop de Québécois résistent à changer leurs comportements et leurs habitudes de consommation. La sensibilisation reste toutefois encore le moyen le plus pertinent de lutter contre nos vieilles habitudes québécoises solidement ancrées.

La 7e édition de la Semaine québécoise de réduction des déchets (SQRD) se déroule du 15 au 21 octobre. Pourquoi une semaine sur les déchets? La réduction des déchets, mes amis, est devenue un enjeu majeur des municipalités de la province. Le Québec si verdoyant est en train de devenir un grand pollueur, un immense conteneur de déchets à ciel ouvert! Et cela ne sent pas très bon et n’augure rien de très florissant pour notre environnement. La quantité de déchets que nous produisons chaque année est exceptionnelle, voire phénoménale. Imaginez, les Québécois envoient dans la nature 11 millions de tonnes de déchets, ce qui équivaut à 22 tonnes toutes les minutes, ou à une tonne et demie par personne. Je répète, 11 millions de tonnes! Et ce n’est pas terminé puisque les Québécois semblent y prendre goût: la production des déchets est passée de 1,02 à 1,51 tonne par année par personne depuis la dernière décennie.

Malgré l’apparition des petits bacs verts, les Québécois font piètre figure dans le recyclage. «C’est bien trop compliqué» affirment les uns; «On ne finit plus de classer les poubelles» affirment les autres. En principe, tout serait recyclable! Les spécialistes dans ce domaine indiquent qu’environ 85% des choses que l’on jette seraient réutilisables. Pour le 15% qui reste, il serait toujours possible de le récupérer et de le recycler avec des technologies de pointe. Comme vous le devinez bien, tout est une question de gros sous. Vous comprendrez qu’il n’est pas facile de recycler des appareils électroniques qu’on retrouve fréquemment sur le bord du trottoir. Même dans une poubelle, un grille-pain reste un grille-pain! J’habite dans un quartier universitaire et à chaque fin d’année scolaire, j’en ai vu des vieux ordinateurs défuntisés, des vieilles cafetières rouillées, des matelas tout tachetés qui attendaient la charité d’un passant avant l’arrivée de nos méritoires éboueurs. Quel métier!

En passant, le Québec compte plus d’une soixantaine de lieux d’enfouissement sur son territoire. Sur ces 65 sites d’enfouissement, 5 accueillent, à eux seuls, plus de 70% de tous les déchets destinés aux lieux d’enfouissements. Il y a des camions qui font des centaines de kilomètres pour enfouir nos superbes déchets. Ça vaut le déplacement, y paraît! La décomposition des déchets enfouis représente 5,8% des gaz à effet de serre de la province.

Et les fameux sacs de plastique dont on ne sait plus quoi en faire et qui prendront des centaines d’années à se désagréger dans l’environnement! Chaque année, les Québécois en utilisent plus de 2 milliards pour faire leurs emplettes, soit 350 sacs par personne. Plus de la moitié des sacs se retrouve dans la nature. Une véritable pollution; un tragique cul-de-sac! Ces fameux sacs enlaidissent nos paysages, jonchent nos rues, s’accrochent aux arbres et tombent malheureusement dans les cours d’eau. L’affaire est loin d’être dans le sac lorsqu’il s’agit de modifier notre façon de faire nos emplettes. Plusieurs épiceries offrent maintenant des sacs réutilisables ou tout simplement des sacs en papier. Heureuse initiative!

Une lourde responsabilité nous incombe; il faut transformer nos bonnes intentions pour l’environnement en gestes concrets. Les promoteurs de cette Semaine nationale de réduction des déchets nous invitent à nous approprier l’approche 3R en matière de gestion des déchets: Réduction-Réutilisation-Recyclage/compostage. Pourquoi ne pas profiter de cette semaine pour réévaluer nos besoins de consommation? Voici les moyens que nous proposent les organisateurs: «éviter les emballages et suremballage, faire réparer ses appareils défectueux, faire ajuster ses vêtements et ses souliers actuels plutôt que s’en débarrasser, acheter des produits récupérés.» On trouve de tout dans nos poubelles; il y a un peu de nous-mêmes! La ministre Line Beauchamp affirmait au lancement de cette semaine de sensibilisation que «Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas.»

Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 48 ) Lutte à la pauvreté

17 octobre 2007 - Chaque année depuis 1993, on célèbre partout dans le monde le 17 octobre la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Je ne sais pas s’il faut célébrer ou se retrousser les manches! Comment parler en quelques phrases d’un sujet aussi vaste que le monde et aussi complexe. Lors du sommet du Millénaire en 2000, les leaders de 191 pays ont signé une déclaration pour mettre fin à la pauvreté d’ici 2015 avec huit grands objectifs à atteindre. Qu’en est-il sept ans plus tard?

Toutes les trois secondes, mes amis, un enfant meurt de causes liées à la pauvreté extrême. La persistance de la pauvreté, le fait, en particulier, que plus d’un milliard de personnes vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, constitue à mon avis la plus grave crise des droits humains de notre époque. Nous le savons bien, la pauvreté n’est pas inévitable. Si nous avions la volonté d’agir, nous pourrions faire bouger des choses; si les leaders mondiaux désiraient vraiment enrayer la pauvreté extrême, les résultats seraient encore plus spectaculaires qu’ils ne le sont à ce jour. La pauvreté endémique a des causes multiples et reliées. En effet, les droits à l’éducation, à la sécurité, à une saine alimentation, à de l’eau potable et aux médicaments essentiels ne peuvent exister isolément sans les autres. Des progrès sensibles ont été enregistrés dans les pays subsahariens par un léger recul de la pauvreté extrême, mais le défi de l’élimination reste entier et de taille.


Vous allez me dire: «Il y a pauvreté et pauvreté!». C’est évident qu’on ne peut comparer les pauvres du quartier centre-sud de Montréal avec ceux d’un village du Sahel. Mais la pauvreté a une même source, elle est cette insuffisance de ressources matérielles et de conditions de vie, ne permettant pas à des êtres humains de vivre dignement. La pauvreté réduit la personne humaine à vivre au jour le jour, en état de survie. Il est clair que dans de telles conditions extrêmes, les gens sont privés de liberté et d’espoir. Nous connaissons tous des gens qui ne peuvent joindre les deux bouts à chaque fin de mois. Sans être dans la mendicité, ils souffrent de ne pouvoir offrir à leurs enfants le strict nécessaire, l’environnement essentiel à leur épanouissement.

Lutter contre la pauvreté, c’est vouloir apporter une lueur d’espoir à ceux qui souffrent, une chance à l’enfant abandonné, un répit à cette femme en détresse, un regard tourné vers demain pour tant de sans-abri qui sillonnent nos rues. Reconnaître la dignité humaine et s’engager à lutter contre l’exclusion, c’est faire reculer la pauvreté à coup sûr. Il revient à chacun de nous de résister à tout ce qui conduit à nier l’être humain, à l’amoindrir.
Nous le savons tous, les seules sommes investies dans la guerre en Irak pourraient nourrir tous les enfants de la terre; enrayer enfin la famine! En cette Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, essayons de prendre conscience des situations de pauvreté en nous et autour de nous. Nos propres fragilités pourraient-elles nous aider à mieux comprendre la précarité que vivent tant d’êtres humains dans notre quartier, dans notre province, dans notre pays et dans le monde? Il semble toutefois plus facile de se laisser attendrir par les enfants qui meurent en Afrique que par les jeunes de sa rue en quête de reconnaissance et de dignité. Quand c’est loin, cela ne nous dérange pas trop!

Au Canada, une personne sur six vit sous le seuil de la pauvreté. Ce n’est pas rien! Il faut souligner ici le courage et la persévérance des gens aux prises avec des situations marquées du sceau de la précarité. On peut opter pour la pauvreté religieuse, la simplicité volontaire par choix, mais pas la misère. La pauvreté représente le manque du superflu tandis que la misère signifie le manque du nécessaire. Lorsqu’une personne vit dans la misère, elle n’a plus de points de repère tant individuels que sociaux. Elle n’a plus de perspective sur sa destinée; elle est au fond du baril! On peut surmonter la pauvreté; la misère, elle, est atroce, voire tragique.


Lutter contre la pauvreté, c’est se battre contre la misère et le désespoir; poser des gestes pour l’équité salariale et un revenu décent; soutenir les initiatives au logement abordable et l’amélioration du filet social; favoriser le soutien à la natalité et l’accessibilité à une éducation de qualité; respecter la dignité humaine et les droits de la personne. Saluons ici, tous les hommes et les femmes bien engagés dans le combat de la dignité pour tous. Être pauvre, n’est-ce pas être étranger dans son propre pays?



Vos commentaires : LebogueduDG@gmail.com

.

( 47 ) Enfin la retraite?

16 octobre 2007 – La retraite, y pensez-vous? À chaque fois que je rencontre des membres de ma famille, il y a toujours quelqu’un qui me demande si je vais prendre ma retraite bientôt. À vrai dire, je n’y ai vraiment jamais pensé! Une retraite, pourquoi? Il faut dire que je fais partie de la célèbre génération des baby-boomers, ces fauteurs de trouble décriés par certains, ces génies du changement louangés par d’autres. Nés en 1946, les premiers baby-boomers ont célébré leur 61e anniversaire cette année. Dans à peine quatre ans, soit en 2011, les premiers auront atteint l’âge normal de la retraite. Peut-on s’attendre à un choc démographique?

Au fil des ans, les médias et la population en général ont dressé une certaine caricature de cette classe mythique née entre 1946 et 1963. Ils ont été affublés de génération égoïste et profiteuse du système, de classe opportuniste par les uns, de moteur de l’innovation et de la naissance du Québec moderne par d’autres. Quoiqu’il en soit, il est clair que les hommes et les femmes de ma génération ne passeront pas inaperçu et que la force du nombre laissera quoiqu’il en soit une empreinte profonde dans l’histoire du Québec. Globalement, les baby-boomers ont occupé un emploi permanent toute leur vie avec des conditions de travail souvent idéales. Les grands enjeux de notre devenir collectif demeurent cependant encore dans les mains des baby-boomers qui se préparent malgré eux, à devenir des papy-boomers. Numériquement plus nombreux que la génération qui leur succèdera, la tentation serait grande pour eux de garder la main mise sur le pouvoir et sur les cordons de la bourse. Sauront-ils passer le flambeau aux générations montantes?

Il est très rare dans l’histoire de l’humanité, je dirais plutôt jamais, qu’une génération ait considéré celle qui la suit, meilleure que la sienne. L’évolution démographique du Québec démontre éloquemment l’arrivée massive des baby-boomers dans le peloton des aînés. La province prend un sérieux coup vieux en ce qui a trait à l’âge mais il en est autrement du côté de la santé. En meilleure forme physiquement que leurs prédécesseurs et globalement plus scolarisés, on peut s’attendre à ce que les papy-boomers demeurent plus actifs que leurs devanciers. Pourquoi tout arrêter et se priver de revenus supplémentaires? Plusieurs baby-boomers ne se voient pas passer des heures interminables sur les terrains de golf ou encore se bercer sur le perron en compagnie d’éternels snow-birds.

L’Institut de la statistique du Québec observe déjà une augmentation des emplois à temps partiel dans la catégorie des 55 ans et plus. Depuis les années 90, l’emploi temporaire était presque la norme chez les jeunes Québécois. Une étude publiée par l’Institut, en juin 2007, note que l’emploi temporaire a connu la plus forte croissance chez les personnes plus âgées, contraintes de retourner sur le marché du travail pour des raisons financières… ou par désœuvrement. La croissance de l’emploi temporaire chez les 55 ans et plus a été de 166,7 % entre 1997 et 2006. C’est très significatif!

Le prolongement de l’espérance de vie fait hésiter les baby-boomers avant de prendre une retraite qu’il souhaite dorée; ils sont loin d’être convaincus que la dorure sera au rendez-vous. Dans une société où le bonheur de cette génération s’est construit par le biais de la consommation, il est difficile de se résigner à la simplicité volontaire, aussi valable soit-elle. « Aurons-nous à travailler jusqu’à la mort? » clament plusieurs d’entre eux. Pour ma part, je suis étonné de voir dans de grandes chaînes de magasins autant de personnes d’âges murs travaillés à de petits salaires.

En ces temps d’incertitude, où les systèmes sociaux croulent sous les déficits, où la dette nationale par habitant a atteint un sommet inégalé, l’avenir des Québécois ne s’annonce pas si rose. Parmi les gens interviewés par Ipsos Reid, 48% des baby-boomers prévoyaient passer moins de 10 ans à la retraite, faute de ressources financières suffisantes. Une chose est certaine mes amis, la retraite semble s’ouvrir pour une vaste cohorte de baby-boomers. Pas la peine de stresser, tout le monde avance en âge; chacun doit inventer son chemin en n’oubliant pas que vieillesse rime aussi avec sagesse et qu’on devient vieux lorsque les regrets ont pris le dessus sur nos rêves. Au fond, ce n’est pas la retraite qui compte tant pour moi que le bout de chemin qu’il me reste à parcourir afin de m’épanouir et de me réaliser pleinement jusqu’au crépuscule de mon humble vie. La retraite, qu’est-ce que c’est, disait Janine Boissard, sinon la permission officielle de rouiller.

Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 46 ) Entre deux eaux

15 octobre 2007 - L’eau, c’est la vie! À en croire le sondage Crop-La Presse publié samedi dernier, l’eau serait de plus en plus menacée dans le royaume de l’or bleu! Nous vivons au Québec dans un paradis qui regorge de plans d’eau. La province, à elle seule, compte plus d’un million de lacs et rivières dont 30% n’ont toujours pas de nom. Ça fait de l’eau douce mes amis. Mais la planète Terre a soif, très soif! Une personne sur six est au prise avec le manque d’eau potable et cette pénurie risque d’affecter le tiers de la population mondiale en 2025. Sommes-nous conscients que 1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable? Je dis bien 1,2 milliard!

Ces chiffres me font frémir et inquiètent, cela va sans dire, la communauté internationale. Nous le savons bien, le manque d’eau cause des problèmes graves; la sécheresse peut détruire les cultures, tuer les êtres vivants. Les images rapportées par les médias sont désolantes, voire alarmantes. Chaque année, 3 millions de personnes, dont 90% d’enfants de moins de cinq ans, vivant pour la plupart dans les pays en développement, meurent suite à des maladies causées par des eaux insalubres. Au cours du 20e siècle, la consommation d’eau a augmenté deux fois plus vite que la population. Un des grands enjeux de ce siècle sera sans contredit la gestion de l’eau.

J’ai eu le privilège de fouler à plusieurs reprises le sol de quelques pays du Sahel et même d’y vivre près de deux ans. J’y ai couché sur la dure dans des cases africaines, mangé avec la main autour du plat familial, réalisé des digues anti-érosives, fraternisé avec les populations, labouré avec les bœufs cette terre assoiffée. Il faut le voir pour le croire! Oui, j’ai marché avec les femmes à la tête enrubannée pour aller puiser l’eau à plus de deux kilomètres et demi. C’est là que l’on se rend compte vraiment que l’eau, c’est la vie; voire la survie!

Il y a quelques années, j’avais peine à croire qu’un jour l’on vendrait de l’eau en bouteille. Aujourd’hui, plus de 30% des Québécois boivent de l’eau embouteillée dans un pays qui pourtant regorge d’eau douce. Le secteur de l’eau embouteillée est en pleine ébullition et il occupait 35% du marché des boissons rafraîchissantes au pays en 2004. Aux États-Unis, la consommation dépasse largement celle du lait et du café. C’est un fait étonnant et, plus que jamais, les compagnies d’eau embouteillée, avec un marketing plus qu’efficace, font une affaire d’or.

Pourtant, il est scientifiquement admis que l’eau du robinet dans la province est de très bonne qualité et gratuite par-dessus le marché. Pourquoi achetons-nous de l’eau embouteillée dans un pays qui est inondé d’eau de bonne qualité? Sans doute que l’achat de ces innombrables petites bouteilles est le ressac de la vague des cas d’eau contaminée au pays et le fait que les gens se rendent compte que l’eau potable est de moins en moins potable à leur goût. Les multinationales n’ont pas tardé à flairer ce lucratif marché basé sur l’insécurité, la peur des gens. Nous jetons notre argent dans la marre des grandes multinationales qui ont pressenti dans notre vulnérabilité une mine d’or. Avons-nous pensé aux tonnes de bouteilles de plastique que nous lançons dans la nature?

Les Québécois sont reconnus comme les plus grands énergivores du monde et les plus grands consommateurs d’eau de la planète; 90% des gens considèrent que l’on gaspille trop d’eau. Il faut aussi rappeler qu’à Montréal seulement, le réseau d’eau est responsable de 40% des pertes d’eau douce. Ce dossier épineux du piètre état de notre système d’aqueduc semble plus dramatique que ne le laisse croire Environnement Québec. Il y a des responsabilités collectives qui relèvent des autorités gouvernementales et municipales et qui demandent évidemment du courage politique. Cette fois-ci, il y a plus qu’une simple tempête dans un verre d’eau!

Les cours d’eau ont été plus qu’une source d’inspiration pour le Canada. Notre pays possède la plus grande réserve d’eau douce au monde (750 000 km2 ou 8% du stock mondial). Fait encourageant, 85% des répondants au sondage Crop-La Presse sont prêts à payer plus de taxes pour que les gouvernements protègent cette ressource naturelle indispensable. En cette période, où de nombreuses puissances internationales lorgnent en salivant vers les glaciers de l’Arctique, il serait peut-être temps que le Canada protègent son butin parce que lorsque la glace fond cela procure de l’eau mes amis!

Loin de naviguer sur un fleuve tranquille dans ce dossier, le gouvernement devrait prendre les mesures qui s’imposent pour mobiliser toute la population et les entreprises. La prolifération des algues bleues a déjà fait sonner l’alarme cet été. Au lieu de jeter notre argent à l’eau par l’achat des petites bouteilles qui ne finissent plus d’enlaidir notre verdure, on pourrait l’investir dans la protection de notre plus grande ressource naturelle. Ce n’est pourtant pas la mer à boire!


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 45 ) Randonnée au sommet

12 octobre 2007 - C’était dimanche, il faisait un temps magnifique! Je chaussai mes godasses et suis parti à la conquête du Mont-Royal. Par un temps superbe, je déambulais dans les sentiers que m’offrait cette montagne splendide sise au cœur de la métropole. On pourrait penser qu’il n’y a pas grand-chose sur cette petite montagne, qu’on y perd son temps quoi! Détrompez-vous, j’y ai redécouvert un décor fabuleux et une quiétude quasi monastique. Le Mont-Royal coiffé de sa majestueuse croix s’offre à nous; croix que des intégristes de la laïcité voudraient voir disparaître. Mais ils sont tombés sur la tête ces hurluberlus, ces iconoclastes post révolution tranquille. Calmez-vous le pompon, mes amis!

Voyez-vous cela, enlever la croix du Mont-Royal. Au nom de quel raisonnement tordu? La religion de la laïcité est en train de nous faire vivre tout un chemin de croix. Ceux qui pensent tout savoir sur le Québec, devraient replonger dans leur histoire. Il faut dire que l’on a pas mal négligé l’enseignement de l’histoire dans la belle province, suite aux multiples réformes dans notre système scolaire; nous avons formé, sans nous en rendre compte, plusieurs ignares de l’histoire du Québec. Nos racines et nos origines devraient nourrir la fierté de notre peuple, susciter l’admiration et le respect de nos devanciers, stimuler enfin notre devenir collectif! Revenons à notre majestueuse croix. Érigée en 1924, cette croix commémore le geste de Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve qui a planté une croix en bois à cet endroit en 1643 afin de remercier Dieu d’avoir épargné Ville-Marie des inondations.


Ce n’est pas l’Église qui a installé cette croix, c’est la Société Saint-Jean-Baptiste; ce n’est pas un évêque qui l’a plantée, mais Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve. Cette croix, jadis propriété de la Société Saint-Jean-Baptiste, a été remise par donation à la ville en 2004 qui l’entretient depuis son érection. La croix du Mont-Royal repose à la fois sur des symboles historiques et religieux; le courage des fondateurs et la foi qui les animait. Je l’ai déjà dit, notre terre est une terre sainte! C’est à cause de cette croix et des milliers d’autres croix plantées ici et là sur nos terres, entre forêts et rivières, que nous sommes devenus un peuple! Ces croix symbolisent l’âme du Québec et inspirent toujours la vie de la majorité des nôtres!


Oui, je disais que j’ai découvert un jardin magnifique sur cette montagne. Émergeant de l’archipel de Montréal, ce petit sommet de 232 mètres étonne tant par sa localisation que par sa forme. Ce modeste massif brisant la monotonie de la plaine environnante nous offre un sanctuaire, un havre de paix d’une étendue de 10 kilomètres carrés. Imaginez, tout cet espace de quiétude au cœur d’un bassin de plus de 3 millions d’habitants, assez bruyant merci. On y retrouve un parc de 2 kilomètres carrés, 200 000 arbres de 65 espèces, 600 espèces de plantes; 150 espèces d’oiseaux, 20 espèces de mammifères. Quelle richesse! Plus de quatre millions de visiteurs foulent le sol de ce grand jardin inauguré en 1876 pour y courir, marcher, faire de la bicyclette, respirer l’air pur, pique-niquer et se ressourcer. La croix nous y invite et nous y accueille à bras ouverts depuis quatre-vingt-trois ans!


Depuis une décennie, la marche a pris du galon au Québec; elle a presque volé le pas au jogging. Un peu partout l’on a vu naître des clubs de randonnées pédestres de toutes sortes: randonnée sur mesure, randonnée nordique, randonnée d’observation d’oiseaux, etc. Le pèlerinage aussi est bien en vogue; nous n’avons qu’à penser au célèbre parcours de St-Jacques de Compostelle. La marche permet sans doute de prendre de l’exercice, de découvrir l’environnement qui nous entoure, mais aussi notre environnement intérieur. Dans l’immensité de la nature du Mont-Royal, le marcheur est invité, comme par osmose, à rentrer en lui, à faire le point, à redécouvrir sa place dans l’univers. Qui suis-je au milieu de cette création unique? La majestueuse croix, qui fait les manchettes par les temps qui courent, continuera-t-elle d’éclairer nos humbles pas vers d’autres rivages, ceux de l’avenir, ceux de notre devenir collectif? Dans la tourmente des accommodements raisonnables, il ne faudrait pas toutefois confondre rivages et mirages.


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com


( 44 ) L'étonnant Che Guevara

11 octobre 2007 - Le Che, Ernesto Che Guevara, est mort il y a quarante ans! Il y a de ces figures mythiques qui marquent notre parcours terrestre, notre évolution humaine, notre inconscient collectif. Leurs personnalités sont tellement vives qu’elles habitent toujours nos désirs inassouvis, nos rêves inachevés, nos espoirs les plus nobles et cela même à un âge avancé. Beaucoup de gens ordinaires et extraordinaires, d’hommes et de femmes célèbres ont jalonné l’époque de ma jeunesse ; ils ont marqué particulièrement ce temps tumultueux où l’adolescence se cherche des héros. Période parfois tourmentée en quête d’une inspiration qui saura embraser et canaliser cette flamme naissante de l’émancipation, de la découverte de soi et du monde à changer. Sans doute que ces personnages historiques qui ont marqué ma jeunesse avaient quelques traits en commun, puisque j’y ai trouvé un peu d’idéal. J’ai nommé Jésus de Nazareth et le Che mes amis!

Vous allez me dire: « Êtes-vous sérieux?» Oui, très sérieux! Ces deux personnages évoquaient en moi un certain idéal, un désir de foncer dans l’aventure de la vie avec courage et audace. Le guérillero argentin Ernesto Che Guevara a été tué à l’âge de 39 ans à La Higuera par l’armée bolivienne le 9 octobre 1967. Nous étions à cette époque en pleine révolution tranquille au Québec et des figures emblématiques comme celle du Che avaient conquis le cœur de plusieurs jeunes de ma génération qui rêvaient d’un nouveau pays, d’une nouvelle terre. Nous étions en pleine révolution à la recherche de modèle, d’inspiration, de quelque chose qui nous soulèverait de l’ordinaire.


La figure de Jésus de Nazareth a marqué aussi fortement ma jeunesse, non pas par ce que je suis né dans l’eau bénite comme la plupart d’entre nous, mais parce que j’ai rencontré des hommes et des femmes habités par Lui et qui ont changé radicalement ma vie. Le Che était un révolutionnaire comme Jésus, sauf que les moyens utilisés par réaliser sa mission n’étaient pas les mêmes. Tous deux rêvaient de libérer le peuple de la misère, des inégalités sociales, du joug de leurs tortionnaires. Ils sont morts tous les deux dans la trentaine, assassinés dans une intervalle historique de deux milles ans. Loin de moi de vouloir dresser ici un parallèle de leur vie, mais il serait intéressant de m’y attarder un jour.


La personnalité du Che fascine encore même si ce fut celle d’un homme tourmenté par la soif de la guérilla à tout prix. Il devint esclave des moyens les plus crapuleux qu’il avait lui-même mis en place pour faire la révolution à travers le monde. Faire la révolution pour la révolution était devenu son leitmotiv. C’était presque une seconde nature! Quarante ans plus tard, sa figure mythique inspire toujours des millions de personnes qui ont le goût de la liberté, de sortir de leur torpeur et de leur joug. Il y avait chez ce barbu coiffé de son légendaire béret, cette audace et cette passion qui savaient soulever un peuple! Mais les gestes dans le parcours du Che en disent plus long que les paroles et les discours enflammés qu’ils savaient prononcer avec éloquence. Des gestes que ses contemporains lui pardonneront difficilement, voire jamais.


Plus de 2000 personnes venant de par le monde assistent annuellement aux commémorations de l’anniversaire de la mort du guérillero dans les montagnes au sud-est de La Paz. On peut même à l’aide d’un guide parcourir la Ruta del Che» en s’inspirant de la pensée du révolutionnaire et en clamant au terme du pèlerinage son vibrant slogan: Hasta la victoria siempre!». La vie du Che et celle de Jésus de Nazareth semblent des échecs à première vue. C’est peut-être pour cela qu’ils sont devenus des héros dans l’imaginaire collectif! L’un utilisait la force et les armes, l’autre n’avait que l’amour pour transformer le monde. Entre vous et moi, c’est l’amour qui a triomphé ; et cet amour est plus vivant que jamais !


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com


( 43 ) La confiance

10 octobre 2007 - Le bonheur, toujours le bonheur! En relisant le magnifique livre Le Petit Prince d’Antoine de St-Exupéry, je me suis mis à rêver en me disant tout bonnement: mais voilà le bonheur. Qui d’entre nous, n’aimerait pas se faire dessiner un mouton par ce gentil bonhomme aux cheveux couleur soleil? Qui n’apprécierait pas déambuler dans les champs de roses en quête d’une âme sœur? Il venait de nulle part ce Prince lorsqu’il surgit en plein désert, à la rencontre de cet aviateur égaré aux prises avec un moteur d’avion en panne. Mais est-ce qu’il existe ce royaume du bonheur? Si, si, c’est le Danemark!

Selon l’article du quotidien La Presse de dimanche dernier, le royaume du bonheur se trouverait au Danemark. Où? Mais oui, c’est ce petit bout de terre nordique loin des feux médiatiques, loin des fastes des sommets économiques et des consultations populaires. D’après les recherches économiques et socio-psychologiques réalisées depuis 30 ans, le Danemark est le pays le plus heureux du monde. Non, non, ce ne sont pas les États-Unis! Ce pays scandinave de confession luthérienne, 38 fois plus petit que le Québec, compte 5,5 millions d’habitants avec un taux de chômage de 3,3 %. «Pas si mal!» me diriez-vous; de quoi faire rougir ses gros voisins européens en mal d’essor économique. Une des clés du bonheur des Danois, selon les analystes, est la confiance; le Danois fait confiance aux autres Danois, à l’État et à l’avenir. Toute une leçon, mes amis!

Faire confiance? N’est-ce pas la clé qui ouvre toutes les portes? Celles du succès, du bien-être, de la cohésion sociale, de la vie, de tout quoi! Sans confiance, est-ce que la vie est possible? Au fait, qu’en est-il du climat de confiance dans la belle Province du Je me souviens et du sirop d’érable? Bien au contraire des Danois, les Québécois sont plutôt méfiants en regard de la classe politique, des chefs d’entreprise, des syndicats, des autorités religieuses et des journalistes. Les nombreux scandales au cours de la dernière décennie ont de quoi rendre méfiant les plus idéalistes et miner la crédibilité des figures jadis emblématiques du Québec catholique et prospère. Que l’on pense aux scandales des commandites, du sang contaminé, des abus sexuels, de l’affaire Norbourg et j’en passe. En ce qui concerne les politiciens, selon L’Actualité du 1er mai 2007, à peine plus de 3 Québécois sur 10 font confiance aux élus provinciaux. Dans les autres provinces canadiennes, c’est du 6 sur 10. Les chefs d’entreprises, les autorités religieuses et les syndicats ne récoltent même pas 50% de la confiance des Québécois. Nous sommes assez loin merci du Danemark!

Dans ce Québec en continuelle recherche de son identité et sur la manière de s’affirmer, la confiance n’est-elle pas une clé de son futur? Les échos rebondissants de la commission Bouchard-Taylor font parfois dresser les oreilles de tout bon entendant. Comment bâtir une province, un pays si l’on n’a pas confiance en ceux qui nous guident, en ceux qui composent notre devenir collectif? Je ne parle pas ici d’une confiance naïve, mais d’un état d’esprit, d’une intégrité qui soulève un peuple. Sans cet ingrédient de base, aucun projet de société ne peut aboutir harmonieusement. «Mais, il faut des élites dignes de confiance!» me direz vous. C’est vrai et les leaders charismatiques, intègres ne se semblent pas se bousculer au portillon de nos partis politiques.

La confiance prend ses assises en soi, mais aussi en ceux qui nous éduquent, nous dirigent, nous aiment. Il est impossible de se tenir debout sans avoir confiance en ceux qui nous invitent à marcher sur des routes sinueuses, à gravir d’âpres sommets au prix de lourds sacrifices. C’est lorsque nous croirons assez en nous-mêmes qu’adviendra un petit royaume de bonheur à la saveur danoise. La fierté d’un peuple naît de cette confiance mutuelle, de ce climat qui embrase notre générosité et notre créativité. La confiance, ça se mérite, ça ne s’achète pas à coup de commandites! Dans l’attente de cette confiance retrouvée, achetons tout de même une de ces fameuses pâtisseries danoises croustillantes et succulentes qui se déguste en toute confiance.

Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 42 ) Heureux les Québécois ?

9 octobre 2007 - «Tout le monde est malheureux, tam ti delam » chante notre troubadour national, Gilles Vigneault. Sommes-nous aussi malheureux que le dit la chanson du poète de Natashquan? Le récent sondage Crop-LaPresse de septembre 2007, semblerait faire mentir les paroles du célébrissime poète puisque environ les deux tiers des gens se disent heureux: 61% des gens se disent tout à fait satisfait de leur vie et 35% en sont plutôt satisfait. Étonnant!

De tous les facteurs qui manquent à leur bonheur, les Québécois signalent celui du temps. C’est vrai, il faut du temps pour être heureux, pour organiser quelque peu des espaces de bonheur. Nous sommes dans le siècle du cyberespace, dans une société qui bouscule plus souvent qu’autrement nos manières de vivre et de faire: la garderie le matin, le boulot qui ne finit plus, les courses après le travail, les heures supplémentaires pour boucler le budget, les activités sportives des enfants, le coiffeur, la maintenance des deux voitures, l’entretien de la propriété et la promenade du chien. Ouf! En y pensant bien, que vaut la vie s’il ne reste plus de temps pour s’émouvoir, s’attendre, aimer? Au fait, n’est-ce pas le temps qui tisse les jours, fait et défait les projets, les aspirations, l’être humain?

D’après ce coup de sonde publié samedi dernier, les sources du bonheur des Québécois sont très classiques: la famille (33%), la santé (24%), l’amour (15%). N’est-ce pas là des ingrédients essentiels dans la fragile stabilité de nos vies? Cependant, le travail ne semble plus représenter une source de bonheur (1%). L’époque du workaholic serait-elle bien révolue dans l’esprit des gens? Certes l’argent ne nuit pas au bonheur et d’après les données du sondage, les moins scolarisés se montrent neuf fois plus mécontents (9% le sont) que les plus riches. Intéressant de constater que les Québécois sont plus heureux qu’on ne l’aurait pensé et que souvent nous laisse croire la presse à potins ou encore certains baratineurs de tribunes téléphoniques.

Jamais une époque n’a été aussi spectaculaire que la nôtre: l’espérance de vie ne cesse de battre des records, la médecine fait des miracles chaque jour, les progrès technologiques nous éblouissent, les pays n’ont plus de frontières, les distances n’ont plus d’importance, etc. Pourtant les râleurs du pessimisme ambiant font la une des manchettes journalistiques. Il semblerait que dans ce monde épris de morosité, il faut râler à gorge déployée pour être crédible. Plus tu critiques, plus tu es respecté dans certains milieux; plus tu parles d’harmonie et de succès, plus tu passes pour un rêveur, un utopiste. Sommes-nous en train de développer le culte du narcissisme à outrance, une sorte de contresens historique de notre vécu en société.

Certes, il y a des situations problématiques à résoudre, mais le son cloche de ce sondage nous indique que nous saisissons mal le cœur des gens; il est vrai qu’il n’est pas facile d’évaluer les états d’âme. Nous sous-estimons trop souvent la capacité des gens d’affronter la vie, de rebondir et de se construire une oasis où leurs valeurs fondamentales sont protégées et où elles peuvent s’exprimer minimalement. Une question essentielle doit être posée un jour ou l’autre dans le parcours de nos vies: Qu’est-ce qui me rend fondamentalement heureux?

Notre société de la superconsommation et de ses marchands d’illusion nous proposent des recettes de bonheur plus éblouissantes les unes que les autres. Pour ma part, je crois fermement au petit bonheur qui se tisse au fil des simples gestes du quotidien: un mot d’encouragement, un regard d’enfant qui nous décroche un sourire, une marche dans l’immensité de nos forêts, une main tendue à celui qui peine, une tape sur l’épaule. Le bonheur est une chose qui se vit au quotidien, qui se sent dès le lever du jour, et non qui se raisonne au bout de savantes réflexions. Ça se sent! «Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?» chantait Ray Ventura. Un peu de temps!


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 41 ) Rendre grâce

8 octobre 2007 - C’est fête aujourd’hui dans tout le pays; rendons grâce à Dieu! Selon l’information diffusée sur le site du patrimoine canadien: «Le jour de l’Action de grâce fut célébré pour la première fois après la Confédération le 15 avril 1872, à l’occasion de la guérison du prince de Galles (futur roi Édouard VII) d’une grave maladie.» Dans les méandres historiques de la naissance et de l’évolution de cette fête, la loi canadienne promulguée en 1931 en donne le motif suivant: pour rendre grâce au Dieu tout-puissant des bienfaits dont jouit le peuple canadien. Oui, oui, c’est bien le gouvernement canadien qui dit cela; ce ne sont pas des ecclésiastiques. C’est l’État canadien qui nous invite à rendre grâce à Dieu pour les immenses bienfaits dont nous jouissons dans ce magnifique pays. En fait, de quoi pourrions-nous bien remercier Dieu?

En lisant l’historique de cette fête, j’apprenais qu’elle est célébrée dans au moins six pays dont les États-Unis et le Brésil. On peut toutefois se demander avec pertinence si les Canadiens et les Québécois ont le cœur à la fête. Après tout, nous sommes au bord d’élections imminentes tant à Ottawa qu’à Québec; la guerre en Afghanistan s’enfonce dans un gouffre sans fin et ne cesse de décimer nos forces vives; les envolées vertigineuses du huard provoquent des fermetures d’usines et laissent dans la misère des petits travailleurs; les commissions itinérantes ne finissent plus de sonder l’âme des Québécois et soulèvent le voile sur des plaies de société quasi incurables; et par-dessus tout, nos viaducs ne finissent plus de tomber!

Décidément, une chance que le ciel de septembre a été clément et la température exceptionnelle. Avec le superbe automne 2007 que nous a donné le Créateur, il y a de quoi Lui dire merci. Dans tout le brassage des opinions en cours, nous sommes très heureux que la folie des accommodements raisonnables ne soit pas venue nous amputer de cette pause stimulante sur les plans physique et familial. Il arrive juste à point ce congé de l’Action de grâce après l’épuisante rentrée de septembre. Il faut bien reprendre notre souffle, faire le plein, avant d’affronter la grisaille de novembre et la spirale des préparatifs nous menant à la fête de Noël. Ah, c’est vrai, pourquoi rendre grâce?

Je crois que cette fête nous convie annuellement à regarder la vie autrement, par le biais de la gratitude et non par celui de la mendicité. Reconnaître que, malgré les aléas de la vie et les défis du quotidien, l’aventure humaine mérite d’être vécue pleinement. Nous pourrions en ce jour, regarder et inventorier les nombreux cadeaux que la vie nous a procurés pour en remercier Celui qui, bien discrètement, guide nos humbles pas. La sagesse de la vie n’est-elle pas toujours plus profonde et plus large que la sagesse des hommes? Nous sommes des êtres de relation, faits pour vivre et aimer. Pourquoi ne pas développer en nous, un sentiment de gratitude pour les gens qui nous entourent, pour la vie qui circule en nous et autour de nous?

Rendons grâce au Dieu de la vie, peu importe ce qu’Il représente en ce moment dans nos pauvres vies de terrien. Nous sommes des fils et filles engagés dans cet univers en marche, des hommes et des femmes à la recherche de tendresse, de bonheur et d’humanité. La trame de nos vies ne trouvera de sens, de réponse satisfaisante sans passer par le creuset de notre âme. C’est au fond de soi, dans la complexité des enchevêtrements de nos états d’âmes, de nos leurres, de nos rêves et de nos espoirs, que nous pourrons être touchés un jour par ce faisceau lumineux capable d’irradier la morosité envahissante. Au cœur des vicissitudes de notre itinéraire terrestre, il y aura un jour ou l’autre l’ultime rencontre de la grâce, celle qui changera nos vies à tout jamais. En ce 8 octobre, vivons pleinement le moment présent dans la tradition du merci de cette fête; en fait rendons grâce!

Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 40 ) Un sacré bon prof !

5 octobre 2007 - Qui d’entre nous n’a pas eu son professeur préféré? Vous savez, celui qui à un moment donné de notre vie fut une personne qui nous a marqué, qui est devenu notre référence, plus tard un véritable ami. Ils sont rares, mais il y en a dans les fonds de classe de nos écoles, devenus malheureusement bien secondaires pour nombre de Québécois. Il y a de ces personnes-clé que nous croisons sur nos routes au bon moment dans notre jeunesse. Elles sont rarissimes, mais si importantes dans le parcours et le devenir d’une vie. En cette journée mondiale des enseignants, on peut se demander qu’est-ce qu’un bon prof?

En fait, qu’est-ce qui fait un bon prof? Sa formation? Ses connaissances? Ou ses capacités de communicateur? Les nombreuses études sur le sujet démontrent que même si la compétence de l’enseignant est importante, il s’avère que ses habiletés en matière de communication le soient tout autant. Le site américain
www.ratemyteachers évalue les compétences des professeurs selon trois critères: la clarté de leurs explications, leur bonne humeur et la tolérance dont ils font preuve à l’égard de leurs élèves.

La revue L’Actualité signalait en mai 2007 que 90% des Québécois font confiance aux profs; de quoi réjouir la mine de notre corps enseignant! Imaginez, c’est plus que la police (84%) et les groupes écolos (77%). Le monde de l’éducation avec toutes ses règles, ses normes et ses réformes n’est pas une sinécure. Que deviendront les enfants de la réforme scolaire en cours? Enseigner du matin au soir, c’est tout un défi dans le contexte où l’on se demande encore comment remplir un bulletin! Nous aimerions bien avoir des règles universelles pour former un bon enseignant: il faut se le dire, l’éducation est multidimensionnelle. Je crois profondément qu’il y a au fond de soi des dispositions fondamentales; quelque chose comme la vocation. Ce n’est pas vrai que l’on apprend à enseigner et à gérer une classe sur les bancs de l’université.

Mike Baker, après avoir sillonné les écoles du Royaume-Uni, a tenté de répondre à la question du profil du bon enseignant. Il a dégagé quatorze qualités, évoquées par les élèves, qui distinguent les as de l’enseignement. Le bon enseignant: s’adresse à des élèves comme à des adultes; s’adresse à des élèves dans leur individualité plutôt que membre d’un groupe; fait preuve de fermeté; fait que les élèves veuillent travailler pour lui; ne craint pas de dévoiler sa personnalité; éprouve de l’enthousiasme pour son sujet; stimule les élèves à l’imiter; incite les élèves à découvrir des réponses; est énergique; fait preuve d’humour; possède de profondes connaissances; prend des risques; montre de la compassion et de la curiosité pour les élèves; aime les élèves. Tout un défi à relever!

Je me souviens de Marcel, un petit bout d’homme enjoué. Il m’enseignait l’histoire comme si c’était un jeu. Ce professeur était un passionné; impossible de fermer les yeux en classe, encore moins de chigner sur ses devoirs. Avec lui, on avait du cœur à l’ouvrage. Il prenait le temps de nous écouter, d’être attentif à nos questionnements et même de rire avec nous. Ce cher Marcel avait compris que l’élève passait avant la matière, le jeune avant le projet. C’était un vrai pédagogue et il aimait assez sa matière pour nous éblouir. Ce petit bout d’homme avait compris l’art de communiquer, d’être en relation avec ses élèves sans se renier par complaisance. Non, il était ferme dans l’enthousiasme et serein dans la turbulence estudiantine. Ce n’était pas notre chum, c’était Monsieur Marcel! Nous avions autant de respect pour lui qu’il en avait pour nous. Il avait su conquérir nos cœurs d’adolescents égarés comme ce John Keating (Robert William) dans l’extraordinaire film La Société des poètes disparus. Cet enseignant hors du commun, qui effarouchait la hiérarchie d’un collège traditionaliste, incitait passionnément les adolescents à trouver leur propre voie par le chemin le plus court. Aider à trouver sa voie, n’est-ce pas ce qu’un élève peut espérer d’un bon prof?

Vos commentaires :
LeblogueduDG@gmail.com






( 39 ) Montréal... pas si mal !

4 octobre 2007 - Comment va Montréal? La Fondation du Grand Montréal (FGM) a rendu public ce mardi son deuxième bilan de santé, intitulé Signes vitaux du Grand Montréal. Le rapport, produit à l’aide de la firme SECOR, analyse plusieurs domaines dont la démographie, l’éducation, la santé, l’environnement, le logement, les arts. Voilà un autre coup de sonde pour la 16e plus grande ville d’Amérique du Nord qui fournira sans doute quelques munitions à certains pourfendeurs d’épouvantails. Qu’en est-il du bilan de santé de cette agglomération de 3,3 millions?

Nous savons que le maire Gérald Tremblay a eu maille à partir avec les bonzes du monde culturel l’été dernier. On lui reprochait de ne pas en faire assez et de plier l’échine devant la tonitruante Toronto; menaces de déménager la tenue de festivals culturels lucratifs, abandons d’événements majeurs et tout le reste. Mais voilà que le bilan de santé de la métropole vient apporter un peu de baume à notre maire plutôt bon garçon.

Selon Katheleen Well, présidente et directrice générale de la FGM: «Notre rapport nous a permis de constater que l’économie régionale reprend de la vigueur et que plus de gens occupent un emploi. La grande région de Montréal est devenue un centre d’innovation scientifique et technologique. Elle se distingue aussi par son avant-garde artistique et sa vie culturelle dynamique et diversifiée.» Sur le plan démographique, il n’y a pas de boom à l’horizon. Toutefois, l’arrivée massive des immigrants est un apport significatif, mais doit relever aussi les défis majeurs reliés au travail. L’employabilité n’est pas au diapason de la demande de ces nouveaux arrivants qui ne réussissent malheureusement pas à s’intégrer harmonieusement. Pourtant, les nouveaux arrivants du Québec sont plus instruits que la moyenne canadienne.

Le rapport souligne que «Montréal est un milieu jugé sécuritaire; où les coûts en matière de logement et d’énergie, pour les ménages locataires aussi bien que propriétaires, sont plus avantageux que dans les autres grandes villes canadiennes.» Les crimes contre la propriété sont en baisse et Montréal compte parmi les régions métropolitaines les plus sécuritaires. Selon les données du rapport, le chômage vient de piquer du nez; il frôle la moyenne canadienne, du jamais vu depuis 20 ans. Toutefois, la pauvreté persiste. Il y a encore 23,7% des familles qui ont un faible revenu et le coût d’une saine alimentation croît plus rapidement que ne le fait le revenu. Les données signalent que les riches sont plus actifs physiquement que les pauvres (56%, contre 39%).

Le taux de scolarisation et d’obtention d’un diplôme augmentent, mais le défi majeur de la baisse des effectifs scolaires est entier, voire criant. Entre vous et moi, sans enfant, pas d’avenir pour Montréal, pas d’avenir pour le Québec tout court! Sur le plan environnemental Montréal est toujours vert, mais l’engagement environnemental des particuliers stagne tant sur le plan de la récupération que de la diminution de la consommation d’eau.

D’après ce rapport, le maire Tremblay et les Montréalais ont de quoi se réjouir un peu lorsqu’ils se comparent aux autres villes canadiennes. Montréal a encore du chemin à faire pour se hisser en tête du palmarès canadien. Tous ces indicateurs allument des feux rouges scintillant dans le ciel métropolitain. Dans la tourmente de la création du Grand Montréal en janvier 2002, nos élus savaient pertinemment les défis de taille d’intégration de ses 19 arrondissements. Après plus de 5 ans, nous sommes à même de nous demander si le grand conseil de ces ex-villes fusionnées ont réussi le pari de faire route ensemble.

Montréal ne pourra améliorer le sort de ceux qui sont les moins nantis, intégrer harmonieusement ses nouveaux arrivants, soutenir les initiatives environnementales, stimuler sa plate-forme culturelle et garder une économie vigoureuse sans un effort de tous les élus. C’est ensemble qu’on bâtît une ville! Heureusement que de nombreux organismes de bienfaisance comblent souvent l’inertie de nos bureaucrates, ramassent les pots cassés de nos mesures gouvernementales, accueillent les laissés-pour-compte avec compassion. Au-delà de ces nouvelles statistiques, il ne faut surtout pas oublier qu’une ville, c’est aussi une âme!


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com

( 38 ) Dans un spoutnik


3 octobre 2007 - La conquête de l’espace me fascine! Depuis le lancement de la première sonde Spoutnik I le 4 octobre 1957, l’humanité a changé, le monde n’est plus le même. L’immense chantier interplanétaire s’est vraiment ouvert à nous lorsque, pour la première fois, Youri Gagarine a fait le tour de la terre dans l’étroite capsule Vostok I. La conquête de l’espace était vraiment lancée! Après cinquante ans d’essais, d’échecs et d’exaltations, où en sommes-nous? Les audacieuses explorations nous amènent-elle à une ère nouvelle, celle de la colonisation de l’Espace?

L’exploration physique de l’Espace et de l’environnement immédiat de la planète Terre a pris un essor fulgurant à la fin de la Seconde guerre et a connu ses heures de gloire et de catastrophe. Au cours la guerre froide, la concurrence spatiale entre les États-Unis et la Russie était vive et servait de tremplin à ces deux grandes puissances rivales pour affirmer leur supériorité, idéologique, scientifique et autres. L’ouverture aux dimensions du cosmos fascine certes, mais pose des questions fondamentales, éthiques. Cette ambitieuse conquête est-elle au service de l’humanité ou au service d’activités spatiales pour fins intéressées, y compris les plus commerciales?

De toujours, les humains ont scruté le ciel avec le grand rêve d’aller flirter avec les étoiles. Les choses ont évolué depuis le premier vol de Gagarine; des équipages ont commencé à séjourner dans l’Espace; on rêve même d’aller y vivre et y travailler. Les films de fictions à la Star Trek nous ont longtemps habitués à imaginer des colonies humaines installées dans l’Espace et même à guerroyer avec des habitants étranges venus d’ailleurs. Serions-nous en train de tourner de la téléréalité?

Simultanément à l’exploration, l’Espace a été la grande scène d’une autre évolution, celle de sa commercialisation. Tout s’achète et se vend en ce bas monde; même là-haut! Les satellites, les images issues de la télédétection sont devenus autant de produits susceptibles d’être vendus et achetés, de générer des bénéfices ou des pertes… et donc d’intéresser le monde de l’industrie et du commerce. L’aventure du cosmos semble concrétiser progressivement un désir de colonisation. Le 21 avril 2001, Denis Tito a versé 20 millions pour s’envoler à bord de Soyouz TM-32. Il devenait, après huit jours de vol, le premier touriste de l’Espace.

Serions-nous à l’aube d’une culture de l’Espace? Dès que nous franchissons les barrières de l’inconnu, de l’inédit, des interrogations surgissent et notre imaginaire s’active. Nous n’avons qu’à penser aux percées impressionnantes de la médecine et des sérieuses questions éthiques soulevées par rapport aux manipulations génétiques, à l’euthanasie. L’Espace nous réservera sans aucun doute matière à discernement. Nous sommes toutefois encore loin de la colonisation massive du grand Espace. Il nous faut sans doute redécouvrir notre planète Terre qui semble à bout de souffle. Comme le dit si bien le talentueux Daniel Bélanger dans la chanson Dans un spoutnik: «Six milliards, Six milliards de solitudes, Six milliards ça fait beaucoup.»

La conquête de l’univers ne doit pas aveugler les défis inhérents au devenir collectif des terriens. Les solutions à notre vivre ensemble prendront toujours leur source dans le cœur des humains qui ont encore les deux pieds sur terre. Pour célébrer ces cinquante ans d’histoire spatiale, les paroles de Daniel Bélanger nous rappellent simplement d’atterrir un peu: «Poser là mon satellite où c’est la fête, Où les gens ne s’en font plus, Pour quelques heures, Et qui retourneront là d’où ils viennent, Plus forts, plus vrais, A demi invincibles».


Vos commentaires : LeblogueduDG@gmai.com

( 37 ) Nos aînés

2 octobre 2007 - Sous le thème «La force de l’âge c’est de vivre son âge», le Conseil des aînés du Québec invitait l’ensemble de la population et particulièrement les aînés, et leurs communautés, les associations et organismes les représentant, à souligner la Journée internationale des aînés. C’était hier, le 1er octobre. La force de l’âge! Les indicateurs démographiques ne trompent pas, le Québec prend de l’âge! Depuis 2003, la province compte plus d’un million d’aînés et la progression de ce nombre va bon train. Les aînés totalisent près de 14% de la population québécoise et si la tendance se maintient les 65 ans et plus représenteront dans quelques années 25% de tous les Québécois! Depuis l’Année internationale des aînés en 1999, nos aînés se portent-ils mieux?

Nous le savons tous, le Québec vieillit rapidement et il affiche une croissance des plus rapides dans le monde. La construction fulgurante des centres d’hébergement ainsi que les multiples services offerts à cette population en sont des indices éloquents. Les naissances ne suffisent plus à faire le plein et l’immigration vient combler timidement le renouvellement de la société. La journée internationale permet certes de réfléchir collectivement à la condition préoccupante des aînés, mais aussi de leur apport indéniable dans notre coin de pays. Depuis quelques années, les médias ont rapporté maintes situations aussi dramatiques les unes que les autres chez plusieurs bénéficiaires de centres hospitaliers et résidentiels. Il fallait réagir! En juin dernier, la ministre responsable des Aînés, Mme Marguerite Blais, annonçait une vaste consultation publique sur les conditions de vie des personnes aînées.

Il faut saluer vivement l’initiative de cette consultation publique qui sillonne présentement le Québec. Malheureusement, je le répète, il y a trop de commissions publiques en même temps. Par les temps qui courent, nous pouvons nous prononcer sur tout ou presque. Dans ce grand confessionnal à ciel ouvert, on ne sait plus où prendre parole, où prêter l’oreille. Il ne faudrait surtout pas que l’on tasse encore nos personnes aînées. Prendre soin de ses aînés est une question prioritaire dans ce Québec où semble pointer un certain mal de vivre chez nos devanciers. Le thème proposé par la commission itinérante m’apparaît viser juste: «Les conditions de vie des personnes aînées: un enjeu de société, une responsabilité qui nous interpelle tous.»

Les personnes aînées ne sont pas uniquement un marché économique à conquérir par la construction de résidences, par l’attrait de croisières et de réduction sur une panoplie de services de loisir. Elles sont avant tout des personnes entières, capables d’engagement au sein de la société, mais aussi vulnérables. Il y a une réflexion facile qui circule parfois dans le monde des affaires: «Le fric, ce sont les vieux qu’ils l’ont.». Certes, nos baby-boomers déjà retraités ont un bon magot, mais pas tous! Il est vrai que l’on retrouve des gens bien nantis, mais rappelons que 44 % des personnes aînés ont un revenu inférieur à 15 000$ et près de 80% ont un revenu de moins de 25 000$. À l’inverse, seulement 5% de ces personnes avaient un revenu de 50 000$ et plus. Les personnes aînées sont souvent la proie de vautours beaux parleurs à la recherche d’un butin plus facilement accessible.

Une tante de 85 ans, habitant dans un centre d’hébergement, me disait récemment: «C’est pas comme dans ma maison, mais je suis en sécurité ici, je mange bien et le personnel est bien gentil.» Pour les aînés vivant parfois dans des conditions précaires, la sécurité, la considération et la santé semblent primer sur bien des aspirations et petits plaisirs. Dans une époque glorifiant la jeunesse, la perspective du vieillissement rapide bouscule certains paradigmes acquis. J’ose espérer que les conclusions de la vaste consultation québécoise permettront d’accroître la compréhension, l’harmonie et l’entraide entre les générations; de reconnaître l’immense contribution des aînés à leur famille, à la société; de créer des conditions favorables où nos aînés pourront s’épanouir affectivement dans ce monde où tout évolue si rapidement. Une société qui n’a plus de reconnaissance et de soutien pour ses devanciers, prend un sacré coup de vieux!


Vos commentaires :
LeblogueduDG@gmail.com

( 36 ) Plus riche qu'on le croit...

1er octobre 2007 - Çà y est! Nous l’avons la parité avec le dollar américain. Vendredi dernier, le dollar canadien a clôturé au-dessus de la parité avec le billet vert pour la première fois depuis novembre 1976. C’est grâce à la hausse des prix des matières premières ainsi qu’à la solide performance de l’économie canadienne et la faiblesse du dollar américain que notre huard ne cesse de se remplumer sur les marchés. Notre symbolique oiseau est devenu un refuge pour les investisseurs. J’ai déjà parlé de l’envolée de notre huard dans le blogue 20. Mais au fait, avec cette parité, sommes-nous plus riches?

Il est évident qu’avec un huard fort nous sommes plus riches. Nous valons plus sur les marchés mondiaux; notre capacité d’achat est plus grande et notre bas de laine est plus lourd grâce à cette vigueur nouvelle. Pour les grands consommateurs que nous sommes, ce n’est pas rien! Toutefois, le revers frappe assez fortement sur nos exportations, entre autre, aux États-Unis. C’est l’effet boomerang. Nos entreprises exportatrices de biens et services manufacturiers seront pas mal ébranlées et déjà des fermetures d’usines sont annoncées; enfin, certaines retombées font frémir nos petits travailleurs. L’économie des marchés et ses lois sont intraitables, voire insensibles aux réalités des petits travailleurs.

Dans ce contexte, il est toutefois pertinent de se demander: «C’est quoi être riche? Être pauvre?» À prime abord, nous serions enclins à imaginer des énoncées philosophiques conduisant à un grand débat; demeurons toutefois concrets! Un vaste sondage CROP en août 2007 auprès de Québécois indique qu’une famille de quatre personnes a besoin de 33 000 dollars par an pour échapper à la pauvreté. C’est exactement ce que Statistiques Canada a fixé comme seuil de revenu pour une famille de quatre personnes habitant dans une grande ville. Pas si bête, ces Québécois!

Le dicton populaire «Quand on se compare, on se console!» pourrait nous inspirer ces jours-ci et nous permettre de mieux saisir ce que nous valons. L’an dernier, Statistique Canada avait établi à 21 202 dollars le seuil de faible revenu pour une personne vivant seule dans un grand centre. Mais ce pauvre Québécois se situe tout de même dans les 11% de gens les plus riches du monde! Oui, oui, mes amis! Vous allez sans doute faire la moue devant cette affirmation. Je vous comprends! Il est clair que le Québécois moyen n’habite pas dans un pays du Sahel, qu’il ne vit pas avec l’air du temps sous un palmier à 37 degrés centigrades. Non, nous vivons dans la rigueur d’un pays nordique avec tous ses aléas; dans une superbe société, celle de la consommation à outrance.

Selon la Banque mondiale, il suffirait de gagner 54 000 dollars par an pour se classer dans le 1% des gens les plus riches du monde. Ça fait réfléchir mes amis! La question fondamentale de notre style de vie se pose avec pertinence et s’impose même! Entre vous et moi, est-ce que la qualité de vie se mesure uniquement par ce que l’on possède? Nous connaissons tous le mouvement de la simplicité volontaire. Ce mouvement nous invite à une consommation lucide, à ne pas tomber dans ce gouffre irrésistible et sans fin de la surconsommation, des avances de crédit inépuisable, de l’endettement effréné. «La richesse, selon les économistes, se mesure à la capacité de créer un patrimoine avec le revenu dont on dispose.» La recette est simple: on devient riche en dépensant moins que l’on gagne. C’est fou ce que l’on peut faire quand on coupe dans les dépenses inutiles!


Pour vos commentaires : LeblogueduDG@gmail.com