( 72 ) Le savoir-vivre des Québécois

20 novembre 2007 - Vivre, c’est aussi savoir vivre! Je me suis demandé pourquoi je tenais tant à vous parler du savoir-vivre, de la politesse quoi. Sans doute parce que je constate un manque flagrant de politesse dans les rapports avec les autres, un certain «s’en foutisme» dans la manière dont les gens nous aborde, dans le respect des personnes. La semaine dernière, j’apercevais une vieille dame qui entrait avec peine dans un train du métro assez bondé; personne ne lui a cédé une place pour s’asseoir. Pourtant, il y avait plusieurs jeunes qui auraient pu offrir un siège à cette pauvre dame âgée. On dirait que l’étiquette, la politesse n’ont plus la cote dans la vie de tous les jours. Cela fait trop hautain? Un manque d’éducation? En fait, qu’en est-il du savoir-vivre au Québec?

Le périodique Sélection Reader’s Digest de novembre 2007 fait part d’une large enquête sur la courtoisie au pays. Étonnant de constater que le Québec se classe dans la moyenne du pays, sans plus. C’est la ville de Gatineau qui récolte la palme d’or en regard de la courtoisie. Selon les enquêteurs, la ville de Québec devrait rougir de ses mauvaises manières. Cela n’augure rien de bon à la veille des fêtes du 400e anniversaire de la célèbre ville du Château Frontenac. Le nouvel élu à la mairie de Québec devra mettre l’accent sur la courtoisie, organiser des cours sur l’étiquette et la politesse s’il veut que sa ville soit à la hauteur afin d’accueillir les milliers de visiteurs prévus en 2008. Pour sa part, la ville de Montréal se situe bien modestement au milieu du peloton. En regardant les résultats de cette enquête, la légendaire réputation d’accueil de la belle province en prend pour son rhume.

Comme tous les peuples de la terre, nous partageons un certain nombre de codes et de conventions qui règlent nos comportements dans notre vie en société. Tous ces codes forment ce qu’on appelle la politesse, le savoir-vivre, les bonnes manières ou encore l’étiquette. Dans les années soixante, à l’école primaire, je me souviens d’un livre scolaire sur la bienséance. Nous apprenions les bonnes manières, le civisme nécessaire au vivre ensemble. J’ai l’impression qu’en parlant de ce sujet, d’être un peu ringard, voire d’un autre siècle. Pourtant, les relations entre les individus nécessitent un certain code, des règles. Il apparaît essentiel qu’un certain code régisse nos manières d’entrer en relation avec les femmes et les hommes que nous croisons au quotidien. Certaines manières de faire seront dictées par la hiérarchie sociale. Le savoir-vivre détermine ce qui est attendu, permis ou interdit dans certaines situations. Tout ceci contribue à l’harmonie sociale. À mon avis, le manque de savoir-vivre que je constate, est fondamentalement un manque d’éducation.

Certaines personnes emportent tout en vacances, sauf leur savoir-vivre. Le savoir-vivre n’est-il pas l’art de ne pas montrer trop vite son savoir-faire? Les manquements les plus fréquents concernent nos rapports aux autres, je dirais surtout la qualité de nos rapports aux autres. Dans une société où prime l’individualisme, l’hédonisme et le chacun pour soi, il ne faut pas se surprendre de la piètre qualité de nos rapports avec les autres. Entrer en relation exige une décentration de soi, un certain art de créer des liens harmonieux. La politesse joue un rôle important dans nos rapports quotidiens avec les autres et nous avons tendance à l’oublier. La politesse n’est-elle pas cette vertu démocratique qui balise le lien social et qui constitue aussi les règles de base d’une bonne communication?

Dans la célèbre série Que sais-je?, Dominique Picard présente les quatre piliers de la politesse, en tant que fondement des relations humaines: la sociabilité, l’équilibre, le respect d’autrui et le respect de soi. La politesse c’est d’abord dans le lien social qu’elle se vit; elle prime sur l’individuel. Nous ne sommes pas des îlots mais des êtres de relation. Tout est dans la qualité du lien que je tisse avec ceux et celles qui m’entourent. Pour Dominique Picard, l’équilibre «est un principe régulateur de l’ordre social qui privilégie l’accord à l’affrontement, la satisfaction sur la frustration et permet de concilier des tendances contradictoires.» Le respect d’autrui apparaît comme un élément important dans nos modes relationnels puisqu’il concerne la discrétion, la déférence, le tact, la réserve. Enfin, le respect de soi colore nos rapports avec les autres. Une relation saine ne peut se vivre sans un respect pour soi-même, pour les valeurs qui m’habitent et me font vivre.

C’est à partir du 16e siècle que l’on commence à codifier les règles de politesse, des bonnes manières à table, de pudeur et de décence. Les questions de mœurs sont fondamentalement des questions de civilisation. Les manières de faire, les usages ont des connotations très culturelles; chaque culture a ses codes, ses manières de faire et de dire les choses. Vivre dans une société multiculturelle comme Montréal exige des Québécois de souche de comprendre les manières de faire et d’être des nouveaux arrivants. Les conflits et les frustrations naissent souvent de petits gestes mal compris, mal interprétés. N’oublions pas que la politesse fait toujours confiance à l’intelligence des autres.

Le célèbre Jean de La Bruyère disait: «La politesse fait paraître l’homme au dehors comme il devrait être intérieurement.» D’après l’enquête du Sélection Reader’s Digest, les Québécois ont des efforts à déployer pour améliorer leur image puisque les résultats montrent que c’est la région au pays où le savoir-vivre laisse le plus à désirer même si les trois quarts des Québécois francophones pensent le contraire. À trop s’admirer, ne risque-t-on pas de ne plus se reconnaître tel que l’on est? Il y a parfois des miroirs déformants.


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( 71 ) Départ des snowbirds

19 novembre 2007 - II va sans dire que le Québec est un coin de pays magnifique, mais on ne peut oublier son rude hiver. Ce n’est pas tout le monde qui affectionne les froidures de cette saison! Par les temps qui courent, de nombreux Québécois frileux lorgnent vers le Sud; nous les surnommons snowbirds ou retraités migrateurs. Au fait, qui sont-ils? Le snowbird est généralement une personne retraitée ou semi-retraitée qui a le temps et les moyens financiers de s’offrir un séjour à l’extérieur du pays pendant les mois d’hiver. On compterait pas moins d’un million et demi de ces retraités migrateurs dans la province. N’oublions pas que le Québec vieillit plus rapidement que les autres sociétés occidentales; il est en train de devenir le royaume du vieillissement. Une terre fertile pour l’émergence des snowbirds!

Les agences de voyages sont débordées ces temps-ci, du jamais vu semble-t-il. L’arrivée des temps froids donne des frissons à plus 2,1 millions de Canadiens qui, à chaque année se dirigent vers une destination soleil pour raccourcir l’hiver devenu trop rigoureux. N’ayez crainte, les agences de voyage connaissent bien ce Klondike juteux et font sans contredit des affaires d’or. La période hivernale qui vient dépassera toutes les prévisions des voyagistes. Qu’est-ce qui suscite un tel engouement soudain?

Vous vous en doutez, notre gros huard bien remplumé y est pour quelque chose! La valeur de notre dollar a bondi de 17% en un an; de quoi s’interroger sur sa stabilité future. Fort heureusement, il a commencé à redescendre lentement ces jours-ci. Avec une devise à parité avec le dollar de nos voisins du Sud, c’est bien tentant de partir au chaud! Pourquoi se faire geler au Québec? Les snowbirds sont aux aguets ces jours-ci et marchandent tous les forfaits de vacances. Toute la machine publicitaire des agences de voyage se fait voir en offrant des forfaits à des prix fort compétitifs! Que voulez-vous le soleil de la Floride attire davantage que les hôtels de glace de Québec.

L’État de la Floride s’attend à recevoir un nombre record de Canadiens. Le Gouverneur Charles Crist doit se frotter les mains. Selon les données, la seule région Fort Lauderdale, s’attend à accueillir quelques 450 000 Canadiens, une augmentation de 10%. Un sondage indique d’ailleurs que 44% des Canadiens songent à prendre plus de vacances ou à prolonger celles-ci à l’extérieur du pays si le huard maintient sa vigueur. Selon plusieurs voyagistes, la situation actuelle est gagnante sur toute la ligne pour les Canadiens : un dollar fort, une économie florissante, des destinations sécuritaires. Tous les ingrédients y sont pour réaliser de bonnes affaires.

C’est généralement en couple que les snowbirds se déplacent pour des séjours plus ou moins longs. Certains séjournent dans le Sud un mois ou durant toute la durée permise par la loi américaine, soit six mois. D’autres sont propriétaires de résidence secondaire, d’autres enfin sont locataires d’appartement qu’ils relouent d’année en année. Il y a aussi les snowbirds qui ont la bougeotte, les nomades, qui avec leur roulotte se déplacent à leur rythme et pour la variété des décors. Ils représentant entre 20% et 25% des snowbirds, soient près de 40 000 maisons mobiles qui prennent la route et s’installent sur les terrains de la chaude Floride. C’est un petit Québec du Sud mes amis! La manne québécoise qui déferle sur l’économie de la Floride n’est pas négligeable. Sachant bien que l’argent n’a pas d’odeur, je me suis toutefois demandé quelle image, quelle réputation ces retraités qui passent des mois à se rôtir l’épiderme laissent-ils en sol américain?

Si l’on se fie au premier film d’Elvis Gratton, réalisé par Pierre Falardeau en 1985, mettant en vedette ce personnage aux allures animalières que l’on pouvait identifier de colon moyen canadien français, on ne reflète pas une image très reluisante de notre population. Ce quasi macaque, bien campé par Julien Poulin, représentait cette espèce de grossier personnage de chez nous que l’on voudrait bien voir en disparition, mais qui malheureusement a une vigueur inouïe et tenace. La caricature de ce film est grosse, mais révèle un fond de vérité sur cette classe de notre société, sans culture, mais les poches pleines, qui est devenue arriviste et opportuniste. Nous avons tous en tête le stéréotype du parvenu obèse, aux chemises colorées, baragouinant péniblement l’anglais avec quelques mots de notre vocabulaire sacré, pensant peu et buvant beaucoup et ayant un penchant pour des vacances hivernales chez nos voisins du Sud. Ils sont malheureusement encore bien présents dans certaines destinations touristiques.

Fort heureusement, les Québécois ont appris à voyager au fil des années et ont développé leur savoir être à l’étranger. Il faut le redire, l’argent et même un huard qui vaut son pesant d’or ne donnent pas tous les droits et les privilèges. La culture et le savoir être ne se résument pas à une poignée de billets ou à une tenue vestimentaire acquise dans les boutiques à des prix exorbitants. Un auteur disait: «Le bonheur n’est pas une plante sauvage, qui vient spontanément, comme les mauvaises herbes des jardins : c’est un fruit délicieux, qu’on ne rend tel, qu’à force de culture.» Prendre conscience de ce que l’on ignore de la vie est un grand pas vers le savoir. Et que dire du savoir être? Bon voyage à nos snowbirds qui partiront pour des destinations soleil!


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( 70 ) Le Père Noël débarque !

16 novembre 2007 - Le Père Noël débarque à Montréal demain! Ce sera le grand défilé annuel au centre-ville de Montréal. Le cortège du célèbre pompon rouge offrira aux milliers de spectateurs massés le long de la rue Sainte-Catherine, une douzaine de chars allégoriques plus animés que jamais. Il y aura évidemment la fée des étoiles, tradition oblige! Selon les organisateurs, c’est tout un défilé qui attend les spectateurs. Préparer un défilé, c’est tout un exploit!

Mes chers amis, ce défilé comptera 800 personnes à l’animation, au-delà de 300 costumes, 150 objets thématiques préparés spécialement pour l’occasion. Chaque char allégorique, d’environ 3 000 kilogrammes, a demandé 1000 heures de travail pour sa réalisation. Plusieurs troupes des communautés culturelles ainsi que des fanfares, des chorales et des troupes de danse seront de la fête. Il y en aura plein la vue et les oreilles. Attachez votre tuque, caméras numériques et décibels seront au rendez-vous! Avec ce défilé, c’est le coup d’envoi de la course aux emplettes, la corvée des décorations à installer, l’assistance à des spectacles et concerts, les réservations à effectuer en prévision des sorties et j’en passe. Il faudra avoir du souffle, c’est comme une course à obstacles, un tourbillon décoiffant qui s’estompera avec la nouvelle année que l’on souhaite déjà plus reposante.

Dans l’attente que le Québec revête son manteau blanc, j’ai l’impression qu’en cette année, riche en événements médiatiques et en consultations populaires, Noël ne sera pas comme les autres. Il me semble que la caravane des Mages de la Commission Bouchard-Taylor nous aura apporté plus que de l’encens, de la myrrhe et de l’or. Avec toutes ces prises de parole et ces accommodements raisonnables, je suis en train de me demander si le sapin de Noël restera un sapin, si notre traditionnelle dinde pourra se faire bourrer de farce, si la fée des étoiles portera un voile, si le petit Jésus réussira à trouver une place dans la crèche. Avec tout ce qui se dit, j’ai la nette impression que dans la traditionnelle crèche vivante de mon village natal, l’âne aura de quoi braire, le gros bœuf et les moutons noirs de quoi brouter. À quoi ressemblera Noël cette année, mes amis?

D’année en année, les Canadiens battent des records de consommation. Imaginez, avec notre dollar remplumé, notre Père Noël n’aura pas à se serrer la ceinture puisqu’il aura magasiné aux États-Unis. Si Noël est traditionnellement un temps de réjouissances et de fêtes, ne nous leurrons pas, il est avant tout un temps de dépenses et de surconsommation à moins que nous en décidions autrement. En 2006, les Canadiens ont dépensé un total de 34,5 milliards de dollars en bien et services, soit une moyenne de 991$ par personne. Au Québec, les dépenses atteignent 730$. Les transactions par Internet ont augmenté de 44% l’an dernier et Visa Canada estimait à 2 milliards de dollars les achats effectués pour la seule journée du 23 décembre. Nous sommes loin de la simplicité volontaire!

Inquiétante cette croissance des dépenses? Le phénomène de la surconsommation au cours du Temps des fêtes pose question et commence à faire réfléchir pas mal de monde. Il y aurait près de 2% de la population québécoise qui serait victime d’un problème d’achat compulsif au cours de cette période. C’est près de 75 000 personnes! Certains spécialistes rapprochent cette problématique à la dépendance au jeu qui fait des ravages dans bien des familles québécoises. Beaucoup de travailleurs devront accumuler des heures supplémentaires pour payer ce que coûteront les nombreux achats de cadeaux, de décorations et de nourriture. L’arrivée du Père Noël, ça change peut-être des vies, mais pas toujours pour le meilleur des mondes. Oui, mes amis la Terre s’apprête à recueillir des tonnes d’emballages cadeaux, de vaisselle jetable et combien d’objets non désirés qui pollueront. Pour certains, l’arrivée du Temps des fêtes signifie travailler davantage, acheter à crédit, s’épuiser, polluer. La surconsommation est-elle devenue la source de nos problèmes environnementaux? En cette période où la consommation sera à son paroxysme, pourrait-on faire autrement pour une fois?

Depuis le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, le Québec est en phase découverte ou plutôt redécouverte de l’essentiel de son identité. Nous pourrions sans doute effectuer la même démarche dans ce que représente fondamentalement Noël pour nous. Si nous mettions l’accent sur ce qui nous rend heureux, sur ce qui nous fait vivre profondément. Vous savez, parler à des amis, se retrouver auprès des membres de la famille élargie que l’on ne voit pas souvent, se reposer, faire le bilan de son année avec ses proches, inventer quoi! Pourquoi ne pas s’impliquer dans une organisation qui aide les plus démunis? Noël autrement, ce n’est pas impossible, n’en déplaise au Père Noël!

Faut-il se rappeler que Noël, c’est plus qu’un jour durant l’année, qu’un réveillon, c’est surtout un état d’esprit. Sapin, guirlandes, ragoût, bûche et cadeaux plein les bras ne remplaceront jamais le sens profond de cette fête, la venue d’un enfant pas comme les autres. Paulo Vicente disait: Pourquoi Noël arrive-t-il toujours quand les magasins sont bondés? Bon défilé!


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( 69 ) Des livres et des livres...

15 novembre 2007 - Des livres pour tous les goûts! Grand événement annuel, le Salon du livre de Montréal 2007 a ouvert ses portes ce mercredi 14 novembre. Nous en aurons encore plein la vue cette année et nous serons tentés par les milliers de bouquins qui s’offrent à nous. Dire qu’il y a quelques années, devant l’apparition d’Internet, plusieurs prédisaient la mort du livre. En ce 30e anniversaire, ce salon est devenu un incontournable de l’automne avec ses 1450 romanciers, poètes, essayistes, illustrateurs et bébéistes. C’est la passion du livre qui se manifeste dans toute sa créativité, le goût de rencontrer les auteurs de chez nous et d’ailleurs, la joie de dénicher quelques trouvailles qui occuperont de douces soirées d’hiver. Lire, pour le plaisir!

Imaginez, il se publie pas moins de 4000 livres au Québec par année! C’est incroyable! Ceux qui diront que le livre est en perte de vitesse, se mettent le doigt dans l’œil! La journaliste et auteure Micheline Lachance préside, pour une troisième année consécutive, cette 30e édition du Salon avec autant de conviction et d’enthousiasme. Elle affirmait dans son message inaugural: «Il y a 30 ans, au premier Salon du livre de Montréal, un jeune auteur prometteur du nom de Yves Beauchemin déclarait: «Ce ne sont pas des bourses et des subventions que l’écrivain recherche, ce sont des lecteurs.» Depuis trente ans, le Salon du livre de Montréal a bien rempli son rôle de promoteur du livre auprès des jeunes et des adultes. L’an dernier, plus de 123, 000 visiteurs ont envahi la Place Bonaventure pour assouvir leur passion de la lecture et leur curiosité bien légitime. Le Salon est sans contredit un lieu de sensibilisation et de promotion de la lecture auprès des écoliers qui viennent en très grand nombre explorer ce monde fascinant. Par les temps qui courent, ils en ont bien besoin ces jeunes! Un livre, c’est tout un monde à découvrir!

En cette période, où nous nous interrogeons sur l’avenir du français et de sa qualité sur cette terre d’Amérique, cette foire du livre est un formidable outil de diffusion de notre culture et de notre langue. Le plus important carrefour littéraire francophone des Amériques nous accorde cette année une journée de plus pour bouquiner, soit six jours. Il est des livres qu’il faut lire, des livres qui nous changent, des livres que l’on relit pour le plaisir. Ce grand rendez-vous est une occasion privilégiée pour s’interroger à nouveau sur la situation du livre, la vie de nos auteurs, la place qu’occupe la lecture dans notre société.

Selon la Fondation pour l’alphabétisation, 49% des Québécois ont de la difficulté à lire. Des élèves gravissent les échelons, mais arrivent souvent au secondaire sans savoir lire correctement. On le redit d’année en année, la province connaît un taux effarant de décrochage scolaire. Une situation inacceptable! Écoutez, nous ne sommes pas dans un pays du Tiers-monde après tout! Dans une société moderne comme la nôtre, comment se fait-il que tant de jeunes ne savent pas lire? ne savent pas écrire correctement?

Tout se tient en éducation. La lecture est un atout indispensable pour la réussite scolaire des enfants et des jeunes. Un des rôles importants du personnel enseignant, est de susciter le goût de lire. La lecture, c’est une fenêtre grande ouverte sur la connaissance, l’aventure et le monde. Selon les données recueillies périodiquement, nous constatons que les jeunes du Québec ne lisent pas suffisamment. La lecture, c’est comme toute chose; plus nous la pratiquons, plus nous développons nos habiletés et plus le plaisir de lire s’accroît. Il est certain que les jeux vidéo et l’ordinateur semblent beaucoup plus attrayants que les pages d’un gros bouquin sans image. On ne le dira jamais assez, la lecture est à la base de la réussite.

À l’école, des efforts importants sont déployés, mais c’est encore bien insuffisant! D’ici 2009, le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires auront investi 15 millions de dollars afin de continuer à développer les collections des bibliothèques scolaires. La ville de Montréal vient d’annoncer ces jours-ci d’importantes sommes pour les bibliothèques publiques. Des gestes plus que louables, mais il est aussi du ressort des parents de favoriser la lecture. Chez moi, il y a toujours eu la présence de livres et de revues à la maison. Dès mon adolescence, j’étais abonné à la bibliothèque municipale; j’aimais me promener dans les rangées et regarder les titres. Encore aujourd’hui, j’aime toujours bouquiner dans les librairies pour connaître les nouvelles parutions, évidemment en surveillant mon porte-monnaie. La question du prix du livre en fait repousser plus d’un; malheureusement, les livres de qualité ne sont pas toujours abordables aux personnes à faible revenu.

Madame Lachance, porte-parole du Salon du livre, souligne que des questions récurrentes demeurent toujours au feuilleton des revendications: la défense du droit d’auteur, la politique du livre, le soutien de l’État aux écrivains et aux bibliothèques. En fait, à quoi bon publier des livres s’ils ne se lisent pas. On pourrait presque dire que le livre n’est pas. C’est la lecture qui le crée à travers des mots lus et relus. Derrière chaque livre se trouve un nom, une personne qui se livre et qui parfois nous délivre. Alors, tournons la page!

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( 68 ) Les blues de l'automne

14 novembre 2007 - La déprime, vous connaissez? Vous savez, il y a de ces jours où votre humeur devient irritable, où votre énergie ne peut suivre la cadence, où votre intérêt s’égare aisément, où votre motivation manque de stimuli. En fait, vous êtes à plat! Vous souffrez peut-être de dépression saisonnière mes amis. Pour un bon nombre de personnes vivant dans les régions nordiques et subissant le retour à l’heure d’hiver, les blues d’automne font leur apparition de façon cyclique. Environ 4% à 6% de la population en serait atteinte à divers degrés pendant les mois d’automne et d’hiver. Qu’en est-il au juste?

Les symptômes apparaissent généralement en octobre et s’accentuent au changement d’heure. Une de mes amies me disait la semaine dernière : «C’est drôle, je n’arrive plus à planifier mes journées, les choses toutes simples deviennent si complexes. Je n’ai plus d’énergie, je me traîne.» Ce sont des symptômes typiques de la dépression saisonnière ou «trouble affectif saisonnier». Quoique les causes soient obscures, les chercheurs et les professionnels de la santé croient que cette forme de dépression épisodique résulte d’un déséquilibre biochimique, impliquant la mélatonine et le manque de lumière provoqué par le raccourcissement des journées.

Généralement, les psychiatres considèrent qu’une personne souffre de cette forme de dépression lorsqu’elle présente au moins cinq des symptômes suivants d’une façon quotidienne pendant au moins deux semaines: humeur déprimée une grande partie de la journée, absence d’intérêt ou de plaisir pour les activités quotidiennes, perte ou augmentation du poids ou de l’appétit, insomnie ou sommeil excessif, agitation ou lenteur des mouvements, fatigue ou perte d’énergie, sentiments d’inutilité ou de culpabilité excessive, indécision ou difficulté à penser ou à se concentrer, intrusions récurrentes de pensées morbides ou suicidaires. L’une des caractéristiques de cette forme particulière de dépression est son aspect saisonnier qui se répète d’année en année. N’ayez crainte, on n’en meurt pas, mais si elle n’est pas soignée, elle peut engendrer des troubles majeurs de santé.

On traite cette forme de dépression par la psychothérapie, les antidépresseurs et la luminothérapie. L’on conseille une marche quotidienne de 30 minutes à la lumière du jour, de préférence le matin. On obtient d’excellents résultats rapidement par la luminothérapie. Il est facile de trouver des lampes dans des boutiques de santé ou pharmacies. Serait-ce une preuve que les astres et les changements de saison nous influencent? Sans être un fan de l’astrologie, je suis plutôt convaincu que l’univers, le climat et les saisons influencent notre comportement. L’être humain est lié à la nature sur le plan physiologique. C’est en été que le métabolisme du corps humain est le plus actif et demande beaucoup d’énergie.

Les chercheurs orientaux, surtout en médecine chinoise, ont développé une expertise millénaire en ce domaine. Selon eux, la plupart des maladies sont causées par les changements et la conversion des six airs vicieux: le vent, le froid, la chaleur, l’humidité, la sécheresse et le feu. L’adaptation au climat peut assurer une bonne santé. Les théories sur les relations entre les conditions climatiques et le comportement humain remontent à l’antiquité. La plupart des travaux publiés à ce jour montrent par exemple une relation significative entre la température et la criminalité. Le nombre de suicide augmente de janvier à juillet, les crimes contre la propriété se produisent davantage en hiver et ceux contre la personne en été. Demandez aux enseignants! Il est facile pour eux de sentir dans une classe qu’une tempête approche par le degré de turbulence des jeunes.

Il est en de même pour les espèces animales. Une soirée chaude et orageuse fera sortir une grande variété d’insectes, les chauves-souris, les hirondelles et de nombreux oiseaux. Le brouillard perturbe les grands mammifères, tandis qu’un redoux, même au cœur de l’hiver, fera apparaître certains amphibiens. Nous pourrions poursuivre par de multiples exemples aussi probants. Au Québec, nous sommes bien servis par la variété de nos saisons. Nous connaissons tous les joies et les difficultés relatives aux quatre saisons. Elles se succèdent et rythment la cadence de nos vies, influencent nos modes et nos comportements. Dans quelques semaines, l’automne cédera le pas à l’hiver que nous espérons voir le plus tard possible. Philippe Fabro disait: «La dépression, c’est le novembre de l’âme, le décembre du désir.» C’est fou ce que la lumière peut faire dans nos vies. Tout se défait et se dénoue sous la lumière. Si elle est capable d’amenuiser les blues de l’automne, elle peut sans aucun doute éclairer notre humble chemin! Si votre humeur irrite votre entourage, allez prendre l’air!

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( 67 ) À genoux les Québécois ?

13 novembre 2007 - Québec, terre de forêts et de lacs, mais aussi de paradoxes! On ne finit plus de sonder les cœurs des Québécois en ce temps de recherche identitaire. Les diverses commissions publiques qui sondent la population ont exploré tout, sauf la spiritualité des Québécois. Si l’on en juge par le récent sondage CROP du 28 octobre 2007, ces Québécois n’affichent pas toujours ce qu’ils pensent ou plutôt ce qu’ils vivent intérieurement. Si la plupart d’entre eux ont délaissé la pratique cultuelle, il en est autrement de la prière. De quoi surprendre tous les sondeurs; les Québécois sont des priants! Il y a de quoi en perdre son latin.

Le sondage révèle que 65% des Québécois disent avoir prié au cours des douze dernier mois. Cette pratique de la prière tend à augmenter avec l’âge, ce qui apparaît tout à fait normal sociologiquement. Même les jeunes prient; un jeune sur deux de 18 à 34 ans dit avoir prié dans la dernière année! Chose étonnante, 70% des Québécois croient que la prière peut changer la vie d’une personne. Nous sommes loin des affirmations gratuites des ténors radicaux de la laïcité pure et dure qui se font valoir du haut de leur perchoir ces temps-ci.

On peut cependant se demander qui prie au Québec? En tout premier lieu, ce sont les femmes qui sont en tête de liste avec 70% contre 56% pour les hommes. Les statistiques révèlent aussi que les gens des régions prient davantage que ceux des grandes villes comme Montréal, que les moins scolarisés prient plus fréquemment que les autres, que les pauvres prient davantage que les plus fortunés. Surprenants ces chiffres provenant de cette terre arrosée d’eau bénite depuis des siècles? Pas vraiment!

Il est pourtant incontestable d’affirmer que l’être humain est un être spirituel, ayant soif de transcendance. De toujours, il s’est tourné vers l’au-delà pour trouver des réponses à ses grandes questions existentielles, pour soulager ses souffrances, pour donner un sens à son itinéraire terrestre. Les Québécois ont vécu une crise profonde d’appartenance religieuse, une remise en question radicale par rapport à la religion catholique qui ont encore des ressacs dans leur vécu quotidien. Cela perdure depuis au moins quatre décennies! L’abandon massif de la population fut d’abord d’ordre structurel; c’est l’institution que l’on a quittée si facilement, comme on laisse ses pantoufles au pied du lit. Pour un bon nombre de catholiques, la religion reposait davantage sur des fondements d’ordre culturel. Des valeurs et des aspects émanant de cette culture religieuse populaire colorent toujours notre imaginaire collectif et notre vocabulaire journalier.

Tous les coups de sonde effectués depuis de nombreuses années démontrent hors de tout doute que la population québécoise est massivement croyante, voire catholique. Toutefois, ces statistiques indiquent depuis une décennie une légère diminution des croyances. Quoi qu’il en soit, l’être humain sera toujours confronté à cette question fondamentale de l’existence de Dieu, d’un être suprême.

Même la science s’intéresse à la prière. Plusieurs études semblent démonter un effet bénéfique chez les usagers de la prière. En tant qu’approche thérapeutique, des chercheurs affirment au moins une chose: la prière a des effets positifs observables et mesurables sur la santé, sans toutefois comprendre encore quels sont les mécanismes qui entraînent ces effets. Certaines recherches se contredisent et plusieurs analystes mettent en doute qu’on puisse prouver scientifiquement les effets de la prière. Il y aurait certes quelques nuances à apporter sur la croyance populaire des effets magiques de la prière.

En ce qui concerne les effets démontrés, les recherches effectuées établissent un lien hors de tout doute entre la pratique religieuse et la santé. Dans cette perspective, un nouveau champ d’étude appelé l’épidémiologie de la religion aborde toutes ces questions. Les études menées à ce jour dans ce champ de recherche sont cependant moins nombreuses sur la prière comme telle; celles menées globalement sur la pratique religieuse, sans être toutes concluantes, sont très encourageantes et significatives.

La démarche spirituelle de chaque individu est unique, singulière. Ici, nous foulons un terrain miné. C’est un sujet délicat où se mêlent aisément des éléments culturels et sociaux, des questions morales et éthiques. Les études du Dr Larry Dossey, un expert dans le domaine, ne font aucun doute: la religion et la spiritualité ont un effet positif tant pour la santé globale que pour des problèmes spécifiques. Par contre, les différentes études sur la prière sont plus confuses, mais tendent à démontrer toutefois des effets bénéfiques pour nombre de malades. Il est normal que plusieurs experts scientifiques demeurent sceptiques face aux résultats de ces études. De façon respectueuse, de nombreux médecins abordent souvent, lors de consultation, les questions de religion et de spiritualité avec leurs patients.

Ce n’est pas demain que nous verrons massivement les Québécois reprendre le chemin de l’Église. Toutefois, la foi en Dieu dépasse les Églises; historiquement, Jésus n’était pas de religion catholique! Que les Québécois s’adonnent majoritairement à la prière est signe d’espoir. Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans Citadelle: «La grandeur de la prière réside d’abord en ce qu’il n’y est point répondu.» Comme une clé, la prière semble ouvrir une fenêtre sur l’infini, entrevoir une éclaircie devant la finitude de nos existences, sans y attendre nécessairement de réponse. Sans doute que pour le croyant, elle a plus de pouvoir que les scientifiques ou les humains se l’imaginent. Le célèbre Gandhi disait: «Il vaut mieux mettre son cœur dans la prière sans trouver de paroles que trouver des mots sans y mettre son cœur.» En ces temps de questionnement collectif, les Québécois risquent-ils de se serrer les coudes tout en joignant les mains? Qui sait? À genoux, pour devenir des êtres debout et libres devant l’avenir qui se présente à nous! Pourquoi pas?

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( 66 ) Se souvenir

12 novembre 2007 - Au cours de la semaine dernière les coquelicots firent leur apparition aux boutonnières des Canadiens. On se souvient! Du 4 au 11 novembre, la population était invitée à participer à plusieurs activités entourant la semaine du Souvenir. Le point culminant se tenait hier, le 11 novembre, décrété Jour du Souvenir. En cette journée nationale, des cérémonies furent organisées aux cénotaphes de plusieurs villes à travers le pays pour commémorer le lourd sacrifice des nôtres. Plus de 100 000 Canadiens sont morts en service militaire lors des guerres de 1914-1918, de 1939-1945, de Corée et des opérations de maintien de la paix. Malgré les années qui passent, nous ne pourrons jamais oublier les atrocités de la guerre. Encore aujourd’hui, plusieurs des nôtres sont engagés dans des missions de paix en Afghanistan, au Darfour, en Bosnie. Les affres de la guerre en Afghanistan ont fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois, mais surtout beaucoup trop de sang!

Mon jeune frère s’envolera en décembre prochain pour la Bosnie. Dire qu’il passera Noël loin de sa petite fille d’à peine un an. Ce n’est pas sans crainte que nous le voyons partir pour ces régions hostiles où le chaos s’érige en maître, où la violence fait loi, où la corruption semble monnaie courante. Il ira défendre les valeurs nobles de la démocratie et de la liberté, mais à quel prix! Père de trois enfants, il terminera sa carrière militaire par cette dernière affectation à l’étranger. Lui qui a consacré plus de trente-cinq ans de sa vie dans les forces canadiennes, il risque gros en cette fin de carrière. Tout un couronnement mon frère!

En ces jours où nous apprenons que 17% des soldats de retour de Kandahar souffrent d’un problème de santé mentale, nous sommes en droit de nous interroger sur le sens de tout cela. La guerre, c’est la guerre! Des fusils qui tirent, des bombes qui explosent, des embuscades qui éclatent, des convois qui s’embourbent, c’est aussi cela la guerre. Mais le pire, ce sont des gens qui meurent par milliers dans ces pays si loin de nous. Pourtant, pour nombre de militaires et leurs familles, les bruits des bombes retentiront pour toujours dans leur tête, dans leur sommeil. Il y a de ces souvenirs qui ne s’effacent pas avec le temps, des larmes qui ne cesseront de couler à la vue de certaines horreurs. Les pourquoi de toute cette violence demeurent sans véritable réponse!

La guerre est toujours un malheur, un point c’est tout! La légitimité des guerres en 2007 n’a pas sa raison d’être. Il me semble que les leçons de l’histoire sont plus qu’éloquentes. Le prix à payer par le Canada a déjà été trop grand lors des deux dernières grandes guerres; pourquoi s’engouffrer dans des conflits dont on ne voit pas d’issue. Sur le plan mondial, notre pays ne fait pas le poids. Malgré notre population relativement petite, le Canada ne cesse de déployer ses militaires partout dans le monde dans des missions de maintien de la paix. Les dangers sont omniprésents sur le terrain. Les familles canadiennes, déchirées tout récemment par la perte d’un être cher en Afghanistan, doivent vivre un terrible souvenir en ces jours de commémoration. Il n’est pas facile de comprendre ce qui passe au-delà des mers. L’armée canadienne est impliquée dans le conflit afghan depuis octobre 2001. D’une opération de maintien de la paix, les forces canadiennes se sont engagées dans des opérations offensives. Changement de cap qui ne cesse de déranger les Canadiens; on a tout simplement dévié du rôle pacifique traditionnellement joué par le Canada. La solution de la guerre en Afghanistan trouvera des solutions valables et durables que par les Afghans eux-mêmes. Le Canada doit s’engager dans le combat pour la justice, la liberté; celui-ci ne trouvera d’espoir que par la guerre à la pauvreté extrême de ces populations.

En regardant dans le rétroviseur de l’histoire, il y a toujours eu des guerres. Nous voyons cependant apparaître sur l’échiquier mondial de nouveaux acteurs privés entrés en scène. La suprématie militaire des États-Unis lui dévolue le rôle de gendarme mondial et son processus de militarisation se hisse toujours au sommet des priorités gouvernementales. Lutte aux terroristes et aux extrémistes justifie aux yeux de certains États cette flambée de violence. Ne soyons pas dupes! Les enjeux sont fondamentalement économiques, habilement masqués par la chasse aux groupes terroristes et non étatiques. En ce jour de commémoration, c’est la guerre à la guerre qu’il faut mener tous ensemble. John Fitzgerald Kennedy disait: « L’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité. »

À toi mon frère qui partira pour la vraie guerre, nous sommes avec toi sans trop comprendre. Te connaissant bien, les valeurs qui t’animent sont sans aucun doute des plus nobles; nous n’en doutons pas. Ce n’est pas de toi et de tes motivations dont nous doutons, mais de tous ces dirigeants et belligérants qui, au nom de la liberté, mènent un combat sournois et inutile; des victimes innocentes ne cessent de joncher ces terres ensanglantées. Mon frère, tu le sais, la guerre ne mettra jamais fin à la guerre. Sois prudent quand même, nous t’aimons!


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( 65 ) Mission accomplie ?

9 novembre 2007 - L’exploration spatiale est fascinante. La mission ST-120 a pris fin mercredi dernier quand la navette Discovery s’est posée comme prévu à 13 h 01 au Centre spatial Kennedy de Cap Canaveral en Floride. Au cours de cette mission, deux femmes commandaient les deux seuls vaisseaux en orbite terrestre, une première dans l’histoire de la conquête spatiale. La mission que viennent d’effectuer les astronautes de la NASA s’est avérée plus complexe que prévue et aurait pu mettre en danger la vie des astronautes. Ce chantier de l’espace, qu’est la construction de la station orbitale internationale, devrait prendre fin en 2010. Quel chantier sur le chemin des étoiles!

Le cinquantième anniversaire de l’exploration spatiale est une occasion sans précédent pour rendre hommage à ces hommes et à ces femmes qui percent pour nous l’immensité de l’univers. Qui n’a pas la chance de lire un article, un livre ou d’écouter un documentaire télévisé sur les mystères de l’univers? Qui n’a pas entendu parler de Galilée, de la loi d’attraction universelle, de la théorie de l’évolution, de la relativité, du big bang et des extraterrestres? Ce cinquantenaire, c’est l’histoire extraordinaire de la découverte du ciel et des étoiles. C’est aussi une aventure dans le temps, où des questions restent sans réponse, en suspens, dans le vide!

De tout temps, l’être humain s’est interrogé sur le monde qui l’entoure. Questions existentielles, questions de sens et d’avenir! D’où viennent les étoiles, la matière, la vie? Et Dieu dans tout ça? Comment expliquer les merveilles de la création, l’ordre superbe dans l’univers? Comment expliquer la souffrance, la maladie, les catastrophes, les désordres de l’univers? Je ne crois pas que les astronautes dans leur voyage ont rencontré des extraterrestres et encore moins des anges. Chaque mission spatiale, chaque découverte fabuleuse nous ramène à ces interminables questions de l’origine de toutes choses et du sens de la vie.

Nous apprenions jadis dans le petit catéchisme que le mystère est une chose que l’on ne peut pas expliquer. Depuis quelques décennies, il y a bien des découvertes de la science qui ont bousculé nos manières de voir la vie. Le génie de l’être humain ne cesse de nous surprendre; il approfondit toujours plus la connaissance de nombreux mystères qui nous touchent de près. À la vitesse vertigineuse avec laquelle les percées scientifiques chamboulent notre quotidien, plusieurs questions éthiques se posent à nous, humbles routiers du quotidien. Devant l’émerveillement des découvertes, nous sommes confrontés à des questions fondamentales touchant le respect de la vie, de la naissance à la mort.

Nous devenons tellement habitués aux prouesses technologiques que nous avons peine à suivre la cadence, voire à poser un regard critique sur ce qui vient tranquillement modifier nos manières de faire et même de vivre en société. Les simples avancées dans les technologies de communication ont changé la face de la terre. Que ce soit au niveau des échanges interpersonnels ou dans le monde des médias de masse. Tout se sait et se dit avec la vitesse de l’éclair. Nous avons de moins en moins cette capacité de rebondir à la seconde près. Nous en sommes réduits à être à la remorque d’une technologie envahissante qui rythme notre vie de tous les jours et non le contraire. Bien que pratiques, les cellulaires ont envahi notre environnement et nous commençons à réaliser combien ils polluent notre environnement social, qu’ils sont la cause de nombreux accidents de la route, qu’ils émettent des ondes pouvant causer le cancer. Impacts imprévisibles? Effets pervers des inventions?

Vous allez me dire «On n’arrête pas le progrès!». Vous avez entièrement raison, c’est le propre de l’humain, du génie humain de créer, d’inventer, d’améliorer ses conditions de vie. Devant toutes ces prouesses de l’espace, ces nouvelles technologies, il ne faut pas oublier l’être humain, son épanouissement et son devenir. Comment toutes ces percées technologiques ont aidé les pays en voie de développement à s’en sortir? Comment toutes ces découvertes spatiales ont-elles permis de vaincre le SIDA? Comment toutes ces avancées ont-elles permis d’aider les milliers d’itinérants de nos grandes villes? Dans cette course, il est clair que le dieu argent convoité par les grandes entreprises fait parfois miroiter bien des mirages.

À l’ère du village global, il ne faut pas oublier que de nombreux spécialistes ont sonné l’alarme sur l’avenir de notre planète Terre. Selon certains signes, elle est en sursis cette chère planète lorsque l’on constate la diminution des ressources énergétiques, l’augmentation croissante des espaces désertiques, la pénurie d’eau douce, le niveau élevé de pollution, les changements climatiques et j’en passe. Déjà le célèbre philosophe Platon, pour qui la vérité ne pouvait se résumer à des formules, situait le rôle de la science dans ce monde en disant: «Ce n’est pas de vivre selon la science qui procure le bonheur; ni même de réunir toutes les sciences à la fois, mais de posséder la seule science du bien et du mal.»

Belle mission accomplie pour Discovery! La navette est bien revenue sur terre! Nous qui marchons sur cette terre, confrontés au défi de la vie quotidienne, nous cherchons avec les nôtres parmi des routes sinueuses qui s’ouvrent à nous, l’espérance de jours meilleurs. Il ne faudrait pas oublier que le chemin de notre destinée est plus important que toutes ces merveilleuses découvertes. Ces dernières ne sont pas une fin; elles devraient être un chemin d’espoir au service de l’humanité.


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( 64 ) La langue que j'aime

8 novembre 2007 - Sur un bout de terre d’Amérique, des hommes et des femmes ont lutté pour conserver leur langue et leur culture, même au prix de leur sang. Ce Québec que nous aimons est-il en train de perdre ces deux éléments essentiels de son identité? La lutte des Québécois pour sauver leur langue est certes héroïque, pourtant cette belle langue française est tellement maltraitée. Tout un paradoxe! La situation du français, telle que décrite dans un récent dossier du journal La Presse publié ces jours-ci, est inquiétante, voire lamentable. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’alerte a été donnée. En 2001, la Commission des états généraux et de l’avenir de la langue «concluait que plus de la moitié des enseignants ont une connaissance nettement insuffisante de la langue française.» N’est-ce pas désastreux mes amis? Mais à qui la faute?

La chute dramatique de la qualité de la langue revient nous hanter d’année en année. Les Québécois sont confrontés quotidiennement à la survie de leur langue, mais surtout à sa qualité. Je suis exaspéré d’entendre constamment des «si» avec des «rais», d’entendre des sacres sous toutes leurs variantes dans les téléromans de chez nous, de lire des courriers électroniques bourrés de fautes et j’en passe. Il y a des limites à massacrer une langue! D’après les universités de Sherbrooke et de Montréal, les résultats des étudiants aux tests de français frôlent à peine la note de passage. Dire que ces futurs professeurs, qui enseigneront à nos enfants, ne maîtriseront pas suffisamment leur propre langue. Comment pourront-ils montrer correctement le français aux générations qui suivent? La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne veut rehausser la qualité de la langue, elle en fait son cheval de bataille; tout un combat en perspective pour Madame la ministre! Adieu, langue de bois!

Ce qui m’attriste le plus, c’est que la grande masse des Québécois se contente d’une qualité langagière de bas étage. On nivelle par le bas! Pour faire «cool», on n’hésite pas pour pratiquer le réductionnisme. Nous voyons trop souvent des gens qui maîtrisent moins la langue, imposer leur manière de parler à l’ensemble de la population. Les discours officiels sont truffés de fautes majeures, les médias populistes n’en n’ont que pour la langue de la rue, les humoristes galvaudent impunément notre langue commune sous un tonnerre d’applaudissements. Malgré la loi 101, je trouve que nos élites ne prennent pas assez à cœur l’importance de propager un français de qualité. Se demander si les Québécois parlent mieux le français qu’auparavant semble futile? Le Québec a fait beaucoup pour protéger sa langue, mais pas assez pour lui donner un standard de qualité. Trente ans après la loi 101, la qualité du français n’est toujours pas au rendez-vous, loin des objectifs espérés.

Nos dirigeants et nos personnages publics ont-ils abdiqué? Je trouve étonnant que des professeurs d’université n’aient toujours pas le niveau de langue qui correspond à leur niveau d’instruction, même dans des contextes où l’on s’attendrait à les voir utiliser une langue soignée. Les médias de masse ne jouent-ils pas un grand rôle dans la détérioration de la langue française? Nous n’avons qu’à syntoniser certaines radios de divertissement pour se demander ce que les animateurs «baragouinent». Tout est permis ou presque pour alimenter le spectacle, mais à quel prix!

Il est bien de crier sur tous les toits que le français est la langue du Québec, mais pas n’importe quel français. Qu’on se le dise, une langue a ses règles, le français standard a ses normes. Plusieurs analystes signalent qu’il faut à tout prix donner un coup de barre, sinon la dérive actuelle ne sera que catastrophique. Dans un Québec où l’on s’interroge de plus en plus sur notre avenir, il est plus que temps de réaffirmer un élément fondamental de notre identité et de notre survie. L’arrivée massive des immigrants dans les grandes villes exige des moyens d’intégration efficaces qui ne peuvent que passer par l’apprentissage d’un français de qualité. Le sort de notre langue se jouera en grande partie à Montréal où se font l’accueil et l’intégration de la grande majorité des immigrants pour l’ensemble du Québec.

Bien écrire et parler correctement le français, ce n’est pas un luxe, c’est une responsabilité que doit assumer avec fierté chaque citoyen du Québec. Pour garder sa langue en santé, il faut l’aimer à un haut degré, l’enrichir même. Maltraiter sa langue, c’est lui manquer de respect, l’amenuiser; c’est courir graduellement à sa perte! Si nous voulons que notre nation québécoise soit de langue française, il va falloir faire du ménage dans les « appelle-moé », les « si j’aurais », les « pis apra » et le reste. Nous reconnaissons tous que l’école joue un rôle primordial dans les apprentissages de base, mais il ne faudrait surtout pas refiler à l’école toutes nos responsabilités individuelles et collectives. Charles Nodier disait: «Le plus grand des crimes, c’est de tuer la langue d’une nation avec tout ce qu’elle renferme d’espérance et de génie.» Oui, la langue que j’aime; celle de nos espérances et de nos idées de génie!


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( 63 ) Se sentir utile

7 novembre 2007 - La santé, c’est la vie! Qui n’a pas ses hauts et ses bas? On a tous nos petits soucis, nos tracas quotidiens; il fait soleil, on se sent déjà mieux, le temps est pluvieux, on devient bougonneur. En demeurant actif dans son milieu, nous gardons toutefois notre raison de vivre, notre rôle social. L’intégration dans son milieu est une source importante de bien-être, de bonheur. Faire du bénévolat pour s’ouvrir aux autres est aussi une source d’enrichissement et de joie de vivre. Lorsque nous nous retirons peu à peu de la vie professionnelle, du trafic comme nous le disons souvent, nous risquons de nous refermer. C’est la réalité à laquelle sont confrontées nombre de personnes aînées du Québec. Se sentir utile, c’est le cri lancé par plusieurs d’entre elles qui se sentent mises au rancart de la société. Et pourtant, le Québec manque tellement de bras!

Selon le Dr André. Davignon, directeur de l’Observatoire vieillissement et société l’âgisme s’apparente au Québec à une certaine forme de racisme. Pour lui, les préjugés envers les aînés sont plus persistants que jamais; les personnes aînées sont souvent perçues comme des citoyens de seconde zone. Qui n’a pas entendu certains ragots, qui circulent allègrement dans les corridors de centres et d’organismes? Je donne des exemples: « Les vieux bousillent toutes les ressources du système de santé, ruinent les régimes de pension et de retraite, ne comprennent rien aux nouvelles technologies, ralentissent nos façons de faire.» Caricature ou réalité? Il est clair que les aînés ont un poids démographique de plus en plus grand. En 2015, les personnes de 65 ans et plus dépasseront pour la première fois de notre histoire les 0 à 19 ans. Ils demeurent toutefois des personnes entières, capables d’apport inestimable à la société. Comment rester utile et vivre heureux devant l’inévitable passage des ans?

Être utile! Pour ma part, il n’y a pas une journée, où je n’apprends pas une nouvelle chose, une manière différente d’envisager des aspects de mon travail, une information bonne ou mauvaise en lisant les journaux. La vie est riche d’enseignements, voire inépuisable. En plus, je côtoie tous les jours de nouvelles personnes, je croise de nouveaux sourires; j’évolue et ma culture s’enrichit, mes connaissances se multiplient. Je suis en vie et je me sens utile humainement et socialement! Il faut avoir quand même un minimum de plaisir dans ce que l’on fait pour avoir l’envie de se lever le matin et de sentir utile.

Mes amis, j’apprends et je découvre chaque jour que je ne suis pas parfait, mais je me sens tellement utile. Nous vivons dans une société de l’excès, du plus performant, du «toujours plus»: plus d’émotions, plus de sensations, plus de confort, plus d’argent. Un bon jour, le ballon éclate, car on ne peut plus suivre la cadence! Mais il est difficile lorsque l’on ralentit nos engagements professionnels de passer du culte des plaisirs forts à celui des plaisirs chétifs. Il faut avoir le goût de soi, celui de continuer à grandir pour vivre paisiblement le passage. Se sentir en harmonie avec les autres cela commence par soi, par l’estime que l’on a de soi-même. C’est là que naît le bonheur, celui des petites choses de la vie.

Se sentir utile, c’est donner un peu de soi gratuitement sans attendre de retour. En faisant du bénévolat, comme des milliers de Québécois, nous restons branchés sur la vie, nous nous ouvrons au monde. En offrant de l’aide à un organisme de son quartier, en pratiquant un passe-temps comme la musique, la peinture, le jardinage, nous restons vivants. Il importe toutefois d’imposer ses limites en accord avec soi-même. Nous sentir utiles est fondamental dans notre équilibre de vie. Il faut apprendre sans doute à relativiser les choses, ce que malheureusement les médias ne nous apprennent pas. Oui, la vie est parfois difficile, injuste, indomptable; dramatiser inutilement n’aide en rien. Que d’énergies perdues à dénigrer son passé ou à anticiper des malheurs.

Vivre heureux est un long apprentissage, parfois sinueux, surtout lorsque l’on voit ses forces déclinées. La joie d’apporter notre contribution au monde est essentielle pour rester en santé. Notre bonheur est un besoin vital, une disposition commune que nous retrouvons chez tous les terriens. Malheureusement, il n’est pas en montre dans la vitrine occidentale de la super consommation. Le repli sur soi et l’isolement sont certes des contre-indications à ce désir d’être utile dans son milieu. Se sentir utile est important sans toutefois ne pas oublier qu’il est souhaitable de rejoindre l’utile à l’agréable. Il faut aimer rendre service, rester actif. Mon père disait à sa retraite: «Tu verras, quand tu vas prendre ta retraite, tu réaliseras bien que la tondeuse à gazon est bien plus utile que le crayon.» Peu importe son âge et ses capacités, se sentir utile n’a rien de futile.


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( 62 ) Pingres les Québécois ?

6 novembre 2007 - Tous les jours ou presque, nous sommes sollicités par l’un et l’autre afin d’aider des organismes de charité. Appels téléphoniques, lettres, sollicitations à la porte, activités bénéfice, tout le monde quête! Statistique Canada vient tout juste de publier son document Dons de charité. On y apprend que les Canadiens sont généreux, qu’ils l’ont été davantage en 2006, mais moins nombreux à ouvrir leur porte-monnaie que l’année précédente. Globalement les dons de charité ont totalisé 8,5 milliards au pays, soit une hausse de 8,3% par rapport à 2005. Comment les Québécois se situent-ils dans l’ensemble canadien?

Dans la province, ces 1,3 millions de Québécois qui ont donné 780 millions de dollars, une hausse de 5,6% pour les dons. Fait à noter, c’est la plus petite augmentation parmi toutes les provinces canadiennes. Le Québec se classe parmi les provinces les moins généreuses, il occupe le 9e rang. Année après année, il se retrouve bon dernier! Ce rapport n’indique toutefois pas les dons qui n’ont pas été réclamés dans les déclarations de revenus, le bénévolat et les dons de biens. Globalement, les Québécois semblent mettre beaucoup moins la main dans leur poche pour aider leurs semblables. Les Québécois seraient-ils pingres?

Abbosford en banlieue de Vancouver est la ville la plus généreuse au pays avec un don médian de 620$ contre 150$ pour Montréal et 100$ pour Québec. D’après d’autres études, le Québec se fait tirer l’oreille aussi dans le domaine du bénévolat. Les Québécois sont aussi généreux de leur temps, mais beaucoup moins que dans les autres provinces canadiennes; 34% au Québec contre 45% au niveau national. Il est bon de signaler que les trois quarts des dons des Canadiens ne sont pas comptabilisés au fisc. Seulement un peu plus de 20% des déclarations d’impôts contiennent des réclamations à cet égard. En fait, pourquoi donner?

Il y a plus de 80 000 organismes de charité au Canada. Cela fait beaucoup! Donner est un acte essentiel à la vie. La vie est un don et elle appelle le don. Celui qui donne se préoccupe des besoins de l’autre, souvent du plus démunis, du plus meurtri par la vie. Désir de partage et de solidarité? La pièce de monnaie que l’on laisse tomber dans la main du mendiant sur le coin de la rue, c’est un geste de compassion qui ne changera certes pas le sort du monde. Mais ce geste individuel, au hasard d’une rencontre, devient une manière de se dire, de parler à l’autre. Donner de l’argent est toujours plus facile que d’entrer en relation; donner de son temps, de son savoir et de son talent font appel à des motivations encore plus profondes. Donner de l’argent, nous le savons, ne suffit pas! Il faut que des hommes et des femmes d’ici fassent le don d’eux-mêmes pour que des choses changent, que des barrières tombent, que des frontières reculent dans ce monde.

Les exemples à travers l’humanité ne manquent pas. Spontanément nous pensons à Mère Teresa, Jean Vanier, l’Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle. Le don ne peut se passer des principes de justice et d’équité, si nécessaires en un temps d’inégalités sociales flagrantes. L’argent que l’on tend ne doit pas excuser nos paresses humaines ou nos politiques sociales mal ficelées. Les exigences de la fraternité humaine nous obligent au partage, à la solidarité. C’est une obligation morale que de soutenir la communauté humaine dans la mesure de nos possibilités. On dit souvent que «Donner, c’est recevoir.» Celui qui donne ne reçoit pas nécessairement l’équivalent, mais il est convaincu qu’il recevra autre chose, autrement.

Un intervenant social me rapportait un jour les paroles bouleversantes qu’un itinérant lui avait adressées: «Tu me donnes de la nourriture, des vêtements et de l’argent sans me regarder. Au fond, tu n’attends rien de moi.» Le don dépasse le matériel, il va toucher directement le cœur de celui qui donne et de celui qui reçoit. Avant le faire ou le bien matériel, il y a dans le geste du donateur comme un acte de raison et comme un acte d’amour. Les Québécois vivent dans une société marquée par l’hédonisme, l’individualisme et le confort. Pour plusieurs, c’est toujours trop exigeant d’aider les autres, trop coûteux de participer à une activité bénéfice. Mais il y a tant de petites douceurs ou de superflus que l’on se paie sans regarder le prix.

Selon plusieurs analystes, le Québec n’a pas su au fil du temps développer la culture du don comme c’est le cas dans plusieurs pays d’origines anglo-saxonnes. On dirait que bon nombre de Québécois sont plus enclins à profiter de tout à satiété; après tout, nous sommes réputés bons vivants! Il faut dire, pour leur défense, qu’ils sont quand même les plus taxés en Amérique du Nord. Khalil Gibran disait: «Vous ne donnez que peu lorsque vos donnez vos biens. C’est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez réellement.» Pingres les Québécois? Voyons donc!


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( 61 ) Dormir debout !

5 novembre 2007 - Il y a de ces lundis pas faciles du tout! Dans la nuit de samedi à dimanche, les aiguilles reculaient de soixante minutes. Une heure de plus de sommeil, cela se prend bien en novembre! Nous serons sans doute plus dispos pour débuter notre semaine. C’est la première fois que nous changions d’heure au cours de ce onzième mois de l’année. Nous avions l’habitude de le faire le dernier dimanche d’octobre, mais le Québec a décidé en mars 2006 de s’ajuster avec les États-Unis pour des motifs économiques. Why not? Nous ne sommes pas les seuls à changer montres et pendules; quelques soixante-dix pays le font à travers le monde. Pour sa part, le Canada ajuste son heure en fonction des périodes d’ensoleillement depuis près de quatre-vingt dix ans.

Certains ont profité de cette heure supplémentaire pour veiller plus longtemps, sortir plus tardivement ou dormir un peu plus. Dormir, pourquoi pas? Une étude commandée par le Conseil canadien démontre que le quart des Canadiens ne dorment pas assez. Le sommeil, perte de temps ou essentiel à la vie? Saviez-vous qu’un tiers de notre vie se passera au lit. Entre vous et moi, mieux vaut faire de notre matelas le meilleur ami qui soit. Cela représente environ 200 000 heures; ça fait beaucoup de temps sur le matelas mes amis! Nous n’avons pas tous la même relation avec le sommeil et qui plus est, les mêmes besoins. Quand j’étais adolescent, je me rappelle que ma mère passait son temps à dire: «Allez donc vous coucher!» On ne réalise pas toujours à cet âge l’importance du sommeil ainsi qu’à la nécessité de prendre de bonnes habitudes de sommeil. Lorsque nous sommes jeunes, il y a tellement de chose à faire, à regarder et à écouter.

«Le sommeil est-il si indispensable?» me direz-vous. La célèbre Édith Piaf disait: «Dormir, c’est du temps perdu. Dormir me fait peur. C’est une forme de mort.» Les vertus reposantes et récupératrices du sommeil pour la santé psychique, pour le repos ne sont pas toujours évidentes. Le sommeil est longtemps resté un mystère; il commence à peine à livrer ses secrets. Tout le monde s’endort, même la nature à l’automne. C’est à la fin des années 50 que le docteur Michel Jouvet découvrit l’existence du sommeil paradoxal, permettant ainsi la compréhension actuelle des phénomènes électriques qui se passent au niveau de notre cerveau lorsque nous dormons.

Depuis, de nombreuses recherches ont été publiées et continuent d’explorer le monde fascinant du sommeil. Notre vie quotidienne se divise en deux périodes; temps de veille et le temps de sommeil. Selon Michel Jouvet, il faut en ajouter une troisième, le rêve. Le sommeil comporterait plusieurs cycles qui se répètent plusieurs fois dans la nuit. Chaque cycle comprend quatre phases précédées d’une période d’éveil calme, plus ou moins longue, préparant l’endormissement. Le sommeil sera réconfortant si les cycles se succèdent harmonieusement. Certaines personnes ont besoin de 3 cycles successifs, d’autres de 6 ou 7. Chaque cycle dure en moyenne 90 minutes. Les besoins de sommeil réparateur varient d’une personne à l’autre; certains spécialistes les relient à l’hérédité.

L’étude récente réalisée par le Conseil canadien du sommeil révèle que 23% des Canadiens manquent de sommeil, qu’ils se lèvent en moyenne à 6 h 50 et se couchent à 22 h 6. Toutefois, un Canadien sur cinq se lève tôt, entre 3 h et 6 h, et 15% de la population sont des noctambules invétérés en allant au lit entre minuit et 3 h. Ce sont les Québécois qui sont les plus dégourdis, car la moitié des répondants préfèrent être actifs plutôt que d’aller se coucher. Tous ces chiffres mettent le plus souvent à l’avant-scène les problèmes du quotidien, le rythme de vie, les habitudes alimentaires comme sources d’insomnie. Les répercussions sur le fonctionnement journalier sont imposantes et amènent malheureusement d’autres problèmes majeurs difficiles à contrer.

Les insomnies passagères sont dues la plupart du temps à de mauvaises habitudes. Il est certain qui si l’on bouffe une pizza avant de se coucher, il est possible que le peperoni nous fasse passer un mauvais quart d’heure. Un bon sommeil, ça se prépare! Une bonne hygiène de vie semble être la voie incontestable vers un sommeil réparateur : se coucher à une heure régulière, amenuiser les bruits de son environnement immédiat, s’alimenter sainement, choisir une pièce suffisamment fraîche, compter sur un matelas assez ferme et le reste. Il n’y a pas de recette miracle pour le sommeil, ça mérite toutefois qu’on y veille!

Nombre de personnes ont développé un petit rituel avant d’aller au lit : bain moussant, pyjama une heure avant, tisane à la camomille, musique relaxante, etc. Dans cette approche, il faut éviter à tout prix les excitants: café, thé, boisson gazeuse, chocolat et le reste. S’il est vrai que le café empêche de dormir soyez certains que dormir empêche de boire du café. Le seul vrai médicament que l’on a trouvé à l’insomnie, c’est le sommeil! Alors, apprivoisons l’art de préparer la mise au lit de notre corps en quête de repos réparateur. Les insomniaques doivent prendre leur mal en patience à moins qu’ils se contentent d’histoires à dormir debout.


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( 60 ) Novembre, un temps mort !

2 novembre 2007 - C’est novembre! Voilà la grisaille qui s’installe pour de vrai, le changement d’heure qui nous chamboule encore, le froid qui se réveille toujours trop hâtivement! C’est bien connu, novembre est le mois le plus «plat» de l’année; après tout, c’est traditionnellement le mois des morts. Rien de trop réjouissant en ce onzième mois de l’année! Les morts parlons-en un peu. Un de mes frères a été croque-mort pendant plusieurs années; il avait en plus la responsabilité d’un cimetière. Il faut dire qu’il avait le profil de l’emploi, un grand sec au visage émacié, aux mains anormalement grandes et aux cheveux noirs tombants. Vous pouvez imaginer toutes les histoires rocambolesques qu’il a pu nous raconter au fil des années. Malgré la teneur lugubre de ses anecdotes racontées avec moult détails, c’était plus souvent qu’autrement des plus hilarants. Ce n’était pas le festival Juste pour rire, mais plutôt le festival Mort de rire! Mais lorsque l’on examine de près l’industrie funéraire, il n’y rien de très drôle!

Les maisons funéraires se livrent par les temps qui courent à une concurrence féroce, pour ne pas dire morbide. Avec le vieillissement de la population, ce ne sont pas les morts qui manquent. Il n’y a rien de trop beau pour le cher disparu, mais à quel prix mes amis? Enterrer l’un des siens dignement, si on ne fait pas attention, peut mener à y laisser plus que sa chemise lorsque l’on regarde les coûts astronomiques que cela comporte. Il en coûte en moyenne 5 500 $ dans une maison funéraire et 3 500 $ dans les coopératives funéraires. Si vous prenez les extras offerts par ces maisons spécialisées, cérémonie, buffet, musique, la facture peut dépasser facilement les 10 000 $. Mais avec ces maisons funéraires, vous n’avez pas de soucis, on s’occupe de tout, portefeuille y compris! Entre vous et moi, mieux vaut mourir riche!

Cela se comprend un peu parce que lors du décès les choix à faire sont nombreux: le cercueil, l’embaumement, la place dans le mausolée, le terrain au cimetière, l’enterrement, salle de veille, les fleurs, la niche dans un columbarium, la crémation et le reste. Nous savons bien que la réputation des fournisseurs de services funéraires est souvent malmenée, voire suspecte. Ce commerce plutôt lucratif a pris de l’ampleur dans les années 60 puisque avant cette période les familles s’occupaient elles-mêmes de leurs défunts. Par exemple, ma sœur aînée, décédée au début des années 50, a été veillée dans le salon de la maison familiale; mes parents avaient vu à tout préparer.

Dans une société qui promet presque la vie éternelle en ce monde, nous sommes de plus en plus mal à l’aise avec l’idée de la mort. Nous essayons de l’ostraciser de nos vies tant que l’on peut, mais l’inévitable passage des ans nous rattrape assez rapidement. Devant le peu de repères religieux qui restent dans les familles québécoises, ces dernières optent assez facilement pour des funérailles minimalistes; plus c’est court mieux c’est. La religion n’est plus, pour nombre de familles, une source de réconfort dans la mort, un soutien dans le passage vers une quiétude intérieure. Tout se fait d’une façon expéditive sans prendre le temps de vivre collectivement le deuil. Il faut du temps pour s’y faire, accepter le départ de l’être que l’on aime, apprivoiser l’absence.

Malheureusement, les gens ne veulent plus prendre le temps de vivre ce passage, pourtant si important. Malgré la douleur, la tristesse et l’angoisse, nous apprenons beaucoup de la mort, de la finitude de notre parcours terrestre. «C’est beau la mort, c’est plein de vie dedans.» disait Félix Leclerc. La vie est cachée dans la mort; le grain du fruit doit mourir pour donner la vie en abondance! Chacun a sa vision de la mort, chacun a sa vision de l’au-delà. Tristement, l’Église voit de plus en plus de catholiques délaisser les rites traditionnels pour des services funéraires exempts de référents religieux. Nombre de Québécois inventent leurs propres rituels laïques avec tous les écarts inévitables découlant de l’improvisation. Créer de nouveaux rites de passage dans une société se réclamant d’une laïcité encore mal définie, ne va pas de soi si aisément. Cela prendra quelques décennies et encore.

Le rapport à la mort a fondamentalement changé au fil des années; il se vit, pour un grand nombre de nos contemporains, comme un échec lamentable. Apprivoiser la mort, c’est accepter la vie; celle qui nous a été donnée, celle que l’on a vécue, celle que le destin nous reprend et celle qui nous attend éternellement. Nous mourons un peu tous les jours comme ces feuilles d’automne qui, éclatantes de couleurs sous le soleil ardent, finissent toujours par couvrir le sol trempé et à peine givré de novembre. Quand une vie humaine a été vécue authentiquement jusqu’au bout, la mort ne vient-elle pas signer l’ultime accomplissement comme un sourire à la vie? Novembre, n’est-ce pas un temps mort pour la vie? Si seulement Dieu pouvait nous faire signe.

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( 59 ) Il s'appelait René

1er novembre 2007 - Qui ne se souvient pas ce petit bout d’homme tenant une cigarette à la main? de ce fervent défenseur de l’identité québécoise? de cet homme qui avait saisi, comme nul autre auparavant, au fond de lui-même, l’âme de tout un peuple? Le 1er novembre 2007 marque le 20e anniversaire du décès du vingt-troisième premier ministre du Québec, René Lévesque. L’on ne peut oublier dans nos mémoires cette journée du 1er novembre 1987 où cet illustre gaspésien meurt terrassé par un infarctus. Tout a été dit, filmé et redit sur ce personnage hors du commun. Vingt ans plus tard, la poussière est bien tombée et on peut mieux regarder l’envergure de cet homme.

René n’est pas né à New Carlisle comme le mentionne un grand nombre de biographes, mais bien dans la province voisine, à l’hôpital de Campbelton au Nouveau Brunswick le 24 août 1922. Aîné d’une famille de quatre enfants, il était seulement âgé de 14 ans lorsque son père Dominique quitte ce monde. Sans terminer ses études de droit à l’Université Laval, il s’enrôle dans l’armée américaine et devient correspondant de guerre durant la Seconde guerre mondiale. On le retrouve au Québec au lendemain des hostilités, à titre de journaliste de Radio-Canada. Il a fait sa marque comme correspondant durant la guerre de Corée, mais davantage dans la célèbre émission Point de mire. Il se lance en politique en 1960, aux côtés de Jean Lesage, «l’équipe du tonnerre». Le 15 novembre 1976, à la stupéfaction de tous, le Parti Québécois est élu majoritairement par la population et propulse René Lévesque à la tête de la province. À partir de 1968, le mouvement souverainiste restera intimement lié à sa vie. Il se retirera de la politique active en 1985 pour retourner au journalisme. Que retenir de cet homme qui a marqué notre parcours identitaire?

Sur le plan politique, la carrière de René Lévesque a été marquée par des réformes majeures qui ont touché profondément notre vie en société. Son gouvernement adoptera des lois audacieuses et progressistes: zonage agricole, contrôle du financement électoral, assurance-automobile, langue française. C’est sous son mandat que les caméras pénétrèrent à l’Assemblée nationale pour en diffuser les débats quotidiens.

Nous ne pourrons jamais oublier ce personnage unique! Il n’était pas l’homme de l’establishment, mais celui du peuple! Que l’on se souvienne des dizaines de milliers de personnes qui ont défilé une dernière fois devant sa dépouille. C’était exceptionnel! Nous retiendrons davantage, je crois, la personnalité qu’incarnait René Lévesque. Simple, avenant, il était d’agréable compagnie, voire attachant. C’était sans doute sa grande force, il était proche des gens et il ressentait ce qui les préoccupait! J’ai eu le privilège de le rencontrer à trois reprises; nous avions sympathisé puisque je suis un Gaspésien né à quelques kilomètres de son patelin. Il s’était informé de ma famille, de ma carrière, de mon village natal. J’avais l’impression que l’on se connaissait depuis toujours. Il était accessible et généreux de sa présence.

Être charismatique, il avait le verbe facile! Homme de la parole, celle qui sait rejoindre les aspirations cachées du peuple! Il est bon de relire pour faire mémoire ses livres Un pays qu’il faut faire (1967) et Attendez que je me rappelle (1988). René Lévesque a su canaliser les tiraillements identitaires des Québécois; je crois que nous le manquons profondément en cette période des accommodements raisonnables. J’aimerais bien savoir ce qu’il nous mijoterait de sensé. Le grand rêve qu’il portait sur notre destin collectif demeure toutefois inachevé. Lorsque l’on relit notre histoire commune, pouvait-il en être autrement?

Ceux qui ont côtoyé de près l’ex-premier ministre disent que c’était un bourreau de travail, qu’il avait certes un penchant prononcé pour les femmes, qu’il était parfois angoissé, mais qu’il était un être exceptionnel. Celui que l’on surnommait sans méchanceté Ti-Poil avait compris bien des choses de l’aventure humaine. On le sentait de prime abord un peu timide, voire gauche dans des vêtements toujours trop amples pour lui. René Lévesque ne jouait pas à la politique de stars, il jouait sa vie, ses convictions et ses principes. Il était vrai! Après avoir quitté la vie politique, il est tout simplement retourné à ses premiers amours, le journalisme de la vie ordinaire.

En entendant tout ce qui se dit dans ce Québec des consultations populaires, j’aurais aimé voir et entendre notre regretté René Lévesque au cœur de tous ces débats publics et de ces commissions qui sillonnent le Québec présentement. J’ai l’impression que cette nation en train de se définir aurait besoin d’hommes et de femmes de la trempe de René Lévesque, qui incarneraient à leur manière les aspirations du peuple, l’âme des Québécois. Sur sa pierre tombale au cimetière de Sillery, on peut lire ces mots de Félix Leclerc: «Il fera partie de la courte liste des libérateurs de peuple.»


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