( 87 ) La religion à l'école?

11 décembre 2007 - La religion et l’école, deux mots explosifs au Québec. L’année 2008 marquera la fin des cours d’enseignement religieux confessionnel dans toutes les écoles publiques du Québec. Fini, c’est fini! Enfin se disent les uns, désastre se disent les autres. Mais voilà que Mgr Marc Ouellet, archevêque de Québec et Primat de l’Église canadienne, lançait récemment toute une polémique autour de cette question, réclamant même le maintien du dit enseignement dans les écoles du Québec. Propos qui ont donné lieu à tout un cirque médiatique où les tenants de la laïcité, les blessés du catholicisme ont radicalisé haut et fort leur position et tenu en dérision la lettre très controversée de son Éminence. Ils n’avaient pas complètement tort, mais de là à en faire tout un cirque relève de la pure démagogie.

Mais voilà qu’un récent sondage CROP, publié le 2 décembre dernier, donne un peu plus de tonus au Cardinal Ouellet, quelque peu vilipendé par la récente controverse. Près de 60% des parents seraient d’accord pour qu’ils aient le choix entre l’enseignement religieux confessionnel et le cours d’éthique et de culture religieuse que le gouvernement s’apprête à inclure dans le cursus scolaire des élèves. Les Québécois restent profondément divisés sur la question de la religion à l’école. Actuellement, plus de 80% des parents du Québec choisissent l’enseignement religieux à l’école pour leur enfant. C’est quand même beaucoup et révélateur de l’importance que revêt les valeurs du catholicisme pour la majorité des Québécois. Nous sommes tous passés par cet enseignement religieux; nous savons pertinemment les valeurs qu’il véhicule, valeurs qui ont donné sens à nos vies, voire changer le parcours de celles-ci. Mais le gouvernement Charest ne reculera pas, affirme la Ministre de l’Éducation Michelle Courchesne: «Ça fait partie d’une évolution de société qui est en train de se vivre au Québec, comme ailleurs», dit-elle. Plusieurs tenants de la religion se disent: «Quelle évolution?» Entre vous et moi, est-on plus évolué parce qu’il n’y a pas d’enseignement religieux à l’école?

Les diverses modifications de la loi sur l’enseignement public au cours des deux dernières décennies sont claires: l’école publique est laïque. Qui dit laïcité dans le monde de la post-modernité, dit pas de religion. Ce n’est pas compliqué! Que se passera-t-il pour les parents qui désirent un enseignement religieux? Ils n’auront qu’à l’assumer eux-mêmes où se tourner vers leur paroisse. «Comment? Allez voir mon vieux curé? Il n’en est pas question, voyons! Nous ne mettons jamais les pieds à l’église.», voilà des réactions faciles à entendre autour de nous. Les évêques du Québec ont affirmé à maintes reprises leur position par rapport à ce changement majeur dans le système scolaire québécois. Ils ont toujours redit l’importance de la responsabilité des parents dans l’éducation de la foi des enfants. Il ne revient pas à l’État d’éduquer à la foi catholique. Ceci est bien beau, mais qui va assumer cet enseignement? Nos églises se vident, les catéchètes qui s’y dévouent prennent de l’âge, les parents trouvent la démarche catéchétique trop exigeante. Et qui plus, les diocèses catholiques croulent sous des problèmes financiers majeurs; les paroisses n’ont pas les sommes d’argent nécessaires pour assurer le salaire des futurs catéchètes. Les parents sont d’accord pour l’enseignement religieux, le seront-ils encore quand ils auront à débourser pour le dit enseignement?

S’il est vrai qu’il n’y aura plus d’enseignement religieux confessionnel dans l’école publique, il y aura toutefois un cours d’Éthique et de culture religieuse. Ce cours n’est pas celui de l’Église, mais de l’État. Il est bien évident qu’il ne fera pas la promotion du Credo et des sacrements de la foi catholique. Le cours a toutefois été rédigé dans le but de répondre aux besoins des parents de transmettre une partie de leur héritage catholique et des valeurs qu’il sous-tend. Les concepteurs du cours d’Éthique et de culture religieuse ont laissé une place prépondérante au christianisme pour des raisons culturelles plus qu’évidentes. Il est tout à fait normal que les enfants puissent découvrir et comprendre l’univers social et culturel dans lequel ils vivent. La religion fait partie intégrante de notre héritage collectif. Plusieurs parents se sentent rassurés par les éléments apportés par ce cours, d’autres insatisfaits. Il faut bien comprendre, ce n’est pas un cours de catéchèse.

Aussi beau qu’il soit ce programme, notre religion, notre foi commune n’est pas seulement qu’un héritage; elle est encore et toujours bien vivante dans le cœur de centaines de milliers de Québécois. Le rassemblement dominical n’est qu’un indice de la pratique chrétienne des Québécois. L’engagement chrétien et les valeurs qu’il exprime ont plusieurs visages. Il reste que, néanmoins, l’on retrouve encore le dimanche plus de gens dans nos églises du Québec que dans toutes les salles de spectacle, de cinéma, de théâtre ou dans des matchs sportifs réunis. La foi n’est pas morte chez nous, quoi qu’en pensent certains décideurs politiques et tenants de la laïcité. Il reviendra cependant aux parents et aux paroisses d’éduquer les enfants aux fondements et aux valeurs de notre foi commune. L’enseignement religieux catholique ne sera plus formellement donné à l’école, soit! Toutefois, les jeunes et les parents catholiques y auront toujours droit de cité et de parole! La foi n’a pas de frontière!


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( 86 ) Sauvons le français !

10 décembre 2007 - Il n’y a pas une semaine où les maisons de sondage, les études de Statistiques Canada, les rapports d’organisations internationales nous balancent à la figure des images de nous-mêmes. Lorsque l’on compare tous ces chiffres et indices, on se demande dans quel pays nous sommes? Quel monstre sommes-nous en train de devenir, ma foi? Le Canada, terre de la diversité, n’a jamais été aussi vrai. Le Québec d’aujourd’hui n’est plus le même. Est-il en train de se redéfinir? Est-il en train de perdre sa langue commune?

Dans ce Québec en mutation, la langue française reste pour nous l’instrument essentiel de notre culture, de notre identité comme peuple. Mais voilà que Statistiques Canada vient ébranler nos assises. Les Québécois de langue maternelle française ne cessent de fléchir numériquement; ils glissent pour la première fois sous la barre des 80%. Le plus dramatique semble se dessiner à Montréal où les francophones de souche tombent sous la barre des 50%. Du jamais vu!

Jean Charest a beau clamer qu’il faut bien lire les chiffres, que ce n’est pas si dramatique et que le français est globalement en progression dans la province. On lit bien ce que l’on veut lire! Le français est en perte de vitesse à Montréal, c’est une évidence à en crever les yeux. Venant de la Montérégie, j’habite à Montréal depuis près de 20 ans, cela entrecoupé par des séjours à l’étranger. Je trouve inacceptable que l’on me serve en anglais dans un dépanneur de la station de métro St-Henri et dans un restaurant du quartier Hochelaga-Maisonneuve, des quartiers du p’tit monde, jadis francophones mur à mur. Je m’étonne moins si l’on s’adresse à moi en anglais dans Côte-des-Neiges, mais, même dans ce quartier le plus multiethnique en ville, le sang me bouillonne. No way! Non, je n’accepte pas cela!

Nos ancêtres se sont tellement battus pour garder notre langue, notre culture! On dit même que c’est la première fois depuis 1976 que les anglophones sont en progression au Québec. Le nombre de personnes de langue maternelle anglaise au Québec atteint les 607 165, soit 8,2% de la population. Nous savons tous très bien combien Montréal, le cœur du Québec, est menacé depuis des années : nous y retrouvons près de 75% des anglophones. On dit que, fort heureusement, 68,9% des anglos sont bilingues, ce qui dépasse largement le pourcentage des francophones bilingues dans la province. Vivre en anglais en Amérique du Nord n’a rien de si contraignant, mais vivre en français dans cette terre nordique est de l’ordre de la survie, voire du miracle. Que le Premier ministre Charest se réjouisse de la croissance de l’apprentissage du français chez les immigrants ne change rien à la donne, le français perd du terrain.

Pour la promotion du français, il ne faudra pas compter sur le Gouvernement fédéral. Connaissez- vous des ministres anglophones qui parlent bien le français, je dis bien? Il y en a sans doute quelques-uns qui baragouinent des soi-disant mots de la langue de Molière, mais ils ne semblent pas comprendre ce qu’ils disent. Plusieurs se demandent encore l’utilité du Parti du Bloc Québécois à Ottawa; voilà que des études démontrent qu’on parle davantage le français au Parlement depuis l’arrivée du Bloc dans cette vénérable enceinte. À travers ces chiffres inquiétants, la question de l’immigration n’est pas banale.

Le Québec ne peut se maintenir démographiquement et se développer économiquement sans l’immigration. On ne fait plus assez d’enfants pour assurer notre avenir. Ça, c’est aussi grave que la survie du français! Nous ne croyons plus assez en nous, en notre avenir pour peupler notre Québec. C’est viscéralement une question de fond, de sens. Pourquoi mettre des enfants au monde? En fait, pourquoi le Québec ne veut pas d’enfants? Les récentes statistiques sur la natalité ont toutefois signalé un petit boum de la natalité, mais rien de renversant. Le Québec vieillit inexorablement. L’immigration ne règlera que partiellement la question fondamentale de l’avenir du Québec, mais celles du français, de sa culture demeurent entières.

Depuis des décennies, des citoyens et des associations réclament une politique de régionalisation de l’immigration. La majorité des nouveaux arrivants s’établissent dans la grande région montréalaise et réunissent difficilement à s’intégrer harmonieusement, à apprendre un français de qualité. Il serait temps que les autorités gouvernementales soient plus exigeantes et plus sélectives chez les demandeurs de citoyenneté canadienne désireux de vivre au Québec. Madame Pauline Marois a créé tout un émoi dernièrement dans sa déclaration du Nous et des exigences linguistiques minimales pour vivre en citoyen du Québec. Que les détracteurs outrés se calment car elle a fait magistralement mouche! Les sondages démontrent hors de tout doute que, non seulement une majorité de Québécois l’approuve, mais est prête à l’élire.

La question du français reste au cœur de l’avenir de la province. En fait, tous les pays de la francophonie vivent l’érosion; la vague anglophone balaie tout sur son passage. L’avenir de notre langue dépend aussi de nous, de notre volonté commune. C’est aux citoyens du Québec de s’affirmer dans les gestes et les paroles de tous les jours. C’est aussi aux instances gouvernementales de mettre en place des mesures de protection et de promotion de notre langue commune. La loi 101 doit être renforcée et le français valorisé sous toutes ses formes. Si nous aimons et si nous tenons vraiment au français, nous saurons mettre en place des moyens créatifs et porteurs d’avenir. En hommage à Félix Leclerc, Yves Duteil chante cette magnifique chanson intitulée La langue de chez nous. Duteil y prononce ces mots si pertinents: «C'est une langue belle à qui sait la défendre. Elle offre les trésors de richesses infinies. Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre. Et la force qu'il faut pour vivre en harmonie.» Le génie d’un peuple, son savoir, son âme s’expriment par sa langue; encore faut-il l’aimer, bien la parler, bien l’écrire et surtout la défendre!

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( 85 ) Décembre est vraiment là !

7 décembre 2007 - «Ah! comme la neige a neigé! Ma vitre est un jardin de givre!» écrit Émile Nelligan, célèbre poète de chez nous! Décembre est vraiment là avec son manteau blanc et sa froidure. Le Québec sans hiver, n’est pas le Québec voyons! L’arrivée de décembre tranche radicalement avec le reste de l’année. Il est vrai que l’on n’a plus les hivers que l’on avait; le réchauffement climatique y a vu semble-t-il. Toutefois, la tempête des derniers jours annonce pourtant le contraire. Mais la pelle, sport national, sera toujours à l’honneur cette année, les sports d’hiver, la course aux cadeaux, les réceptions qui ne finissent plus, la messe de minuit, le réveillon, les maux de tête carabinés et le Boxing Day aussi. C’est sans aucun doute le mois le plus occupé de l’année, et pour cause. La fête de Noël et la fin de l’année civile donnent un rythme trépident à ce douzième mois de l’année. «Raconte-moi un peu ces espaces enneigés et ces rencontres chaleureuses.» me réclament souvent des visiteurs étrangers.

Quel pays mes amis! Ce n’est pas parce que la nature s’endort sous la neige que les Québécois sont endormis, loin de là. Décembre est toutefois une belle période de l’année pour garder les deux pieds sur terre, mais surtout dans la neige. Il y a tant à faire; plus on bouge, plus on se réchauffe, n’est-ce pas? L’hiver au Québec, c’est mille et un plaisirs au royaume de la neige, mais c’est aussi le temps des retrouvailles. Qui d’entre nous n’a pas déambulé dans les sentiers de nos forêts enneigées? Un spectacle époustouflant. Qui d’entre nous n’a pas skié, glissé ou marché en raquette sous une averse de flocons de neige? Qui ne rêve pas de filer à vive allure en motoneige? Qui encore n’a pas songé à des expéditions dans les immenses territoires inexplorés du Grand Nord? Vivre l’hiver, c’est aussi se préparer à des moments sans pareils sur un territoire unique au monde qui recèle des trésors et des expériences à couper le souffle. Oui, « Mon pays c’est l’hiver » chante Gilles Vigneault, notre troubadour national. Dire que ces chers snowbirds québécois ratent l’effervescence de ce spectacle pour se faire rôtir l’épiderme sur les plages de l’américaine Floride.

En fait, je suis très heureux que Jacques Cartier ne se soit pas ramassé plus au Sud. Après tout, je tiens au Bonhomme Carnaval, au traîneau à chiens, aux raquettes et au chapeau de poils. Le mois de décembre nous ouvre la porte aux grandes festivités du Temps des fêtes. Un mois idéal où les réceptions, les soupers entre amis et les multiples rencontres sociales ne se comptent plus. Faites ce que vous voulez, vous n’y échapperez pas! Les casseux de veillées, en ont pour leur argent! Je me souviens de ces histoires du terroir et des contes de chez nous que l’un ou l’autre de mes oncles nous racontaient parfois accompagné de leur harmonica. On dirait que dans le Temps des fêtes, on a toujours la musique à la bouche. Il n’y a rien de plus merveilleux à écouter que les vieilles histoires du passé racontées avec humour et parfois avec mystère. C’est magique!

Le Québec en hiver, ce n’est pas que les sentiers de neige et les grands espaces tout glacés, c’est aussi la culture québécoise riche, accueillante et chaleureuse, la gastronomie savoureuse rehaussée des délicieux mets du Temps des fêtes et l’histoire passionnante de nos musiques, de nos «gigueux» et de nos «violoneux». À travers ces histoires qui se racontent, un présent se construit et un futur se dessine. Oui, décembre est un mois qui nous replonge dans nos racines, dans une certaine nostalgie, dans un espace où le cœur a pleinement ses raisons. Ah, le temps des fêtes! On fredonne «Petit papa Noël» en cuisinant allégrement ses tourtières, son ragoût et, dans un élan d’amour universel, on voudrait que la planète entière partage ces moments de paix, de joie et d’amour.

Voilà qui est encourageant, vous l'admettrez! En effet, vous pouvez compter sur ce beau mois de décembre pour terminer l'année en beauté. Mille choses plus excitantes les unes que les autres peuvent nous faire progresser vers une autre étape de vie, tant sur le plan sentimental que familial. C’est le temps des bilans où l’on fera le point sur le chemin parcouru en 2007. Sans doute, qu’il permettra de réparer ce qui a été brisé, de renouer avec des gens blessés, de tendre la main au mal-aimé. Ce mois de décembre, c’est plein d’émotions, de joies, de sourires mais aussi de tristesse. Il y aura encore à Noël tant de solitude, de gens oubliés, de familles brisées.

J’ai un de mes frères que n’ai pas vu depuis dix ans, il a pris volontairement ses distances de la famille, de ses propres enfants. Personne ne sait où il habite, mais je sais qu’il est bien vivant. Dans mon cœur, je souhaite ardemment vivre en ce Noël 2007 des retrouvailles chaleureuses, une certaine actualisation de la parabole l’enfant prodigue. Dans toutes nos familles se vivent des ruptures difficiles, des deuils non acceptés, des blessures encore vives. C’est en décembre que dans une simple crèche, un Enfant pas comme les autres, dans toute sa fragilité, viendra donner un espoir au genre humain. Notre Émile Nelligan avait bien raison en disant: «Ah! comme la neige a neigé! Qu’est-ce que le spasme de vivre… » Décembre, c’est le temps où jamais de faire la paix avec les siens, de festoyer pour de vrai, de célébrer la nouvelle année que l’on souhaite déjà plus reposante. Décembre, ce sont les fêtes, le froid et la neige aussi. Ah! comme la pelle a pelleté, mon dos vais-je soulager. Bon mois de décembre!


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( 84 ) Je me souviens

6 décembre 2007 - Avez-vous de la mémoire ou bien êtes-vous de tendance distraite, amnésique, Alzheimer? Au Canada, plus de 450 000 personnes sont atteintes d’Alzheimer et d’affections connexes. La mémoire, à titre de fonction du cerveau, joue un rôle important dans le quotidien de nos vies et de nos peuples. Déjà Pascal disait: «La mémoire est nécessaire à toutes les opérations de l’Esprit.» En fait, elle régit presque l’ensemble de nos activités quotidiennes et construit l’identité, les connaissances, l’intelligence, la motricité et l’affectivité de chacun. Qu’en est-il de cette fameuse mémoire?

Il y a mémoire et mémoire. Certes, il y a celle du cerveau humain, puis celles des animaux, des peuples et même des ordinateurs. Mais voilà que des chercheurs viennent de découvrir que le chimpanzé est plus fort que l’homme au niveau de la mémoire courte. Cette étude de l’Université de Kyoto, qui sera publiée dans les prochains jours, représente selon le coauteur Tetsuro Matsuzawa une percée importante dans le monde scientifique. Dans le milieu de la recherche, ceci vient de mettre une sourdine sur l’idée souvent répandue que l’homme est supérieur au singe pour toutes les fonctions cognitives. Les tests de mémoire administrés à trois chimpanzés de 5 ans ont obtenu de meilleurs résultats que ceux administrés à une dizaine de volontaires humains. Découverte étonnante! Quoiqu’il en soit, la mémoire nous permet de capter, coder, conserver et resituer les stimulations et les informations que nous percevons. Elle met en jeu aussi bien les structures physiques que psychiques. Ne soyons pas surpris, il n’existe pas une mémoire, mais des mémoires. On distingue généralement la mémoire sensorielle, la mémoire à court terme et la mémoire à long terme.

La mémoire est fascinante et parfois elle nous joue de sacrés tours! Notre capacité d’emmagasiner de l’information varie d’une personne à l’autre. La mémoire sensorielle est extrêmement brève et correspond au stimulus perçus par nos organes sensoriels, l’ouie, l’audition et le toucher. Pour sa part, la mémoire courte est celle que nous sollicitons en permanence et qui nous permet de retenir, pendant une durée entre une et quelques dizaines de secondes, jusqu’à 7 éléments d’informations en moyenne. Contrairement aux précédentes qui effacent les données aussitôt après leur traitement, la mémoire à long terme emmagasine les informations pendant une longue période et même toute la vie. Cette fameuse mémoire est dépositaire de nos souvenirs, de nos apprentissages, en fait de toute notre histoire. Il serait long d’approfondir les divers aspects et fonctions de la mémoire. Dans le fond, la mémoire est toute notre vie; celle vécue dans la passé, celle qui se profile au quotidien, celle qui se dessine dans le futur et dans d’éternité.

C’est la mémoire qui fait toute la profondeur de être humain. «Je sais» chante si bien Jean Gabin. Quand on passe l’éponge sur des événements de nos vies, on ne passe pas l’éponge sur notre mémoire. On se souvient et parfois fort longtemps de nos expériences heureuses et douloureuses. Je dirais toute la vie! Il y a des expériences qui nous marquent et qui laissent en nous une empreinte indélébile. Dans nos échanges de tous les jours, il n’est pas rare d’entendre souvent l’expression: «Je m’en souviens comme si c’était hier.» Malheureusement, plusieurs personnes vivent dans leur passé, tandis que d’autres ne font pas assez appel à leur mémoire. Parler de mémoire, en ce temps où l’on se prépare à célébrer Noël n’est pas si anodin.

Dans moins de vingt jours, ce sera le réveillon, la messe de minuit, les cadeaux, le rigodon et la tourtière. Ce sera le temps des rencontres, des retrouvailles et l’évocation des souvenirs du bon vieux temps. Plusieurs anticipent avec angoisse cette période où l’on ressasse les anecdotes du passé et les vieux souvenirs. Pour nombre de personnes, c’est attiser les braises d’un passé troublant, parsemé d’échecs de tous genres. L’histoire de nos vies ressemble à une route sinueuse faite d’essais et d’erreurs. Nous avons parfois tendance à rechercher le sens de ce qui nous arrive dans le passé, dans sa mémoire. Il me semble que la fête de Noël nous projette dans le futur. Notre vie humaine s’inscrit dans le temps. Comprendre la signification de sa vie, c’est aussi «reconnaître» son passé, se le rapproprier pour saisir le fil de son existence.

Pourquoi, en cette période préparatoire à Noël, ne pas prendre le temps pour redonner sens tant aux souffrances qu’aux joies, pour saisir la cohérence de ce que nous avons vécu, pour pardonner, et enfin pour remercier? Nous ne sommes pas le fruit du hasard, notre vie a un sens. Nous n’avons pas choisi de naître et encore moins nos parents. Nous sommes les héritiers d’un passé, d’une histoire, d’une culture. Au cours de la vie, nous évoluons, nous changeons, nous apprenons de nos expériences. Notre vie est faite de liens, de mémoires et de défis. À Noël, nous ferons mémoire d’un petit enfant venu changer la face de la terre. Dans toute sa fragilité, il nous redira encore que le bonheur se retrouve au fond de son cœur et dans les petites gestes du quotidien. Lorsque nous pouvons donner sens à notre souffrance, la comprendre, elle fait moins souffrir. Noël, c’est aussi la fête pour mieux comprendre, redécouvrir, accepter enfin qui nous sommes et nous donner de l’élan. À Noël, la mémoire sera en pleine action et je me souviendrai aussi que l’avenir se façonne.


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( 83 ) En Avent toute!

5 décembre 2007 - Dimanche dernier, les chrétiens du monde entier entrait dans le temps de l’Avent. Je n’ai pourtant vu aucun article dans les journaux sur cet événement de portée mondiale. Par contre, j’y ai aperçu, depuis quelques semaines déjà, des pages entières de réclames publicitaires concernant le choix des cadeaux à offrir pour Noël, les concerts qu’il ne faut pas manquer, les recettes qu’il faudrait bien cuisiner et j’en passe. J’ai l’impression que l’Avent pour le commun des mortels ne dit pas grand-chose; à moins d’être un fervent pratiquant. En fait, qu’est-ce que l’Avent?

Tout récemment, dans un groupe de jeunes, une agente de pastorale a posé cette simple question dans le cadre de l’initiation sacramentelle. Étonnantes furent les réponses; constat d’une flagrante ignorance. Voici un petit coup de main mes amis. Du latin Adventus, le mot Avent signifie «avènement». Le temps liturgique de l’Avent est consacré à une préparation intensive de la venue du Seigneur à Noël. Ne vous trompez pas, ce n’est pas décrété par le gouvernement même si l’on a congé à Noël. L’Avent, dans la tradition latine, commence le quatrième dimanche avant la fête de Noël. Chez les Orientaux en général, le temps de l’Avent dure six semaines. La couleur liturgique de cette période est le violet, signe d’un temps de pénitence joyeuse. Certains épiscopaliens et luthériens utilisent le bleu, les byzantins utilisent par contre le rouge ou le blanc. Que de diversité dans ce christianisme!

Depuis le pape Grégoire 1er (590-604), nommé aussi Grégoire le Grand, l’Avent représente pour les catholiques la période où l’on se prépare à la venue du Christ, à sa naissance. En fait, ce temps que les chrétiens célèbrent, souligne le triple avènement du Seigneur: sa naissance à Bethléem dans le passé, sa venue dans les cœurs par la grâce, et son retour glorieux à la fin des temps. Toute la liturgie catholique souligne la triple référence au passé, au présent et à l’avenir. Si vous pénétrez par hasard ou par choix dans une église, vous verrez la couronne de l’Avent faite de branches de sapin, de pin, de houx ou parfois de gui, nouée de rubans rouges et ornée de quatre bougies. Sa forme ronde évoque le soleil et quatre bougies marquent les quatre semaines de l’Avent. Voilà le petit cours 101 de l’Avent de la célèbre série Pour les nuls.

Mais pourquoi aurait-on besoin de parler de l’Avent? N’ayez crainte, ce n’est pas une question d’accommodements raisonnables. En cette période où les Québécois ne savent plus si le petit Jésus sera présent dans la crèche cette année, ou encore, si notre sapin traditionnel ne changera pas de nom; il n’est peut-être pas si mauvais que l’on s’interroge sur la venue de ce petit enfant que l’on célèbre à Noël. Que l’on soit chrétien pratiquant ou pas, Noël ça se prépare. Au lieu de la course aux cadeaux et aux emplettes de toutes sortes, pourrions-nous prendre un temps pour regarder ce qu’il faut faire renaître en ce temps magique de l’année. En fait, Noël c’est la vie qui se donne, l’amour qui transforme, le cœur qui déborde. Qui d’entre nous n’a pas besoin de renouer avec les siens, de leur dire combien ils comptent pour nous, de libérer ce trop plein de tendresse si souvent emmuré par la gêne apprise du passé?

L’Avent ne pourrait-il pas être ce déclencheur, ce genre d’allumeur de réverbères, qui repousse les frontières de l’intolérance, de la mendicité, de la peur, de la violence, de la guerre, de la faim? Il me semble que l’Avent 2007 pourrait faire advenir à Noël les prémices d’un monde nouveau si le cœur y était, si l’amour prenait les devants. Le cadre de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables nous offre une occasion unique d’affirmer nos racines et nos valeurs communes, de redire notre ouverture à l’accueil de l’autre. L’intégration harmonieuse des immigrants n’est-elle pas la construction d’un monde nouveau? Soyons au cours de cette période d’attente, des proactifs, des aventuriers de l’amour; un amour qui prend racine dans le cœur de ceux qui souffrent, luttent et cherchent. La joie de Noël ne prolonge-t-elle pas la vie, la vraie vie? En Avent toute mes amis!


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( 82 ) Les bosses des sciences

4 décembre 2007 - Les découvertes scientifiques m’ont toujours fasciné. Adolescent, j’ai même fait partie d’un club d’astronomie; à l’école secondaire, j’adorais la physique, matière où j’excellais. Je n’ai toutefois jamais eu l’attirance pour la chimie; les éprouvettes ce n’était pas ma tasse de thé! J’ai l’impression que tout cela me vient de mon éducation familiale, de l’environnement dans lequel j’ai évolué. Chez nous, nous étions des gens pratiques, organisés et travailleurs. Il semblerait que les jeunes Canadiens aussi sont fascinés par la science. D’après une étude, voilà que les jeunes du pays se démarquent en sciences au plan international. Ils se classent parmi les meilleurs au monde. Une excellente nouvelle en ces temps où l’on se demande, après tant de réformes dans les systèmes d’éducation au pays, où tout cela mène. Qu’en est-il au juste?

Selon un test de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) administré dans 57 pays, le Canada se classe au troisième rang dans le monde après la Finlande et Hong Kong. Les petits Canadiens auraient la bosse des sciences. Ce n’est pas rien! Nous n’avons toutefois pas les résultats pour le Québec, le rapport complet de cette étude nous parviendra dans quelques jours nous dit-on. Nous retrouvons à l’extrême du spectre l’Azerbaïdjan, le Qatar et le Kirghizistan. Le questionnaire administré aux élèves visait à mesurer les connaissances en physique, en chimie, en biologie et en écologie ainsi que la capacité du raisonnement scientifique. Mais qu’est que l’OCDE?

Cette organisation internationale a succédé en 1961 à l’OECE qui avait été crée après la seconde guerre mondiale afin d’administrer l’aide américaine et canadienne dans le cadre du Plan Marshall qui visait la reconstruction de l’Europe. Aujourd’hui l’Organisation de coopération et de développement économiques regroupe une trentaine de gouvernements attachés aux principes de la démocratie et de l’économie en vue d’une meilleure économie mondiale. L’OCDE partage son expertise et ses idées depuis plus de quarante ans avec une centaine de pays et d’économies dans le monde. Elle dispose d’un budget de 340 millions d’euros, peut compter sur un secrétariat de 2500 agents et publie plus de 150 titres par an. Son siège est à Paris et son secrétaire général est le mexicain Angel Gurría âgé de 57 ans. Toute une machine au service de la croissance économique, du développement de l’emploi, du niveau de vie, de la stabilité financière et de la croissance mondiale. L’Organisation est une source précieuse d’informations statistiques sur de nombreux facteurs qui affectent la société ou son évolution. Elle est l’un des plus grands éditeurs dans les domaines de l’économie et des politiques publiques.

Mais revenons de ce côté-ci de l’Atlantique pour scruter nos jeunes Canadiens. Le génie canadien et québécois n’est plus à prouver dans le domaine souvent compliqué des sciences. Ses prouesses technologiques dans les secteurs de l’ingénierie, de l’aviation civile, de la recherche pharmaceutique, de la médecine, de l’informatique, du multimédia, de la recherche spatiale sont reconnues mondialement. Nous n’avons qu’à penser aux grandes firmes telles que Bombardier, SNC-Lavallin, Ubisoft pour ne nommer que celles-là. Les Canadiens semblent avoir cela dans le sang! La tradition légendaire du Canada sur le plan humanitaire a même développé des organismes de volontariat qui offrent leur expertise dans ce domaine auprès des pays en voie de développement. À ce titre, mentionnons le SACO (Service d’assistance canadienne aux organismes) qui, depuis 1967, offre son expertise dans le but d’aider à réaliser leurs objectifs de croissance économique et de développement. Plus de 3600 Canadiens ont offert gratuitement leurs compétences professionnelles et leurs expertises acquises au fil de leur carrière. À ce jour, ils représentent 135 secteurs d’activités professionnelles et ont réalisé plus de 50 000 affectations au Canada et à travers le monde. Faut-il s’étonner de la performance de nos jeunes? Tradition canadienne? Contexte nord-américain?

Le fait que les jeunes Canadiens vivent dans une culture scientifique n’est sûrement pas étranger à ces résultats. Le Canada est l’un des pays les plus innovateurs de la planète. S’il l’on veut que cela continue, nous devons poursuivre la culture des sciences auprès des jeunes. Les universités canadiennes notent toutefois une baisse d’inscriptions dans les divers programmes scientifiques ces dernières années. Avec l’apparition rapide des nouvelles technologies, il apparaît opportun de s’interroger davantage sur le développement éthique des sciences. Les prouesses technologiques sont-elles au service du bien-être de nos sociétés? Nous le savons tous, les sciences aussi fascinantes soient-elles ne sont pas une fin. Les sciences resteront un chemin dont le parcours est plus important que le but. Nos jeunes, par la découverte de l’univers et de son potentiel, prennent conscience comme jamais combien l’être humain est phénoménal, génial. Léon Tolstoï disait: «De toutes les sciences que l’homme peut et doit savoir, la principale, c’est la science de vivre de manière à faire le moins de mal et le plus de bien possible.» Va pour les sciences!


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( 81 ) Un voyage à Bali

3 décembre 2007 - Connaissez-vous Bali? Non! Pourtant, depuis des semaines les médias nous parlent de cette importante conférence mondiale des Nations Unies qui s’y tiendra sur les changements climatiques. Bali est une petite île d’Indonésie de 5 637 km2 qui compte plus de 3 millions d’habitants, située entre les îles de Java et Lombok. Aujourd’hui, des représentants de 191 pays y débarquent pour inaugurer cette conférence sur les changements climatiques qui se terminera le 14 décembre. Tout est place pour accueillir tout ce beau monde: 10 000 policiers et militaires seront à pied d’œuvre! Mais quels sont les enjeux de cette conférence internationale?

Le changement climatique, mes amis! Vous ne trouvez pas le climat a quelque peu changé au Québec. Oui, nous avons encore de la neige, mais nos hivers sont moins rigoureux, moins longs et les banquises du grand nord fondent plus rapidement qu’autrefois! Ne vous inquiétez pas, les ours polaires ne sont pas prêts d’arriver en ville la semaine prochaine! Notre grosse planète Terre a chaud, très chaud même. La conférence de Bali fait suite à celle tenue à Montréal en 2005. Bali est censé donner des suites aux engagements de Kyoto, sur la lutte contre le changement du climat, dont le protocole se terminera en 2012. La conférence permettra de faire un bilan de la période qui s’achève et devrait favoriser l’émergence d’un nouveau plan d’actions et de solutions économiques, techniques, industrielles et politiques pour la suite.

On peut s’interroger certes sur la pertinence et l’efficacité de ces conférences, mais c’est plus que nécessaire dans le contexte mondial actuel. Depuis la conférence de Kyoto qui visait, entre autres, la réduction de l’émission des gaz à effet de serre (GES), force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Kyoto, mis en œuvre après des malversations et des tractations politiques, n’a pas été suivi par tous, en particulier par les grands pays pollueurs. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 30% depuis 10 ans dans le monde. Les spécialistes mentionnent qu’il faudrait réduire de 50% à 60% les émissions actuelles simplement pour ne pas augmenter les gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Il y a unanimité sur la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. Certes les aléas de la nature, comme les irruptions volcaniques, l’énergie solaire, y contribuent, mais on ne peut toutefois les contrôler. Cependant, l’activité humaine peut l’être pour sauver l’avenir de la planète. Plus le climat se réchauffera, plus les impacts seront importants et dévastateurs tant sur le plan environnemental que sur le plan économique.

Le Canada fait piètre figure dans tout cela! On l’a surnommé tout récemment de cancre de l’environnement. Les conservateurs de Stephen Harper ne cessent de semer le doute et le scepticisme dans tout ce processus international. Le premier ministre du Canada, lors du dernier sommet du Commonwealth, a qualifié le protocole de Kyoto d’erreur à ne plus répéter. Têtu comme une mule, Stephen Harper a martelé que jamais le Canada n’appuiera aucun traité qui n’inclurait pas les grands pollueurs de la planète que sont les États-Unis, la Chine et l’Inde. Tout ce que l’on peut faire, que l’on soit grand ou petit pollueur, est un pas en avant. Monsieur Harper, il faut prêcher par l’exemple dans ce domaine; c’est le meilleur incitatif! L’attitude du gouvernement conservateur est éminemment politique et à la merci des grandes entreprises polluantes. Le ministre de l’environnement John Baird ira claironner à Bali que pour le Canada, c’est tout le monde qui s’engage ou rien du tout. Je m’inquiète de plus en plus du manque apparent d’intelligence de certains politiciens.

Le Canada vient d’être montré du doigt dans le rapport des Nations Unies sur le développement humain. La feuille d’érable de notre drapeau commence à changer de couleur. L’un des plus beaux pays du monde et des plus riches sur le plan naturel par-dessus le marché, se fait qualifier par les organisations environnementales internationales de saboteur de Kyoto et de Bali. J’essaie de comprendre pourquoi le Canada veut affaiblir le protocole de Kyoto, lui qui avait une réputation de leader dans le domaine environnemental par le passé. Harper semble vouloir faire la leçon aux grands pays pollueurs sans regarder ce qui se passe dans sa propre cour. Notre pays pollue à la puissance dix, mes amis! Depuis 1990, le portrait du Canada est peu reluisant puisqu’il a augmenté de 27% les émissions de gaz à effet de serre (GES) au lieu de les baisser de 6% tel qu’envisagé.

Les pays industrialisés sont responsables d’environ 80% des gaz à effet de serre. Le Canada ne peut se cacher la tête dans le sable sous prétexte que les États-Unis, la Chine et l’Inde se foutent de Kyoto. Imaginez, chaque Canadien produit en moyenne 20 tonnes de CO² par année, comparativement à 3,84 tonnes par habitant pour la Chine et 1,2 tonne pour l’Inde. Qui est le plus grand pollueur Monsieur Harper? Le Canada n’est pas un pays en émergence, il a une économie plus que vigoureuse et le gouvernement engrange des surplus qui ne cessent d’étonner. Le gouvernement canadien a les moyens d’atteindre les cibles de réduction des émissions de GES demandées par Kyoto. Il me semble que le gouvernement Harper aurait une chance inouïe de se positionner comme le leader dans la lutte contre le réchauffement climatique. La crédibilité du Canada est ternie. Bali sera peut-être un rendez-vous manqué. L’humanité est entre les mains de nos décideurs opportunistes.

Le réchauffement de la planète dépend en grande partie des émissions de gaz à effet de serre; cela concerne désormais tous les Canadiens. L’essentiel des émissions provient des carburants fossiles; il faut consommer moins d’énergie mes amis. Le Canada étant un grand énergivore et le gouvernement Harper tentera de brouiller les cartes à la conférence de Bali. La joute politico-économique est en train de se moquer du sort de l’humanité, de la planète. On dit que Bali, l’île des dieux, est un petit paradis qui respire le charme et la beauté. Au petit matin, hommes et femmes de cette île déposent leurs offrandes devant leur demeure ou leur commerce, et font une prière comme si rien d’autre n’importait. J’ose espérer qu’ils en feront une petite pour la délégation canadienne. Harper soit qui Bal y pense!


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( 80 ) Fini les devoirs?

30 novembre 2007 - Certains enfants au retour de la maison sont heureux de crier: «Youpi! On a pas devoir ce soir! » Les devoirs semblent être la bête noire des parents, un poids pour les enfants. Une enquête sur les attitudes des Canadiens à l’égard de l’apprentissage, publiée mercredi de cette semaine par Statistique Canada, montre que les parents se sentent plus souvent qu’autrement démunis, voire stressés devant les devoirs de leurs enfants. La question qui se pose depuis longtemps: «Devrait-on enlever les devoirs?». Pas simple!

Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous faisons des devoirs. Ça existe depuis que l’école existe! Mais voilà que les parents ne comprennent plus, se sentent dépassés par le vocabulaire, les approches pédagogiques des professeurs, les méthodes. Tout a tellement changé en éducation au fil des ans qu’ils ne peuvent plus aider leur enfant. Selon l’étude, 30% des parents croient que les élèves du primaire ont trop de devoirs. Et 47% d’entre eux disent passer trop de temps à aider leurs enfants dans leurs devoirs. Pour des parents super occupés, c’est une méchante corvée dont ils aimeraient se dispenser. Pourtant 80% des parents canadiens estiment que les devoirs demeurent très utiles puisqu’ils permettent de suivre et d’accompagner les enfants dans leurs apprentissages. Enfants obligés; parents dépassés?

Il est vrai qu’il n’est pas facile de suivre l’évolution pédagogique, le vocabulaire, la manière de dire les choses. Le problème n’est pas seulement au pays! En Europe, certains pays comme la Belgique et la France ont apporté des mesures limitatives sur la fameuse question des devoirs. En Belgique, par exemple, les enseignants ne peuvent donner plus de 30 minutes de devoirs aux élèves. En France, ce fut le tabula rasa, interdiction formelle de donner des devoirs. Je pense que les devoirs ont leur utilité; il faut donc proposer aux élèves des activités qui vont leur permettre de consolider leurs apprentissages.

En fin de journée, parents et enfants sont fatigués. Ils n’ont certes pas toujours le goût de s’attabler avec crayons, papiers et livres. Pourrait-on être plus créatif et proposer des devoirs ou activités qui ont un côté ludique? Ne devrait-on pas garder à l’école tout ce qui touche les apprentissages de base et offrir à la maison des activités complémentaires qui pourraient favoriser aussi les apprentissages? Devrait-on offrir des activités d’apprentissage facultatives à la maison? Il arrive souvent que les enfants sont occupés après l’école: cours de piano, de chant, de danse et activités sportives. Il est vrai que les enfants ont besoin de bouger si on veut lutter contre l’inactivité, la sédentarité et l’embonpoint. Devrait-on mettre en place des périodes dédiées aux devoirs à l’école? Le temps semble une denrée rare pour tout le monde!

La plupart des recherches en éducation démontrent l’importance du soutien des parents dans l’apprentissage scolaire de leur enfant. Le devoir doit répondre à une intention éducative précise et non à l’imposition de travaux forcés. Ce n’est pas une règle aveugle. Pour les parents qui veulent suivre leur enfant sur le plan scolaire, la période des devoirs peut être un rendez-vous fort intéressant. Mais est-ce que cela existe des devoirs intéressants? C’est plus souvent qu’autrement une corvée qu’il faut faire! Je ne connais pas beaucoup d’élèves qui sautent de joie lorsque les profs annoncent des devoirs. L’apprentissage ne vient pas uniquement par osmose. Apprendre demande des efforts selon le talent de chaque enfant. Si on enlevait tous les devoirs, cela changerait quoi dans la vie des enfants et de parents? Nous sommes dans une société où l’effort n’est pas valorisé. Tout doit être facile et non contraignant! Entre vous et moi, ce n’est pas vrai que l’on apprend l’anglais en 40 leçons!

Depuis des années, nous constatons des carences flagrantes dans l’apprentissage de nos enfants, notamment en français. La mémoire vive demande d’être stimulée sinon elle oublie assez facilement les apprentissages. Plus on pratique une activité, plus on risque de s’améliorer, de maîtriser un certain art, un certain apprentissage. Je crois que tout est dans l’approche et le dosage. Fini les devoirs? Les devoirs ne sont pas une fin en soi, mais un moyen qui depuis belle lurette s’est avéré fort utile pour des milliers d’élèves. Devant la pertinence de ce complément éducatif qu’est le devoir, il revient à chaque instance, famille et école, de s’interroger sur ce qui serait le plus utile à l’apprentissage des enfants. Que chacun fasse ses devoirs!


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( 79 ) Sur les dents!

29 novembre 2007 - Rien de pire qu’un mal de dents! Mais voilà que les dentistes semblent en avoir provoquer tout un; ils s’en prennent au gouvernement à pleine gueule. Ils ont le mors aux dents et menacent de refuser tout simplement la carte soleil si le gouvernement du Québec n’augmente pas leurs tarifs. Il y a de quoi perdre son dentier! Écoutez bien, le salaire moyen d’un dentiste, je dis bien moyen, est de 125 000$ par année. Nous avons tous connu des expériences plus ou moins heureuses chez nos chers dentistes. Qui d’entre nous, n’a pas vécu de ces heures douloureuses? Vous passez une vingtaine de minutes sur la chaise et voilà votre porte-monnaie soulagé de quelques dizaines de dollars. Que se passe-t-il chez nos spécialistes?

Voilà que les 3600 membres de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) sortent leurs crocs et se disent prêts à déclarer leur non-participation au régime d’assurance public. Au Québec, les enfants de moins de dix ans reçoivent des soins dentaires gratuitement avec la carte soleil. Nos pauvres dentistes réclament de l’État une augmentation de 35% sur les tarifs qui leur sont versés pour les actes posés chez les personnes, dont les enfants de moins dix ans, couvertes par le secteur public. La dernière offre gouvernementale serait une augmentation de 23%. Il semblerait que c’est insuffisant et qu’il y a trop de paperasse à remplir. Des dizaines de dentistes ont déjà tiré leur révérence de la RAMQ ; ce n’est pas assez payant pour garder un cabinet ouvert rétorquent certains. Qui soignera les plus pauvres, chers amis? Bien des patients trouvent que les soins dentaires sont exorbitants. Sondez l’opinion publique, vous verrez! Comment les dentistes justifient-ils leurs prix?

Le monde de la dentisterie a fait un progrès immense au cours des dernières décennies. Il n’y pas si longtemps le dentiste pouvait se munir d’un paire de pince pour arracher les dents et de quelques fraises pour effectuer des plombages. D’une médecine curative, la dentisterie est devenue davantage préventive et esthétique. Une évolution importante qui a fait apparaître de nouveaux soins dentaires et de nouvelles technologies: blanchissage des dents, fluorisation des dents, couronnes esthétiques, implants dentaires, etc. Toutes ces transformations ont un prix!

Pour les tarifs, l’Association des dentistes expédie à tous les ans une suggestion de grille tarifaire. Cette liste de prix est évidemment indicative laissant à chaque dentiste le soin de fixer ses propres tarifs. Les travaux dentaires sont liés aussi à la complexité des problèmes à résoudre chez le patient. Selon l’Association, il en coûterait en moyenne entre 19$ et 33$ pour un examen et environ 59$ avec radiographie, nettoyage et fluor. L’extraction d’une dent s’élèverait aux environs de 59$ et un plombage entre 40$ et 100$. En regardant les récentes factures de mes travaux dentaires, je suis bien loin des tarifs proposés par l’Association. Il faut donc marchander mes amis!

La médecine dentaire est monde masculin; 70% des dentistes sont des hommes. Chaque dentiste effectue en moyenne 63 consultations par semaine, pour un total de 1000 patients différents par année. Selon les seuls chiffres disponibles, soit en 2003, chaque Canadien a dépensé en moyenne 285$ chez son dentiste. Il faudrait sans doute hausser tout cela de beaucoup en 2007. Selon certains chirurgiens dentaires, il en coûte 250 000$ par année pour gérer une clinique dentaire de base; si vous ajoutez un peu plus d’appareils de pointe, il faut envisager un budget de 500 000$ par année. Il faut en réparer des dents pour arriver à rencontrer tous les frais et évidement faire une bonne marge de profit. Il est clair que le patient est à même de choisir les travaux qu’il est capable de se payer. La pression sociale et l’offre du chirurgien dentiste sont toutefois très fortes. C’est pourquoi, il faut là aussi magasiner et négocier.

Avec les tarifs de plus en plus élevés, plusieurs Québécois attendent le moment où les dents fassent mal avant de consulter; souvent il est trop tard. La santé dentaire des Québécois s’est améliorée grandement depuis quelques décennies, mais les coûts exorbitants tendent à limiter les visites de prévention au cabinet. On retrouve par exemple, chez les enfants de milieux défavorisés, beaucoup plus de problèmes dentaires à un jeune âge. Les menaces de l’Association de se retirer du programme de la RAMQ serait un véritable cauchemar pour les parents, surtout ceux à faibles revenus.

En cette période de négociation et de rage de dents de la part de nos chirurgiens dentistes, le Ministre de la santé aura besoin de toutes ses dents de sagesse pour calmer les 3600 membres de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec. Les demandes de hausse de tarifs des dentistes au gouvernement sont-elles justifiées? De toute façon, ce seront toujours les contribuables qui paieront la note. Il faut peut-être demander à nos chers dentistes qui a financé les facultés de médecine dentaire? Encore les contribuables mes amis. Les soins dentaires de base ne sont pas un luxe; mais selon les tarifs de certains dentistes, c’est tout comme. En passant, à quand le prochain rendez-vous chez votre dentiste? Avez-vous réussi à en avoir un? Oui, dans trois mois. Ne soyez pas trop sur les dents quand même.


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( 78 ) Se casser la gueule

28 novembre 2007 - L’hiver est vraiment arrivé! Pour les Montréalais, le tout a commencé jeudi dernier par un 15 centimètres de neige; pour le reste de la province, il y a déjà quelques semaines! Après un automne plus clément que d’habitude, on ne croyait plus à l’hiver. N’ayons crainte le froid s’est dégelé de sa timidité et a fait son apparition dans notre vie quotidienne. L’arrivée de la neige, c’est le grand branle-bas des amateurs de sports d’hiver. Ils sont légion au Québec et pour cause. La province a tout ce qu’il faut pour combler les désirs de ces envahisseurs et de ces aventureux de nos montagnes enneigées.

Mais voilà que la Revue canadienne de santé publique rapporte une augmentation significative du taux de blessures dans les stations de ski de la province au cours des dernières décennies. Les auteurs signalent une situation préoccupante et s’interrogent sur la sécurité des parcs de surf acrobatique ou l’on constate des risques plus grands de blessures graves. Depuis 1990, une trentaine de personnes ont perdu la vie sur les pentes de ski ou dans les parcs à neige. Au Québec, 500 000 personnes se blessent annuellement en pratiquant un sport. Selon le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport 28 000 des ces accidents sont liés à la planche à neige et 17 000 au ski. D’autres études précédentes avaient soulevé des préoccupations similaires. Chez les planchistes, le taux de blessures a augmenté de 17% en 10 ans. Il faut dire que la planche s’est popularisée ces dernières années au Québec. On retrouve de nombreux planchistes dans plusieurs parcs publics à la recherche de prouesses de plus en plus époustouflantes.

Les parcs où l’on pratique la planche à neige datent d’une dizaine d’année au Québec. Il faut signaler que c’est un sport assez récent chez nous. Le snowboard est né chez nos voisins du Sud dans les années soixante lorsque des surfeurs trouvèrent des ressemblances, des points communs entre l’eau et la neige. Le tour était joué! Sherman Popper construisit un engin ressemblant au surf sur l’eau, mais adapté pour la neige qu’il offrit le jour de Noël 1965 à ses deux filles Wendy et Laurie. Il assembla deux skis et ce fut l’apparition de la planche à neige artisanale sous le nom de snurfer; néologisme né de la combinaison des mots snow et surfer. La reconnaissance populaire du snowboard pris un certain temps. Plusieurs modèles de planches firent leur apparition au cours des années, mais les magasins de sport refusèrent la vente de celles-ci car trouvées trop dangereuses.

Ce n’est qu’au début des années 90 que le snowboard atteint une notoriété. Des jeunes équilibristes pour ne pas dire cascadeurs rivalisent d’adresse. Des championnats d’organisent en Europe et en Amérique. En 1998, le snowboard est déclaré sport olympique aux jeux d’hiver de Nagano. À la fin des années 90, il se produisait 2 millions de planches par année; depuis ce temps, l’on constate une croissance annuelle de 10%. Aux Jeux Olympiques de Nagano, le Canadien Ross Rebagliati s’impose, mais dans la controverse puisqu’on le soupçonnait d’utilisation de drogue. Discipline olympique ou pas, c’est pas mal dangereux; la sécurité est minimale. Les pentes enneigées de nos montagnes, ce ne sont pas les vagues de l’océan. Une chute à 65 kilomètres/heure est pas mal plus dramatique!

Il existe au Québec une centaine de stations et de centres de ski où les planchistes sont les bienvenus. Les principales stations se trouvent à proximité des grands centres urbains, soient les villes de Québec et de Montréal. Plusieurs auteurs, ayant publié différentes études, proposent quelques mesures pour réduire les accidents de plus en plus fréquents, dont l’obligation du port d’un casque de protection. La recherche de la Revue canadienne de la santé publique met l’accent sur des normes d’aménagement. Il faut revoir la signalisation, l’aménagement des pistes, etc. Il est d’autant plus urgent de le faire puisque ce sport s’adresse davantage aux jeunes qui, souvent, négligent dans leur hardiesse les mesures minimales de sécurité.

Le Gouvernement du Québec tente par tous les moyens d’éduquer les adeptes de la planche. Il existe d’ailleurs un Code d’éthique pour les planchistes qui comprend 13 règles de sécurité. On dit souvent que le sport est une affaire de frissons. Aujourd’hui, la planche est un sport que l’on dit «branché»; vaut mieux bien se brancher sur sa planche si l’on ne veut pas se casser la gueule. Les planchistes n’ont qu’à bien se tenir, sans quoi ils se ramasseront à jamais sous les planches!

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( 77 ) De l'ordre dans les autobus

27 novembre 2007 - Le péril jaune, cela vaut dit quelque chose? Non, non, ce n’est pas la Chine qui s’émancipe, ni la propagation d’une épidémie de fièvre jaune! Le péril jaune, ce sont ces milliers d’autobus qui sillonnent les villes et villages du Québec pour transporter notre futur collectif, nos enfants! Mais voilà qu’il faut mettre de l’ordre là-dedans aussi! Nos chers écoliers, semble-t-il, en font voir de toutes les couleurs aux chauffeurs de ces mastodontes. Que se passe-t-il dans ces fameux autobus?

Nos chauffeurs sont au coton! La marmaille estudiantine a un plaisir fou à se payer la tête de nos braves et patients chauffeurs d’autobus. Trimbaler des jeunes pleins d’énergie pendant plus d’une heure, et parfois davantage, dans un autobus sans trop de confort, ni surveillance, donne lieu à des comportements animaliers hors du commun. Des jeunes se tiraillent, crient, crachent, sacrent, insultent le chauffeur, dessinent des graffitis, saccagent les bancs. Les chauffeurs ont leur voyage! La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, s’apprête à mettre en place une politique nationale de discipline dans ces fameux bus scolaires. On prévoit même des sanctions pour les écoliers récalcitrants. Certaines commissions scolaires possèdent déjà un code de conduite à bord des autobus, mais comment des chauffeurs peuvent-ils conduire en toute sécurité et surveiller seul cette meute de fauves?

Au cours d’une journée scolaire, c’est tout un cortège routier qui se met en branle au Québec pour transporter nos enfants pas si tranquilles que cela. Plus de 60% des écoliers de la province utilisent le transport scolaire. En 2006, matin et soir, 600 000 élèves ont monté à bord de la caravane des 8 000 autobus et minibus jaunes et des 2 000 berlines qui sillonnent le Québec beau temps, mauvais temps. C’est près d’un million de kilomètres parcourus à chaque jour. C’est de la route mes amis! Selon les données du Ministère, le coût moyen pour le transport d’un élève, matin et soir, revenait à 818$ en 2006.

Pas facile le transport scolaire dans ce monde en ébullition. Il faut suivre les tendances. Les récents développements en milieu urbain et plus récemment les transformations des résidences secondaires et résidences permanentes obligent à effectuer plus de distances. Les écoles de rang, c’est perdu dans un lointain passé! Pour permettre à un enfant de se rendre à l’école, les chauffeurs d’autobus doivent se rendre dans des endroits très reculés et souvent pas très faciles d’accès. Avec les bouleversements que connaissent les couples québécois, la garde partagée est à l’honneur. Les enfants ne se promènent pas seulement en autobus jaunes; mais aussi de foyer en foyer aux deux semaines. Il faut que le transport scolaire se mette aussi au rythme des familles de chez nous et cela oblige des conducteurs à être très vigilants au niveau des présences et des absences. Dans la vie trépidante d’aujourd’hui, pas facile d’être chauffeur d’autobus scolaire!

Le transport scolaire constitue un secteur très exposé aux risques d’accidents routiers. Même si aucun décès n’est survenu dans un autobus scolaire, on a tout de même dénombré 61 jeunes, dont l’âge variait de 5 à 17 ans, qui ont été victimes en traversant la rue, en montant ou descendant de l’autobus scolaire entre 1994 à 2004. De ce nombre, cinq personnes sont décédées. Des mesures supplémentaires de sécurité ont été ajoutées à l’ensemble du réseau. L’autobus scolaire demeure toutefois un mode de transport des plus sécuritaires. L’âge moyen des autobus est d’environ 5,6 ans; 21,5% des autobus scolaires ont un an et moins; 10,5% ont 11 ans et plus de service.

Pour les 69 commissions scolaires du Québec, la priorité du transport scolaire doit demeurer d’abord l’éducation. Desservir les élèves transportés en respectant les priorités pédagogiques et éducatives, c’est essentiel. Toutefois, la sécurité est aussi une question de discipline et de savoir-vivre. Ce ne sont pas les jeunes qui doivent être maîtres à bord des autobus. Les chauffeurs n’ont pas tous une formation en pédagogie et ne sont pas tous des préfets de discipline. C’est fini le temps où les jeunes marchaient les fesses serrées. L’enfant roi étend son règne un peu partout. Les autobus ne sont pas une cour d’école, encore moins une salle de défoulement collectif. Il y a des attitudes et des gestes grossiers qui étonnent de la part des jeunes d’aujourd’hui et qui sont socialement inacceptables.

Il faut saluer la mise sur pied d’un code de vie national à bord des autobus, mais cela ne remplacera pas le civisme, le savoir-vivre et l’éducation que les parents doivent donner à leur enfant. Il ne faut pas demander aux chauffeurs d’autobus d’éduquer les enfants tout de même! À voir ce qui se passe dans nos autobus jaunes, il y a de quoi rire jaune! Avec l’intervention de la Ministre, le feu jaune passera sans doute au rouge, pour la sécurité de nos enfants et le respect des chauffeurs d’autobus. S’il est bon d’avoir des autobus scolaires mécaniquement en ordre, il va falloir maintenant mettre de l’ordre dans les autobus n’en déplaise à nos jeunes fauves.

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( 76 ) Le Cardinal et ses excuses

26 novembre - Quel déchaînement médiatique! La semaine dernière a été riche en rebondissements, mais aussi en défoulement collectif suite aux propos d’un évêque que l’on dit conservateur. Voilà que le Cardinal Marc Ouellet, éminent archevêque du diocèse de Québec et Primat de l’Église canadienne, expédie une lettre d’excuses aux médias avant de s’envoler pour l’Europe. Une lettre dans laquelle il offre ses excuses pour les torts commis envers le peuple québécois par l’Église catholique avant les années 60; une lettre assortie aussi d’insistantes recommandations d’un retour au bercail. Décidément, il y avait de quoi ameuter les pourfendeurs de la religion. Les médias se sont déchaînés comme jamais!

En peu de jours, nous avons entendu toutes les aberrations inimaginables. Réactions épidermiques d’un peuple qui n’a pas encore fait le ménage dans ses croyances et dans ses appartenances. Il faut dire que les médias se sont chargés d’attiser ce feu porteur de cotes d’écoute et de ventes de journaux. Après avoir entendu quelques ténors à grande gueule de certains médias populistes, tous les représentants des blessés par l’Église ont été les premiers à prendre parole puisque le Cardinal était introuvable en Espagne. On a interrogé les mouvements féministes, le mouvement de la laïcité, le représentant des enfants abusés que l’on appelle les Orphelins de Duplessis, le député bloquiste et prêtre Raymond Gravel, et enfin quelques prêtres ou religieux qui osaient parler en l’absence de l’auteur de cette fameuse lettre. Même la Ministre Christine Saint-Pierre est intervenue dans un domaine où son gouvernement cherche plus que jamais à prendre ses distances. Puis, on a fini par le trouver ce cher Cardinal. Sa réponse aux questions: il ne s’attendait pas à tout ce branle-bas médiatique!

Depuis que la caravane des commissaires de la Commission Bouchard-Taylor sillonne le Québec en sondant le cœur des Québécois sur les accommodements raisonnables, nous en avons entendu de toutes les couleurs et selon l’expression populaires, «des vertes et des pas mûres»; confessionnal à ciel ouvert que cette commission! Depuis des mois, nous entendons parler de la religion sous toutes ses coutures. Le Québec est viscéralement un pays de paradoxes. Nous en avons assez de la religion, mais nous tenons quand même à elle sur le plan culturel et pour marquer les étapes importantes de notre parcours terrestre.

Il y a peu d’endroits au monde où le religieux est encore aussi présent dans les débats de société. Il faut dire que l’Église a été au cœur de l’espace public depuis le début de la colonie. Le Québec a été construit par une liste impressionnante de saints et de bienheureux. Il ne faut pas s’étonner que la religion nous colle à la peau. Nous baignons dans l’eau bénite depuis nos origines; c’est presque génétique! Nos valeurs sociétales que l’on veut pourtant laïques sont fondamentalement d’origines chrétiennes. Certains gueulards médiatiques sont manifestement ignares de la question religieuse, ne faisant aucune nuance, aucune distinction entre l’Église institution et l’Église peuple de Dieu. Il faut dire qu’ils ont débarqué de la religion, pour la plupart dans les années 60, après Vatican II et la Révolution tranquille.

S’il apparaît normal de critiquer les institutions; nous avons toutefois besoin d’elles, malgré la lourdeur qu’elles imposent à nos humbles vies. Nous vivons toujours au Québec dans une culture chrétienne, n’en déplaise à plusieurs détracteurs. L’arrivée massive des immigrants de religion différente, nous replonge dans une question identitaire des plus salutaires. Les propos recueillis lors des audiences publiques sur les accommodements raisonnables vont majoritairement dans le sens du maintien, du respect de notre culture chrétienne et des ses valeurs. Cette fameuse commission est une excellente occasion de réfléchir profondément sur les racines chrétiennes, sur les liens que nous maintenons avec la religion de nos pères. Le christianisme va bien au-delà de la pratique dominicale.

Tirer à boulets rouges sur une Église qui, depuis près de cinquante ans, démontre chez nous des signes évidents d’une mort imminente, relève de la pure démagogie, voir du harcèlement. Notre Église institutionnelle est aux soins palliatifs mes amis! Un peu de respect, s’il vous plait! Comme on dit souvent : «Le Québec est tricoté serré.» Qui d’entre nous, n’a pas un grand oncle, une tante, un cousin, une cousine éloignée, un frère ou une sœur membre du clergé ou d’une communauté religieuse? Le Québec a été une riche pépinière de vocations religieuses; je crois profondément qu’il continuerait d’en produire s’il y avait des enfants. La crise des vocations n’est pas ecclésiale, mais familiale. Les fervents catholiques auraient beau prié à s’en saigner les genoux, sans enfants, pas de prêtres et de religieux. C’est clair comme de l’eau bénite mes amis! Le clonage des prêtres et des religieux, ce n’est pas pour demain. À mon avis, il faudrait davantage prier pour la famille. L’ordination des femmes, bien que souhaitée, ne ramerait pas les Québécois distants à la pratique du culte dominical. C’est un leurre! Nous n’avons qu’à vérifier dans les Églises protestantes. Le malaise de nos contemporains est bien plus profond que cela.

Revenons à Monsieur le Cardinal. Je pense qu’il aura des comptes à rendre à son retour au Québec. Dans la vie médiatique ou dans la vie tout court, tout est une question de timing, d’à propos et de nuances. Ce qui dérange dans la lettre du prélat, ce ne sont pas tant les excuses que les propos récupérateurs d’un évêque déjà perçu comme conservateur, ayant vécu à l’étranger et aux services internes de l’institution pendant des années, loin des préoccupations du vrai monde. Sans être le légendaire Cardinal Léger, il est clair que son Éminence aime les caméras! On ne peut reprocher au Cardinal de faire des excuses publiques, après tout, il est le Primat de l’Église canadienne. À ce titre, on n’a pas à demander à qui que ce soit la prise de parole; on la prend c’est tout!

Monsieur le Cardinal, le Québec a changé! La prise de parole publique d’une autorité reconnue ne peut se faire de manière anodine, sans mesurer les conséquences. Si c’est le cas, c’est de la pure naïveté. Des excuses aussi sincères soient-elles n’effacent pas tout! Elles étaient un risque à prendre dans une période sensible et de surchauffe identitaire. Malheureusement, la sincérité des excuses a été minée par des propos récupérateurs. La noble intention de rétablir le dialogue entre l’Église et le peuple québécois s’en trouve terni, suscitant spontanément la méfiance, le scepticisme. «Chat échaudé craint l’eau froide» dit-on. Nous le savons tous, les Québécois ont beau vociféré contre la religion, elle fait partie d’eux-mêmes. Elle fait tellement partie de leur être profond que les mots de la sacristie, même laïcisés, colorent toujours abondamment leur langage quotidien.

Qu’on se le dise, l’Église catholique a déjà vu neiger. Elle ne vit pas au rythme de notre société tapageuse, iconoclaste et hédoniste; elle a l’éternité pour elle! Sa lente et lourdaude marche dans les méandres de la vie de nos sociétés, au cours de l’histoire, lui donne quand même une longueur d’avance sur notre futur immédiat, sur notre vue trop souvent à court terme, limitée. Elle a, de par sa mission et son espérance, de la vision et de la perspective qui dépassent de loin nos tiraillements bêtement humains. Mais l’Église ne doit pas oublier que la foi se vit concrètement dans la pâte humaine, dans des gestes de solidarité, de compassion et d’écoute. Ceci dit, rien n’empêche qu’un Cardinal puisse se faire rabrouer sans complaisance, au grand dam des ses collègues de l’épiscopat québécois. Les Pères du concile Vatican II parlait d’une Église pour notre temps! Où est-elle se demandent encore plusieurs catholiques quarante-cinq ans plus tard? En Église, on ne peut plus faire cavalier seul, c’est éminemment une parole commune et de solidarité qu’il faut prendre. Bon retour au pays Monsieur le Cardinal.


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( 75 ) Pour plus de justice!

23 novembre 2007 - Le combat pour la justice, vous connaissez? Avec tous ces procès avortés, ces remises de peine, ces fausses accusations, ces avocats corrompus, les gens se posent toujours la même question: «Y a-t-il une justice sur cette terre?» Question si souvent posée et jamais vraiment répondue! Les gens disent couramment: «Lorsque l’on a de l’argent, on s’en sort facilement!» Bien des Québécois et des Canadiens croient que notre système judiciaire est une passoire; que depuis des décennies ce système n’a pas su apporter des solutions durables aux actes criminels.

Nous désirons tous un système qui protège équitablement nos droits, notre dignité et nos valeurs dans ce pays. Avec tous ces procès médiatisés, ces sommes astronomiques investies et ces enquêtes bâclées, on s’interroge sans cesse sur notre processus judiciaire. Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. Avec tout cela, nos prisons sont remplies à craquer et les bavures policières ne se comptent plus. Comment peut-on lutter contre l’injustice, contre l’inégalité, contre la haine, contre les atrocités et j’en passe? Il n’est pas simple de se frayer un chemin dans les méandres de la justice de ce pays. Peut-on penser la justice autrement?

Du 18 au 25 novembre, se déroule sur le plan national la Semaine de la justice réparatrice. À cette occasion, plusieurs associations et organisations tentent d’apporter un message d’espoir pour affirmer que la réhabilitation et la compassion pour les victimes doivent habiter nos cœurs si l’on veut que naissent de possibles réconciliations et que surgissent de difficiles pardons. Depuis plusieurs années, le mouvement de la justice réparatrice tente d’apporter de nouvelles approches dans le domaine judiciaire. En fait qu’en est-il? Au Canada, c’est en 1974 qu’est apparu cette nouvelle vision de la justice. La justice réparatrice se veut une approche non conflictuelle et inexorablement non expiatoire qui s’intéresse tout particulièrement au rétablissement des victimes, à la responsabilisation des délinquants ainsi qu’à la collaboration des citoyens, de manière à créer des collectivités plus saines et plus sûres. Tout un défi!

Au fil des années, le Ministère de la justice a mis en place divers programmes de participation. Selon le Ministère, «les programmes de justice réparatrice font participer volontairement la victime de l’acte criminel et le délinquant. L’objectif visé est de «rétablir» les liens, de réparer les dommages et d’empêcher la personne de récidiver.» Le concept de la justice réparatrice se fonde sur le concept de la guérison communautaire. Plus clairement, la collectivité décide quelle est la meilleure façon, pour elle, de composer avec les auteurs de certains crimes. Tous les programmes favorisent et recherchent la guérison, le pardon et la participation volontaire. Plusieurs moyens sont mis de l’avant tels la médiation, les conférences, les cercles de détermination de la peine, les groupes de discussion sur la réconciliation, etc. Au lieu d’être basée sur une vision traditionnelle de la justice par le châtiment, la justice réparatrice se base sur la responsabilité du contrevenant, sur la résolution des problèmes et sur le droit de parole égal des délinquants et des victimes. Cette approche donne d’excellents résultats sur la réinsertion sociale et la réparation.

Certains principes de la justice réparatrice, comme le pardon et la réparation, prennent leurs sources du judaïsme et du christianisme. Il est difficile d’aborder le pardon dans des questions de justice. Comment pardonner à celui qui nous a blessé profondément? Nous connaissons tous la parole de l’Évangile: «Il faut pardonner jusqu’à soixante-dix sept fois.» Pas facile! Nous avons tous vécu des moments où d’autres ont été pour nous une cause de souffrance. Les exemples pourraient être nombreux et de formes multiples: violences verbales, physiques, émotionnelles, sexuelles, etc. La plupart du temps il ne peut être question de les accepter, des les nier, de les oublier, de les excuser ou de renoncer à une juste réparation. Pourtant, le chemin du pardon s’avère un chemin de libération.

L’exemple le plus frappant du 20e siècle fut sans contredit celui du Pape Jean-Paul II lorsqu’il pardonna à Ali Agça, le terroriste qui a voulu mettre fin à sa vie. Ce Pape hors du commun, nous a donné un exemple sans équivoque en allant même rencontrer son agresseur en prison. Il disait: «L’homme qui pardonne ou qui demande pardon comprend qu’il y a une vérité plus grande que lui.» Chaque fois que nous pensons aux auteurs d’événements tragiques du passé, nous ressentons encore de la colère et de la haine, nous revivons dans notre esprit l’état de la victime. Nous souffrons toujours! Le pardon apaise, il ouvre la voie à la sérénité tout en gardant le souvenir de ce qui est passé et des apprentissages acquis. Il nous permet de mieux vivre le présent et de mieux nous projeter dans l’avenir. Nous empoisonnons notre vie, voire pendant des années; souvent les refus de pardonner sont la source d’innombrables problèmes psychologiques. La route du pardon nous affranchit de l’esclavage de la colère et nous fait redécouvrir la maîtrise de notre vie. Le pardon, n’est pas un geste de lâcheté. Certes, il y a un « lâcher prise » sur la blessure, mais il est une démarche salutaire de libération et de mieux vivre.

Dans quelques semaines nous amorcerons la périodes des fêtes. Temps de réjouissance mais aussi de réconciliations générales; pas toujours évident! Dans certaines familles, les ressentiments sont tellement forts que ce temps de paix est devenu une épreuve. La seule évocation du mot pardon suscite des réactions vives chez plusieurs. Pourtant, vivre fâché, demande beaucoup d’énergie et entretient un stress constant. En ce Noël 2007, pourquoi ne pas se faire un superbe cadeau, celui du pardon. Le pardon n’est-il pas un test sur notre capacité d’aimer? Le véritable amour ne pardonne-t-il pas tout? Pardonner reste fondamentalement un acte, une décision à prendre. Pour plus de justice, notre vengeance prendra-t-elle l’arme du pardon?


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( 74 ) D'innocentes victimes

22 novembre 2007 - Les enfants, c’est l’avenir dit-on. Pourtant, des milliers d’enfants de par le monde pleurent, souffrent et meurent. Il y a deux jours, soit le 20 novembre, c’était la Journée internationale des droits de l’enfant. Occasion unique pour réfléchir à la situation des enfants d’ici et d’ailleurs; pourtant, très peu de mention de cet événement dans les médias du Québec. Il me semble que le sort des enfants du monde nous concerne tous. Cette journée marquait l’adoption par les Nations Unies en 1991 de la Convention relative aux droits de l’enfant. Tous les pays signataires de cette convention se sont engagés à veiller à ce que tous les enfants soient traités avec dignité et respect, en ce qui a trait à leurs droits fondamentaux. Qu’en est-il réellement de la situation des enfants?

Des centaines de millions d’enfants sont exploitées et victimes de discriminations dans le monde. Certains d’entre eux sont vendus ou forcés d’effectuer des travaux inacceptables. Plusieurs États ferment les yeux sur des situations alarmantes et scandaleuses. La moitié des victimes civiles des conflits armés sont des enfants. L’Unicef estime à vingt millions les enfants contraints de fuir leur demeure en raison des conflits et des violations des droits fondamentaux. Ce n’est pas rien! Mes amis, au cours de la dernière décennie, les conflits armés ont tué plus de 2 millions d’enfants. Entendez-vous, 2 millions d’enfants! De plus, 6 millions ont été frappés d’une invalidité permanente ou grièvement blessés. Plus d’un million d’enfants ont été rendus orphelins. Entre 8 000 et 10 000 enfants sont tués ou mutilés par des mines terrestres chaque année. Des chiffres qui nous chamboulent! Et pourtant, la terre continue de tourner laissant à leur sort des victimes innocentes.

Si rien ne bouge, des millions d’enfants seront oubliés à jamais, marqués pour la vie par des sévices ignobles. Les enfants sont les êtres les plus vulnérables du monde; ils ont droit à une enfance protégée et en bonne santé. En l’espace de 25 ans, le SIDA est devenu la maladie la plus dévastatrice dans l’histoire de l’humanité. Les enfants tombent comme des mouches! L’Afrique subsaharienne est la plus touchée et le SIDA est la première cause de mortalité infantile. Chaque jour, 14 000 personnes en sont infectées. La communauté internationale doit aller bien au-delà des beaux discours et des grands colloques. Nous savons tous que les seuls montants investis dans la guerre en Irak pourraient nourrir et soigner tous les enfants du monde. Quel désastre humain!

Je vous raconte une histoire vraie, celle d’un enfant noir. Lors d’un séjour de coopération en pleine brousse africaine, une jeune maman était venue me voir avec son bébé malade qui pleurait tout le temps. Elle voulait des médicaments pour soulager la souffrance persistante de son enfant. Démuni, je n’avais aucune médication; ne pouvant rien faire l’enfant mourut quelques minutes plus tard dans mes bras. Il n’avait pas encore de nom. C’était en 1987. Cet événement me marqua profondément pendant des années. Vous ne pouvez pas imaginer ce que l’on éprouve devant une telle mort. Je restai impuissant devant la vulnérabilité de ce petit être, devant cette mort inutile. À chaque Noël, au pied de la crèche, je pense à ce petit enfant malien mort dans mes bras, sans même avoir eu le temps d’avoir un nom. Son petit visage me rappelle encore combien la vie est fragile. Il me rappelle aussi, combien, malgré les failles de mon enfance, j’ai été privilégié. Il faut parfois vivre de ces événements saisissants pour nous transformer de l’intérieur.

En ce moment, selon l’Unicef, des centaines de milliers d’enfants participent à des conflits armés en tant que soldats, messagers, porteurs, cuisiniers et esclaves sexuels pour le compte de factions armées. Malgré les lois qui interdisent les mariages d’enfants, plus de 80 millions de filles dans les pays en voie de développement sont mariées avant l’âge de 18 ans, pour beaucoup bien avant. À l’abri des regards, des enfants vivent des cauchemars. Nous savons bien que les enfants sont les personnes les moins bien comprises, les plus vulnérables de la terre. Les pays exploiteurs d’enfants sont malheureusement gouvernés par des grandes personnes qui ont oublié qu’elles furent aussi des enfants.

Oui, nous avons tous été des enfants et à certains égards nous le sommes demeurés dans quelque recoin de notre être. C’est à chacun de nous de poser des gestes porteurs d’espérance. La chanson de Yves Duteil me revient en tête : «Pour les enfants du monde entier qui n’ont de voix pour pleurer, je voudrais faire une prière à tous les maîtres de la terre. Dans vos sommeils de somnifères où vous dormez les yeux ouverts laissez souffler pour un instant la magie de vos cœurs d’enfants.» Devant ce triste survol de la situation des enfants dans le monde, impuissant, il ne me reste souvent que les mots d’une humble prière et le souvenir d’un enfant africain mort dans mes bras!

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( 73 ) Des talents qui ont un prix

21 novembre 2007 - Quel père de famille, amateur de hockey, n’a pas rêvé que son fils soit un jour dans la ligue nationale? Je me souviens de mon beau-frère qui accompagnait mon neveu à toutes ses parties de hockey; à vrai dire, il voulait plus que son fils! Ma voisine a toujours désiré que sa fille réalise le rêve qu’elle n’a jamais atteint, pianiste de concert. Il y a de ces rêves que l’on porte pour nos enfants, mais qui, au fond, ne les intéressent en rien. Par contre, il y a des rêves d’enfant que les parents ne veulent pas suivre ou plutôt ne peuvent pas soutenir, faute de moyens.

La revue Affaires Plus de décembre 2007, nous présentera un excellent dossier sur l’investissement en argent et en temps qu’exige la mise en valeur des talents de nos jeunes. Il faut parfois débourser une petite fortune pour accompagner son enfant jusqu’au bout de ses rêves. Les ambitions de nos jeunes ne sont pas toujours ajustées au porte-monnaie des parents. Que l’on pense aux disciplines olympiques, à la musique, aux arts de la scène. Est-ce que devenir une étoile montante s’avère à la portée de toutes les bourses?

Si l’enfant atteint un certain niveau d’excellence, c’est là qu’il faut avoir du fric. Dans certaines disciplines sportives, à un degré avancé, il faut s’attendre à débourser plus de 20 000$ par an. Il faut aimer son jeune pour le suivre dans ses rêves! De plus, les bourses offertes par les fédérations sportives et les organismes culturels ne font pas le poids. Nous constatons tous que les sports traditionnels sont de moins en moins accessibles aux jeunes. Les équipements coûtent cher, la fréquentation des installations sportives ne sont pas toujours à la portée de tous. Dans les années 60, il y avait pourtant des patinoires publiques sur la grande majorité des cours d’écoles, des terrains sportifs accessibles à tous, etc. L’encadrement y était!

Aujourd’hui, si votre jeune désire jouer au tennis et participer à certains tournois, il vous en coûtera entre 1 000 et 2 000 dollars par an. S’il est un fan du hockey, il faudra débourser autour de 400 dollars pour l’équipement, entre 150 et 225 dollars pour jouer une saison dans une équipe de novice de 7 à 9 ans. Vous aurez à multiplier plusieurs fois ces montants pour les calibres Bantam et Midget. Pour le ski alpin, vous ne vous en sauverez pas, car l’équipement coûtera environ 340 dollars et un abonnement de saison dans une station reviendra entre 100 et 300 dollars par personne. Il y a par contre des forfaits famille, ouf! C’est un pensez-y bien! Le sport, les loisirs et les arts sont-ils destinés à la classe aisée?

La pratique du sport est de plus en plus valorisée et ses effets positifs tant sur la santé, les problématiques sociales et la qualité de vie, font l’unanimité. Cependant l’accès aux sports et aux loisirs est loin d’être assuré pour tous. Plusieurs déterminants influent sur ce constat: ressources financières, gestion du temps, disponibilité des infrastructures, mobilité, etc. Force nous est de constater que 40% des jeunes d’aujourd’hui sont moins actifs que les jeunes d’il y a 30 ans, et l’obésité juvénile a augmenté de 50%. L’alimentation est certes une des causes de l’augmentation de l’obésité, mais il ne faut pas négliger l’inactivité qu’entraînent les ordinateurs, les jeux vidéo et Internet. Avec la multiplication des chaînes de télévision spécialisées, nos ados font du siège plus souvent qu’autrement. Les enfants ne marchent plus pour se rendre à l’école, certaines écoles interdisent même le vélo. Tout favorise l’inactivité et la prise de poids qui est une source indéniable de futurs problèmes de santé.

Même s’il en coûte cher, le sport et l’activité physique ne doivent pas donc pas être perçus uniquement comme une dépense, mais davantage comme un investissement dans une approche globale d’équilibre et de santé. Il revient aux autorités municipales et gouvernementales d’offrir des espaces accessibles à tous pour mettre en valeur leurs talents tant sur les plans physiques que culturels. Notre être est un tout qui a besoin d’être stimulé, d’être en mouvement. Le dicton populaire: « Mieux vaut prévenir que guérir » est toujours pertinent en ce domaine. Sports et loisirs: même combat?

En parlant de combat, le grand boxeur Mohammed Ali disait: «On ne devient pas champion dans un gymnase. On devient champion grâce à ce qu’on ressent; un désir, un rêve, une vision. On doit avoir du talent et de la technique. Mais le talent doit être plus fort que la technique.» Et un peu d’argent avec cela monsieur Ali? L’argent ne peut donner le talent, mais il peut sans aucun doute aider à le mettre en valeur, à le développer. Nos jeunes ont du talent à revendre, mais où trouveront-ils preneur?


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