( 172 ) L’incomparable Ginette

24 mars 2009 - Qui ne connaît pas Ginette Reno? C’est un monument national! Depuis cinquante ans, cette femme, à la voix puissante et magnifique, a bercé musicalement le Québec dans ses hauts et ses bas, dans ses moments heureux et ses jours tristes, dans ses rêves et ses espoirs. Cette femme de passion a fait vibrer le peuple québécois comme personne n’a su le faire. Par ses innombrables chansons et dans des moments inoubliables, elle aura marqué et inspiré d’une façon ou d’une autre au cours de ces décennies nos hésitations, nos doutes, notre itinéraire. À quelque part, nous nous retrouvons en elle.

En pensant à Ginette, je ne puis chasser de ma mémoire la célébration de la fête nationale de juin 1975 au sommet du Mont-Royal. Plus de 250 000 personnes avaient envahi ce majestueux parc, cet oasis de paix au cœur de la cité, pour célébrer la fierté d’être Québécois en cette d’Amérique. Une expérience sommet pour la chanteuse et ses milliers d’admirateurs. En compagnie de Jean-Pierre Ferland, Ginette Reno interpréta ce soir-là d’une façon magistrale et émouvante la chanson «Un peu plus loin». Un moment magique qui restera longtemps marqué dans la mémoire collective. Ginette est une femme de chez nous, fière de ses racines, portant au fond d’elle-même nos rêves les plus fous.

Née à Montréal le 28 avril 1946 dans une famille ouvrière de cinq enfants, Ginette Reno (Rayneault) commença à participer à divers concours d’amateurs dès l’âge de 14 ans. Elle fit une première tournée québécoise des cabarets, des studios de radio et de télévision de 1960 à 1964. Elle enregistra son premier disque en 1962 et gagna immédiatement le cœur des Québécois. Un amour et un attachement qui ne se démentiront pas au cours de ces cinquante ans de carrière. Elle est, à mon humble avis, la plus grande chanteuse de chez nous. Nous connaissons tous sa vie ou presque, car Ginette est un livre ouvert, elle dit tout. Les revues à potins ont beaucoup écrit sur ses aventures, ses drames, ses ruptures, ses péchés mignons, ses extravagances et j’en passe. Femme débonnaire et passionnée, elle est sans retenue, entière, franche et honnête. Nous l’aimons comme elle est; on dirait qu’elle fait partie de notre famille tellement elle s’est faite proche de nous.

Ginette Reno chante avec tout son être. En fait, sur scène, quand elle chante, elle se donne entièrement. Elle a chanté avec les plus grands, remporté d’innombrables prix, mais elle est restée pour chacun d’entre nous Ginette, notre Ginette. Sa vie de star, c’est l’histoire d’une chanson. Une chanson rythmée par les émotions, les paroles, l’air du temps, les sonorités, les mots de la vie. C’est ça Ginette Reno, une chanson qui nous envahit, qui éveille en nous émotions, larmes, sourire. Aujourd’hui, à l’aube de ses 63 ans, elle lancera un tout nouvel album intitulé «Fais-moi la tendresse» et réalisé par son fils Pascalin.

L’étonnante aventure de Ginette Reno, c’est aussi, à des degrés divers, celle de nombreux chanteurs et chanteuses d’ici. Avec peu de moyens et beaucoup de ténacité, plusieurs d’entre eux se sont hissés au sommet de leur art et sont devenus des ambassadeurs du Québec sur la scène internationale. Nous n’avons qu’à penser à Isabelle Boulay, Robert Charlebois, Diane Dufresne, Céline Dion, Lara Fabian, Jean-Pierre Ferland, Garou, Pauline Julien, Diane Juster, Félix Leclerc, Daniel Lavoie, Linda Lemay, Gilles Vigneault, Rock Voisine et combien d’autres. Ils sont nombreux les artistes de chez nous, musiciens, compositeurs ou interprètes, qui rayonnent à l’étranger. La culture et ses artisans sont devenus un levier important du Québec d’aujourd’hui. En fait, le Québec fait partie de plus en plus, avec créativité et compétence, du paysage musical mondial. Avec ses 5 000 musiciens professionnels et ses 200 compositeurs reconnus, le Québec s’est taillé une place et une réputation enviables sur la scène internationale. Plusieurs d’entre eux ont atteint des sommets de popularité à l’échelle planétaire. Il y a des succès qui ne trompent pas!

Dans ce coin nordique de l’Amérique dont le climat en rebute plus d’un, tout est possible ou presque. La carrière impressionnante de Ginette Reno en est la preuve et demeure une inspiration pour plusieurs jeunes de la relève. Comment se fait-il qu’autant d’artistes et de créateurs émergent de ce petit peuple dont la population atteint à peine le dixième de celle de la France? Mon père disait souvent que « les meilleurs onguents sont dans les petits pots ». Un petit peuple aux grandes réalisations, quoi! Les récentes coupures de 46 millions du gouvernement Harper ont des conséquences désastreuses sur la vitalité, le développement et le rayonnement de notre milieu culturel. Au fil des années, les gens de chez nous ont parcouru la planète en exportant leur expertise, leur savoir-faire et leur génie. Là aussi le succès fut au rendez-vous.

Avec sagesse et perspicacité, le Québec s’est doté d’une politique culturelle à l’image de sa culture teintée aux couleurs européennes et américaines. Une combinaison gagnante! Les artisans de nos industries culturelles, variées et nombreuses, savent pertinemment séduire les gens d’ici et d’ailleurs. On peut toujours se demander si la culture rapporte vraiment sur le plan économique? Saviez-vous que l’industrie culturelle a rapporté, à elle seule, près de 25 milliards en 2007, soit trois fois la somme investie (7,9 milliards) collectivement dans la culture et les arts par les trois paliers de gouvernement. Étonnant! La culture, ça rapporte plus qu’on le pense sur plan économique et davantage sur les plans personnel et collectif. Il faut y croire plus que jamais!

Ginette Reno chante si bien la touchante chanson intitulée «À ma manière». Le succès des artistes de chez nous tient beaucoup à leur manière de faire autrement, d’exprimer différemment ce qu’ils portent en eux. Le talent et l’ingéniosité des nôtres ne manquent pas, ils nous surprennent agréablement, nous étonnent même par leurs succès au pays et sur la scène internationale. Toutefois, ils ont grandement besoin de notre appui et de notre affection. Ginette Reno demeure certes une incontournable de la chanson, mais aussi une inspiration pour plusieurs d’entre nous, une voix qui réchauffe nos moments de tiédeur ou de cafard, un refrain qui nous redonne à quelque part un peu d’émotions et de supplément d’âme. Merci à vous, Ginette Reno, d’habiter nos cœurs, nos rêves et parfois nos nuits blanches par vos chansons. Vous le faites admirablement bien depuis cinquante ans!

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(171) Opération raccrochage

20 mars 2009 - Le présent et l’avenir d’une nation reposent en grande partie sur les forces vives de sa jeunesse. C’est évident. Le destin d’un pays, d’une nation dépendra toujours de la qualité de l’éducation de son peuple. On n’en sort pas! Chiffres désastreux à l’appui, le décrochage scolaire continue de miner sérieusement l’avenir du Québec. Des générations de jeunes arrivent trop tôt sur le marché du travail, peu formées, peu éduquées, sans diplôme en poche. Le problème du décrochage scolaire retient l’attention cette semaine. Qu’en est-il au juste?

Voilà qu’un groupe de travail, parrainé par le banquier Jacques Ménard, vient de lancer mardi dernier un chantier national contre le décrochage scolaire. À maintes reprises, sur ce blogue, j’ai abordé cette situation alarmante et même lancé un appel à une prise en charge de ce fléau national. Le rapport Ménard propose dix solutions pour que les Québécois prennent leur destinée en main. D’ici 2020, ce Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaire propose de hausser le taux du nombre de diplômés de niveau secondaire à 80%. Il se situe actuellement au Québec à 69%, soit au neuvième rang sur 10 au Canada. Dire qu’en 1995, il y a quatorze ans, les états généraux sur l’éducation avaient mis la barre à 85%. Rien n’a bougé; si, pardon, vers le bas! Saviez-vous que notre vaste et riche pays, le mieux équipé au monde pour faire face aux aléas de la crise économique, arrive au 16e rang parmi les pays développés pour son taux du nombre de diplômés du niveau secondaire? Il n’y a pas de quoi « se péter » les bretelles!

Les études et les statistiques ne manquent sur la réalité du décrochage scolaire dans la belle province. Un jeune sur trois n’a pas de diplôme d’études secondaires générales ou professionnelles au Québec. Je l’ai dit et je le répète, c’est un drame national. Le Québec, après tout, n’est pas une région défavorisée du tiers-monde. Nous avons investi depuis des décennies des sommes astronomiques dans notre système d’éducation. Les artisans de la Révolution tranquille avaient fait de l’éducation pour tous la pièce maîtresse, la pierre angulaire du nouveau Québec. Comment se fait-il que quarante ans plus tard 100 jeunes du secondaire décrochent chaque jour? La problématique est sérieuse et l’heureuse initiative de Jacques Ménard et ses collègues mérite notre encouragement et notre appui. Certains se disent déçus des objectifs modestes du Groupe d’action, mais il faut bien commencer quelque part. Le raccrochage scolaire demande une opération collective, une mobilisation nationale si l’on veut que cela réussisse.

Nous le savons bien, les causes du décrochage sont nombreuses et enchevêtrées. Tout n’est pas si clair lorsque l’on examine tant soit peu la réalité des jeunes de chez nous. Entre vous et moi, ces derniers ne décrochent pas que de l’école, de la vie aussi. L’école n’est pas la seule responsable de tous les maux de la société. Elle est certes un lieu important de la transmission du savoir, mais sans contredit, en collaboration avec les parents et les artisans du milieu éducatif, un espace inédit pour affirmer le savoir-être et valoriser le savoir-faire. Les jeunes sont à maintes reprises la proie d’arnaqueurs et de prédateurs de la publicité; ils sont parfois et souvent les victimes d’usurpateurs d’identité qui leur vendent un monde éphémère et illusoire. Nous le savons que trop bien, les jeunes décrocheurs seront plus à risque: précarité de l’emploi, aide sociale, ennui de santé. N’y a-t-il pas un vide profond au cœur de ce Québec en recherche identitaire, en quête de sens?

Il y a chez plusieurs jeunes que je rencontre un No Where existentiel. Dans ce monde de l’éphémère, du superficiel et des gadgets, où sont les points d’ancrage? Sur quelles valeurs les jeunes de chez nous peuvent-ils bâtir leur vie, se projeter dans l’avenir? Le socle de leur maison ne sera-t-il déposé que sur le sable de l’éphémère, de la facilité, de la surconsommation? Lorsque des jeunes regardent quelque peu la dégringolade des institutions financières, la fraude éhontée de ces arnaqueurs sans remords des économies des petites gens, le manque d’éthique de nos dirigeants bardés de diplômes, que se disent-ils dans leur for intérieur? Vous devinez sans aucun doute les profondes questions existentielles qui surgissent dans leur tête et dans leur âme. Pourquoi étudier, pourquoi se forcer, pourquoi vivre même?

Mon père Simon, né au début du vingtième siècle, avait quitté l’école après quelques jours de présence seulement pour prendre le chemin qui menait à l’époque dans les chantiers forestiers. Il fallait survivre en ce temps-là. L’école du rang dans sa Gaspésie natale avait peine à trouver une enseignante qualifiée pour offrir les premiers degrés du primaire. C’était la période des classes à degrés multiples. Ma mère, deux ans plus jeune, avait réussi à terminer sa cinquième année du primaire lorsqu’elle dut laisser l’école du rang pour soutenir sa mère veuve et malade avec sept enfants sur les bras. C’était le Québec de la petite misère. Nous n’en sommes plus là aujourd’hui, rendons grâce à Dieu. Mais avec ces statistiques alarmantes du rapport Ménard où en sommes-nous?

Mes parents, si peu instruits, ont tout fait pour offrir à leurs neuf enfants la possibilité d’étudier, de se tailler une place dans la vie; une place basée sur les valeurs de l’effort, de l’honnêteté, de la persévérance, de la générosité, de la solidarité. Pour eux, l’éducation était un gage d’avenir, d’épanouissement. Oui, où en sommes-nous aujourd’hui? Qu’allons-nous faire collectivement pour offrir à nos enfants un avenir prometteur, un coin de pays où ils pourront devenir quelqu’un. Paul Valéry disait : « L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducation. » La lutte au décrochage, ça nous concerne tous!

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(170) Soubresauts printaniers

17 mars 2009 - Ça y est vraiment! Les signes avant-coureurs du printemps ne trompent pas; les derniers vestiges de l’hiver fondent à vue d’oeil. Un hiver en dent-de-scie s’efface, toujours trop long et rigoureux pour la plupart d’entre nous. Les rayons de plus en plus ardents du soleil se font sentir pour notre plus grand plaisir. Le changement d’heure de la semaine dernière, combiné à la chaleur du soleil ont de quoi remonter le moral des plus défaitistes. Les effets bénéfiques se font sentir de toute évidence dans le milieu travail, malgré la morosité économique dans laquelle nous baignons. Mais le mois de mars n’a pas dit son dernier mot. L’hiver québécois, qui s’esquive pour de bon, aura sans aucun doute un petit soubresaut. En cette terre nordique, dame nature a toujours le don de nous surprendre!

En parlant de soubresauts, la crise économique continue d’ébranler et de lézarder les assises, bétonnées de réputation enviable, de nos institutions financières. De nombreuses industries de chez nous stagnent, craignent le pire pendant que les investisseurs retiennent leur souffle. Pendant ce temps, la majorité de la population se serre la ceinture, fait des choix stratégiques dans leurs dépenses et investissements. Il n’y pas une journée sans qu’une organisation annonce des pertes d’emploi massives. Le couperet tombe régulièrement et des milliers de travailleurs se retrouvent malheureusement au chômage. L’Ontario, la richissime, vient de voir son taux de chômage franchir la barre des 8%. Le Bureau international du travail (BIT) signale, dans son récent rapport sur l’emploi dans le monde, que la crise économique mondiale pourrait mettre au chômage 30 millions de personnes de plus qu’en 2007. C’est presque la population du Canada, mes amis!

Les déboires de la Caisse de dépôts et de placements du Québec continuent aussi de faire des vagues. La perte de sommes astronomiques accumulées dans le «bas de laine» des Québécois crée plus que de l’inquiétude. Henri-Paul Rousseau, ex-président démissionnaire, avait beau claironner la semaine dernière par un savant discours l’intégrité de sa réputation lors d’une conférence de presse des plus médiatisées, le mal est fait. Près de quarante milliards sont disparus, rien de moins! Tout le monde s’en lave les mains, personne n’est imputable! Scandaleux, le mot n’est pas trop fort. Rappelons que la Caisse est d’abord et avant un gestionnaire. Ses dirigeants ont pour mandat d’administrer avec compétence et prudence la majorité des caisses de retraite et des régimes d’assurance publics et privés québécois. En fait, c’est un gestionnaire de fonds d’envergure mondiale, le plus important au Canada. La Caisse a pour mandat de faire fructifier les fonds pour le bénéfice de tous les Québécois. La nomination à l’improviste jeudi dernier de Michael Sabia, ancien chef de BCE, à la tête de cette institution a déclenché une onde de choc dans les milieux financier et public. Le choix de ce cadre, d’origine ontarienne et malhabile dans la langue de Molière, suscite scepticisme, voire une levée de boucliers. On peut se demander vraiment qui a les mains sur le volant dans le gouvernement Charest.

Mais il n’y a pas que le gouvernement Charest qui a l’art de se mettre les pieds dans les plats. Par les temps qui courent, le Vatican ne baignent pas dans l’eau bénite. La séculaire institution, suite à certaines déclarations et décisions de Benoît XVI et de son entourage, vit des soubresauts qui ont soulevé indignation et incompréhension de par le monde. Depuis quelque temps, les déclarations concernant la réintégration des évêques intégristes du mouvement lefèbvriste, l’émancipation de la femme par le biais de la « machine à laver », l’excommunication d’une fillette brésilienne la semaine dernière font couler beaucoup d’encre. Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne rond pas dans les officines de cette institution millénaire. De nombreux catholiques pratiquants, distants ou d’appellation disent ne plus se retrouver dans cette Église proclamant un discours rétrograde et trop éloigné de la vraie vie. Ils attendent de cette Église une, sainte, catholique et apostolique un peu plus de lumière, de compassion et de sagesse pour faire face aux défis quotidiens du monde d’aujourd’hui. Dans l’affaire de la petite Brésilienne de neuf ans et qui a avorté de jumeaux, l’archevêque de Recife avait excommunié la mère et l’équipe médicale ayant procédé à l’avortement de cette fillette, violée par son beau-père. Une histoire qui a scandalisé la planète et qui secoue l’Église catholique toute entière!

Sur la glace cette fois-ci, les soubresauts ne manquent pas non plus dans l’aventure houleuse des Canadiens de Montréal qui a donné ces dernières semaines un mal de bloc carabiné à son directeur général et à ses dirigeants. Là aussi, des décisions sans détour ont eu tout un impact et foutu une bonne dégelée à l’entraîneur-chef Guy Carbonneau. Pourtant, il n’y pas si longtemps Bob Gainey et Guy Carbonneau formaient le duo parfait, de réels complices malgré certaines divergences. Pour le bien d’une équipe de hockey, il y a des divergences qu’on ne peut tolérer. Un esprit d’équipe, cela se bâtit aussi au fil des jours avec la complicité des joueurs. L’avenir d’une équipe de hockey passe certes par une vision, un esprit d’équipe, une stratégie, une solidarité mais surtout par la victoire. Au hockey, on est là pour gagner! Quand on n’est plus sur la même longueur d’onde, la confiance se détériore, l’équipe perd sa cohésion et l’unique solution du congédiement demeure. Serait-ce la nouvelle tendance de la Ligue nationale? Nous le savons bien, il est toujours plus facile de chasser un entraîneur que certains joueurs trouble-fête. Le présent serait-il toujours garant de l’avenir?

Avec ces quelques événements, il y a de quoi meubler bien des conversations de salon. Il ne faudrait toutefois pas perdre de vue que la vie continue et que le printemps viendra nous éblouir dans quelques jours. C’est officiellement le 20 mars à 7 h 45 qu’il entrera en scène. N’oublions pas cependant que le printemps naît aussi chaque fois que notre sourire illumine les yeux de quelqu’un et qu’il s’estompe si facilement par la parole qui assombrit. Attention tout de même aux soubresauts.

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( 169 ) Manger à sa faim

13 mars 2009 - Nous le savons tous, l’alimentation est au cœur de notre vie. Les annonces de bouffe sont omniprésentes sur les panneaux publicitaires, les circulaires déposées à nos portes, les chaînes radiophoniques et télévisées. Le problème n’est tant l’accessibilité des aliments, mais surtout la qualité et la quantité de ce que l’on mange. Gaver à l’excès nos enfants de repas surgelés ou de mets plantureux de la restauration rapide ne les rendra pas résistants! On nous le répète depuis des années, la saine alimentation et l’exercice régulier favorisent la santé et la longévité. Le mois de mars est celui de la nutrition. On peut se demander en ce début de mois si les Québécois, au fil des années, ont fini par adopter de bonnes habitudes suite aux nombreuses campagnes promotionnelles d’une saine alimentation.

Selon un sondage, réalisé récemment par les diététistes du Canada et Ipsos Reid, les Québécois ont fait du progrès. Au cours de la dernière année, 68% des Québécois affirment avoir modifié leurs habitudes alimentaires afin d’améliorer leur santé, leur forme physique. Heureuse nouvelle dans ce Québec où la consommation de malbouffe avait atteint ces dernières années des proportions alarmantes, voire dangereuses en particulier chez les jeunes générations. Le mode de vie actuel des jeunes nord-américains favorisent la mauvaise alimentation et inévitablement l’obésité. L’augmentation inquiétante de l’obésité chez nous s’explique en grande partie par le mode de vie sédentaire et les habitudes alimentaires déficientes chez les jeunes. Les enfants canadiens passent en moyenne 14,2 heures par semaine devant le téléviseur ce qui n’inclut pas le temps passé sur Internet ou à jouer à des jeux vidéo. Cela fait du siège mes amis!

Selon la Société canadienne de pédiatrie, 28% des Canadiens de 12 à 14 ans et 66% de ceux de 15 à 19 ans « sont réputés être physiquement inactifs ». Pour sa part, le docteur Paul Poirier, cardiologue, signale que l’espérance de vie des jeunes Québécois est beaucoup plus basse que celle de la génération des baby-boomers, parce que les jeunes d’aujourd’hui ont tendance à être inactifs. La culture du jeu chez les enfants a complètement changé depuis quelques années, les nouvelles technologies font moins bouger l’arrière-train de nos ados. Il est assez évident que l’on dépense plus d’énergies et de calories à jouer pendant une heure sur un terrain de sport qu’en pitonnant sur la manette d’un jeu vidéo ou en étant affalé devant un écran de téléviseur en mangeant du maïs soufflé.

D’après le sondage d’Ipsos Reid, les Québécois semblent de plus en plus conscients de l’importance d’une saine alimentation, mais le défi reste entier quant à la manière d’atteindre cet objectif essentiel. Par où doit-on commencer, quoi? Selon Stéphanie Côté, porte-parole des diététiciennes du Canada, « D’abord, il faut manger à sa faim. » Une règle de base importante que l’on oublie malheureusement trop souvent. Il importe donc d’attendre d’avoir faim avant de manger et de respecter sa faim réelle. Les petites collations prises à toute heure au cours d’une semaine ne font qu’apporter calories et kilos. Les conseils ne manquent pas, mais les mauvaises habitudes prises au fil des années sont réfractaires à tout changement. Nous avons tendance à manger au-delà de nos besoins réels et souvent les habitudes prises et apprises faussent complètement la perception de ce qu’il est nécessaire de manger. On bouffe et on bouffe sans trop se demander pourquoi.

Selon la Société canadienne de pédiatrie, moins de 20 % des jeunes Canadiens consomment cinq portions quotidiennes de fruits ou de légumes. C’est trop peu! Idéalement, notre assiette devrait être remplie à la moitié de fruits et de légumes pour en venir à réduire progressivement les portions trop grandes de féculents et de protéines. On sait très bien que l’obésité constitue un facteur de risque non négligeable pour les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’hypertension et les dyslipidémies. Il faut être vigilant et savoir faire des choix!

Savoir manger est un art. Il s’apprend au fil des jours en prenant de bonnes habitudes, des repas équilibrés. Selon une enquête japonaise, publiée dans le British Medical Journal, les hommes qui mangent rapidement courent 84% plus de risque d’être obèses que ceux qui mangent lentement. Cette proportion est de 50% chez les femmes. Ceux qui engloutissent leur repas jusqu’à satiété totale ont trois fois plus de risques de devenir obèses. Un repas, ça se savoure! Bousculés par le travail, la vie familiale, les obligations, nous oublions trop souvent que l’alimentation est la base de tout. Nous sommes un peu, beaucoup même, ce que nous ingurgitons. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es et surtout ce que tu es en train de devenir. C’est pourtant si simple! Pour être en santé, il faut manger trois repas quotidiens équilibrés, faire de l’exercice tous les jours et boire de l’eau. On a toujours l’art de compliquer les choses simples!

La célèbre phrase dans L’Avare de Molière est toujours d’une grande actualité : « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » À tous ceux qui sont tentés par des régimes drastiques, il faut rappeler que les spécialistes ne cessent de faire de sérieuses mises en garde fort pertinentes. Les charlatans dans cette industrie prolifique sont un danger réel pour la santé. Nous ne le dirons jamais assez! En fait, nous sommes bien conscients que la partie la plus difficile d’un régime alimentaire tant soit peu sérieux, ce n’est pas tant de faire attention à ce que l’on mange. C’est surtout de regarder les autres manger. En ce mois de mars rappelons-nous sans cesse que manger mieux, c’est toujours meilleur!


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(168) Femmes d’espoir!

10 mars 2009 - Le dimanche 8 mars marquait la Journée internationale de la femme. En décembre 1977, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait une résolution proclamant la Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et de la paix internationale. Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon lançait le mois dernier sa campagne sous le thème: « Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes. » La création de cette journée avait suscité beaucoup d’espoir au sein des mouvements qui militent pour les droits des femmes et avait donné un appui certain à des revendications justes en matière de reconnaissance et d’équité dans ce monde où les tendances masculines dominatrices se manifestent depuis belle lurette. Depuis l’initiative lancée par l’ONU, qu’en est-il? En ces premiers jours de mars, les paroles du mythique chanteur québécois Claude Dubois remontent avec justesse en moi : « Femme de rêve, femme d'espoir heureux ».

Plusieurs analyses et bilans sur la situation de la femme ici et dans le monde ont été effectués ces derniers jours dans de nombreux quotidiens, sur diverses chaînes radiophoniques et télévisées. La condition des femmes a certes évolué dans de nombreux pays développés et en voie de développement. Un récent sondage publié dans le journal La Presse de dimanche dernier dénote, malgré les progrès réalisés, que neuf Québécoises sur dix estiment que les femmes ont encore des luttes à mener. Ce n’est pas terminé! Même s’il y a eu des progrès importants dans diverses sphères de la société, souligne l’analyse du sondage, de nombreuses Québécoises portent encore de profondes insatisfactions. Certaines inégalités perdurent dans le temps et il n’est jamais facile pour une femme de se tailler, encore aujourd’hui, une place dans un monde où certaines traditions et plusieurs préjugés ont la couenne dure.

Le mouvement féministe a connu au Québec ses heures de gloire dans les années 70. Toujours actif, il demeure toutefois moins éclatant qu’à cette époque. Le récent sondage démontre d’ailleurs que ce sont davantage les femmes de 45 ans et plus qui se disent en majorité féministe; les jeunes générations ne semblent pas porter le même regard sur le problème. Pendant longtemps, dans l’imaginaire collectif, le mouvement féministe resta associé aux mots contestation, revendication, radicalisation. Plusieurs se souviennent de la presse alternative québécoise, La vie en rose (1980-1987), qui jetait un regard féministe sur la vie sociale, politique et culturelle de chez nous. Au fil de l’histoire, les femmes d’ici ont obtenu des droits fondamentaux importants et plus de reconnaissance. Il n’y a pas si longtemps, la femme n’avait de statut ou d’existence légale qu’en fonction de son mari. Au siècle dernier, elle ne pouvait même pas recevoir de salaire en son nom, n’avait pas accès aux institutions scolaires supérieures, ne pouvait exercer certains métiers et même se présenter dans certains endroits. Cette longue marche vers l’autonomie a connu, bien entendu, des embûches de taille. Il a fallu du cran et de la persévérance.

Cette émancipation des femmes québécoises a été confrontée à des résistances farouches, notamment celles du clergé qui voyait tout cela d’un mauvais œil. Aujourd’hui, nous constatons bien que se sont majoritairement des femmes qui sont engagées en Église et que sans elles, bien des volets de la mission pastorale ne pourraient se réaliser. Toutefois, là encore, il y a des luttes qui ne sont pas terminées, du moins au sein de l’Église catholique. Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon s’exprimait ainsi:
« Nous tous – hommes et femmes, soldats et membres des forces de maintien de la paix, citoyens et dirigeants – avons la responsabilité d’aider à mettre fin à la violence à l’égard des femmes. Les Etats doivent honorer leur engagement de prévenir la violence, (…) Et chacun d’entre nous doit parler haut et fort dans sa famille, son lieu de travail et sa communauté, de telle sorte que les actes de violence à l’égard des femmes cessent. »

L’exploitation de la femme et la violence envers elle perdurent dans de nombreux pays sur la planète. On estime à quatre millions par an, dans le monde, le nombre de femmes et de fillettes achetées et vendues à un mari, un proxénète ou un marchand d’esclaves. La sortie du troublant film québécois Polytechnique illustre sombrement l’histoire de haine contre les femmes, une histoire réelle qui s’est passée chez nous. Ce film tragique, réalisé par Denis Villeneuve, qui évoque l’événement terrible du 6 décembre 1989 alors que quatorze jeunes femmes furent tuées de sang-froid, relance tout le débat sur la violence contre les femmes. Encore de nos jours, au Canada, on rapporte qu’une femme sur quatre est victime d’agression sexuelle au cours de sa vie. Les préjugés sexistes, les propos à contenu misogyne et la violence contre les femmes ne sont pas que choses du passé. En 2003, on a dénombré 16 458 victimes de violence conjugale, dont 86% étaient des femmes.

La vie des femmes de ce pays est héroïque à bien des égards. Sans elles, le Québec d’aujourd’hui n’existerait pas. Nous, fils et filles de ces femmes hors du commun, sommes redevables à ces âmes généreuses qui ont donné naissance au Québec d’aujourd’hui. Je ne puis passer sous silence des femmes qui ont marqué mon existence, m’ont fait grandir et m’ont inculqué les valeurs qui me guident, me transcendent. En regardant la photo de ma mère Patricia, je reste émue devant cette femme qui a donné naissance à treize enfants, dont neuf d’entre eux survécurent. Elle a connu, comme tant d’autres femmes de son époque, les grossesses à répétition, les conditions matérielles difficiles, la crise de 1929, le manque d’instruction. Tant de bouches à nourrir avec si peu de ressources financières relevait du miracle. Patricia aura tout fait, tout donné par amour des siens et cela sans condition.

Avec foi, amour et persévérance, Patricia aura inspiré, comme tant d’autres femmes de chez nous, le sens d’une vie incarnée et donnée. À toutes ces femmes, dont les noms ne seront jamais cités dans les livres d’histoire et qui parfois n’ont pas été choyées par la vie, un immense merci pour le don de votre personne. Plusieurs femmes de chez nous sont des exemples extraordinaires de courage qui inspirent toujours nos humbles vies parfois tourmentées. Plusieurs d’entre elles illustrent éloquemment cette magnifique parole de Mère Teresa : « Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux. » Hommage à vous, femmes de rêve et d’espoir heureux. À travers vos luttes et vos engagements, vous enfantez un monde nouveau!


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(167) Le téléphone qui sonne!

6 mars 2009 - La planète est un grand village de plus en plus branché. Saviez-vous que près de 4,1 milliards de personnes ont un téléphone cellulaire? Oui, oui, vous avez bien lu. C’est plus de la moitié de la planète, rien de moins! Assez branché merci! Selon un rapport des Nations Unies, publié récemment, cette nouvelle technologie a fait un bond prodigieux au cours des cinq dernières années. Nous sommes bien loin de la chanson fort populaire de 1968 écrite par Nino Ferré: «Gaston... y a l' téléfon qui son et y a jamais person qui y répond». Le téléphone cellulaire est devenu un incontournable, il a changé nos vies et même nos comportements. Il est omniprésent et il sonne partout, partout et partout!

Il n’y a pas si longtemps, à peine dix ou quinze ans, le téléphone était encore ce bon vieil appareil fixe et fort usuel qu’on retrouvait sur un mur ou sur un guéridon. Depuis son apparition sur le marché vers 1877, le développement exponentiel de la téléphonie moderne dépasse les rêves les plus fous. Et ce n’est pas terminé! Notre légendaire Graham Bell en serait sans doute renversé! Selon l’Union internationale des télécommunications, une agence des Nations Unies, 61% des 6,7 milliards de citoyens dans le monde peuvent parler tout en marchant. C’est une première dans l’histoire de l’humanité. Qui aurait pu imaginer un jour marcher avec son téléphone accroché à la ceinture? Le cellulaire est devenu pour une grande majorité de ses usagers le prolongement du corps. Il a élargi même notre concept de liberté. À dire vrai, on ne peut s’en passer, mais à quel prix?

Dans son étude évolutive menée dans 154 pays, l’Union internationale des télécommunications mentionne que c’est surtout dans les pays en voie de développement que la téléphonie sans fil a connu une ascension fulgurante, principalement en Afrique et en Asie du Sud-Est. De plus, ces régions du monde sont à la fine pointe de la technologie, dépassant de loin celle des Amériques et de l’Europe. Il est assez évident que l’installation d’un réseau cellulaire est plus facile que celle d’un réseau filaire classique. Rapidité, efficacité, disponibilité sont au rendez-vous. C’est un immense progrès! En tapant quelques touches, vous pouvez contacter sans problème quelqu’un dans un coin reculé de l’Afrique sub-saharienne ou sur une île perdue de l’Asie. L’usage du téléphone cellulaire connaît aussi des excès, des abus et des questionnements!

Nous avons tous assisté chez nous au débat assez mouvementé sur la question de la sécurité au volant et l’usage des téléphones cellulaires. Selon des études sérieuses, l’utilisation d’un cellulaire portatif ou mains libres en conduisant multiplie par quatre le risque d’être impliqué dans une collision. Son usage nuit à la vision du conducteur, ralentit son temps de réaction et a une incidence sur la façon dont il réagit, et ce, particulièrement quand la circulation est dense. Depuis la mise en vigueur de la réglementation en juin 2008, de nombreux conducteurs québécois se montrent toujours récalcitrants à ranger leur appareil. Partout dans le monde, de nombreuses recherches se poursuivent sur l’usage permanent et abusif du cellulaire. Au Japon, le tiers des élèves de sixième année possèdent un téléphone cellulaire et 60% des élèves de 3e secondaire en possèdent un. Préoccupé de l’usage abusif du téléphone mobile par les jeunes, le gouvernement japonais a lancé un programme de sensibilisation afin de limiter l’usage du cellulaire devenu trop omniprésent dans la vie des jeunes à l’école.

Sur le plan médical, de nombreuses recherches sont en cours afin de mesurer l’impact du téléphone cellulaire sur la santé. En juin 2008, sous la direction du Dr David Servan-Schreiber, une vingtaine de scientifiques lançaient un appel à la prudence quant à son usage et proposaient même une dizaine de recommandations dans l’usage quotidien, en particulier pour les enfants de moins de douze ans et les femmes enceintes. Qui d’entre nous n’a pas été importuné par une sonnerie de cellulaire au restaurant, au cinéma ou lors d’une conversation avec un ami? Récemment, dans une salle bondée d’un édifice gouvernemental, j’attendais patiemment le moment du rendez-vous. Puis, plongé dans une lecture passionnante, le concert des sonneries téléphoniques a débuté. Tout un concert! Ce fut les rires, les conseils de mécanique, les emplettes à faire, le bébé qui pleurait et j’en passe. Je n’ai pu terminer paisiblement ma lecture tellement je rageais. Dites-moi, pourquoi les sonneries dans les lieux publics?

Beaucoup de gens ne le savent peut-être pas, mais il existe deux options très utiles sur un téléphone cellulaire : le mode vibration et le mode silencieux. Il me semble que le savoir-vivre en société et le respect s’appliquent aussi à l’usage du téléphone cellulaire. Dans un règlement à être adopté sous peu, la Société des Transports de l’Outaouais réagit à la présence de plus en plus envahissante – et souvent dérangeante – des téléphones cellulaires dans ses autobus. Son nouveau règlement proposera mesures et sanctions pour les usagers de cellulaire trop bruyants. C’est une question de gros bon sens et de savoir-vivre. La grande Gabrielle Roy avait-elle raison lorsqu’elle écrivait dans La rivière sans repos ces quelques mots: «La servitude. C’est ça le téléphone.»?


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(166) Signes de dégel en vue!

3 mars 2009 - En toute douceur, le mois de mars fait son apparition. Tourner rapidement la page du calendrier, cela nous fera sans doute le plus grand bien. C’est un bon coup de balai donné à la grisaille et aux mauvaises nouvelles économiques des dernières semaines qui minent immanquablement notre moral. Les rayons du soleil se font d’ailleurs plus intenses et rallongent pour notre plus grand plaisir la clarté du jour. Enfin, plus de lumière et de chaleur bienfaisante! Des signes évidents de la venue d’un nouveau printemps qui amorce son entrée à pas feutrés. À vrai dire, les turbulences économiques des derniers jours n’ont rien pour remonter le moral des troupes. «Plus on en parle, plus ça va mal, plus on injecte des milliards, plus on s’enfonce.» disait un collègue de travail. Un peu de soleil, ne fera pas de tort!

À l’époque du calendrier romain, qui ne comptait que dix mois, le début de l’année commençait autour du 1er mars, car il annonçait le retour des beaux jours. Nous l’espérons de tout cœur ce retour des beaux jours et cela à bien des points de vue. Avec l’annonce de la débâcle de 39,8 milliards de la Caisse de dépôt et de placements du Québec, on a besoin de pas mal de lumière là-dessus. Tout en reconnaissant la légitimité d’une bonne commission d’enquête, laissons toutefois nos partis politiques débattre la question et se chamailler sur son importance. Il n’y a pas que les érables qui vont couler dans les prochains jours. Il y aura sans aucun doute beaucoup d’encre répandu, un flot de paroles proférées et mille bonnes intentions attestées.

Saviez-vous que le mois de mars était le Mois sur la prévention de la fraude au Canada et partout dans le monde? Avec ce qui se passe sur la planète, c’est un mois qui a toute sa raison d’être. Le lancement de cette initiative avait lieu le 1er mars 2006 lors d’un forum international tenu à Ottawa sous l’égide du Bureau de la Concurrence. Les nombreux crimes financiers démontrent hors de tout doute que les lois en vigueur ne suffisent pas pour contrer ce problème ou plutôt ce fléau planétaire. Malgré les campagnes de sensibilisation et de dénonciation depuis 2006, de nombreux petits investisseurs ont été floués par des escrocs de la pire espèce qui se pavanent tambour battant et qui malheureusement écopent trop souvent, quand ils se font prendre, de sanctions pénales ridicules. Ne l’oublions pas, ce sont des actes criminels qui détruisent la vie de bien des gens et qui sabotent notre économie.

Fort heureusement, il n’y pas que des eaux troubles en ce début de mars! Cette première semaine marque la grande relâche tant attendue dans le milieu scolaire. Depuis vendredi dernier, la jeunesse du Québec de demain s’en donne à cœur joie. Plus d’un million de jeunes en vacances se prélasseront un peu plus longtemps au lit le matin, se lanceront à corps perdu sur les pentes de skis de la province, fouineront sans doute allégrement dans les centres commerciaux, seront rivés davantage et plus tardivement devant le téléviseur ou leur récent jeu vidéo. Pour certains parents, ce sera un petit casse-tête tandis que pour d’autres l’occasion de vivre un heureux temps de loisir en famille.

Ce troisième mois de l’année annonce aussi la saison de l’érable. Les jours se rallongeant et le soleil se faisant plus ardent, les arbres ne tarderont pas à bourgeonner et les volées d’oiseaux migrateurs à sillonner notre ciel plus clément. Au rythme du gel et du dégel, la sève montera doucement dans les érables et sonnera l’arrivée d’un rituel saisonnier au Québec, le temps des sucres. Lorsque la lune se montrera favorable ou qu’arrivera le vent du sud-ouest, les 10 000 acériculteurs de chez nous se mettront à l’ouvrage pour recueillir l’eau légèrement sucrée qui se transformera en un sirop délicatement parfumé reconnu à travers le monde. Le succès que remporte le sirop d’érable au Québec et dans le monde ne cesse de croître. Soulignons que 80% de la production québécoise de 92 millions de livres est exportée aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

Enfin, c’est aussi pour les catholiques qui s’en souviennent le mois dédié à saint Joseph. Je me rappelle que ma mère allumait toujours un lampion devant la petite statue de saint Joseph bien en vue dans le salon de la maison familiale. C’était un rituel, j’en conviens, d’une autre époque. La neuvaine à saint Joseph, c’est une vieille tradition de chez nous, qui a marqué l’enfance de bien des gens et qui se perd inévitablement avec la baisse de la pratique religieuse et la désuétude de certaines dévotions. Depuis plus de cent ans, des hommes et des femmes de tout horizon se rendent chaque année en pèlerinage à l’Oratoire St-Joseph du Mont-Royal. Encore aujourd’hui, plus de deux millions de pèlerins foulent annuellement les lieux de ce sanctuaire érigé au flanc de la montagne par un humble frère portier. Oasis des pauvres et des chercheurs de Dieu, des milliers de croyants uniront leur voix du 10 au 18 mars prochain à celle de saint Joseph pour implorer les bienveillances d’en haut en ces temps de doute et de crise.

Avec l’arrivée de mars, la nature se réveillera doucement d’un long hiver et reprendra petit à petit sa vigueur pour nous éblouir plein la vue en avril. Décidément, le mois de mars nous offrira quelque chose de neuf et espérons-le de lumineux. Ne l’oublions pas, le mois de mars est plus souvent qu’autrement le mois du vent et évidemment celui des rapports d’impôts. Le vent finira par tomber, mais les impôts, jamais! Bon mois de mars tout de même.


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(165) Faces de carême?

26 février 2009 - Qui n’a pas entendu cette expression populaire: «Avoir une face de carême»? C’est-à-dire avoir un visage pâle et défait ou triste et maussade. Les plus anciens se rappellent sans doute cette période révolue, fort heureusement, où l’Église catholique nous en imposait par les privations, les prédications sur l’enfer, les jeûnes et j’en passe. Il y avait de quoi avoir le visage pâle et maussade. C’est presque de l’histoire ancienne! Le Mercredi des Cendres, célébré hier, marquait pour les chrétiens le début du Carême 2009, un long parcours nourrit par la prière, le jeûne et le partage. Aujourd’hui, le Carême ne semble plus énervé personne et encore moins les mobiliser. Qu’en est-il au juste?

Il est vrai que le Carême ne semble plus avoir beaucoup d’impact dans la vie des gens qui nous entourent. Soit! Mais des «faces de carême», des airs maussades et pâles, on en voit pas mal par les temps qui courent; la crise économique s’en charge fort bien. Un Carême imposé, avec des privations et des restrictions, est déjà commencé dans la vie de plusieurs des nôtres aux prises avec les aléas et les soubresauts de la situation économique. Pourtant, ce long parcours de quarante jours, sans compter les dimanches, qui mène à la fête de Pâques est un espace fort pertinent dans notre monde déboussolé, à la recherche de sens et de points de repère. «Le carême de jadis, c’était du sérieux», racontait ma tante Malvina âgée de plus quatre-vingt ans. Et de plus belle, elle en rajouta avec conviction et fierté accompagnée d’un ample geste de la main: «Dans le temps, on connaissait aussi la valeur des choses». Avec son amoureux de toujours, tante Malvina, qui a trimé dur pour élever ses sept enfants, connaissait effectivement la valeur des choses.

Le Carême n’est-il pas ce temps offert gratuitement, cet espace possible où l’on peut apprendre davantage sur la vraie valeur des choses, ce qui est essentiel dans nos vies humaines. Dans l’imaginaire collectif, ce long pèlerinage menant à Pâques est synonyme de privations et de sacrifices. Mais fondamentalement, le Carême est d’abord et avant tout un temps offert pour rentrer en soi-même et pour y faire une «mise au point». Rentrer au fond de soi, ce n’est pas toujours évident, car tout nous porte à faire autrement. Nous n’avons pas le temps de faire un arrêt; de porter un regard sur ce qui nourrit notre vie, nos rêves, nos espoirs; de prendre conscience de ce qui obscurcit malencontreusement notre humanité, nos états d’âme, nos décisions.

Un temps pour travailler sur soi-même et aussi sur notre manière d’être en harmonie avec les autres et avec son Dieu. Faire Carême, c’est aller au fond de son cœur pour en faire reculer les frontières de l’égoïsme et de l’enfermement afin d’y ouvrir la porte de la rencontre de l’autre et de la transformation de soi. Ouvrir son cœur, c’est permettre à l’autre de venir chez soi, de se sentir aimé et aimable; c’est accueillir ce Dieu de l’impossible, des rêves fous pour qu’il y fasse sa demeure en toute simplicité. En fait, c’est le chemin de la conversion, qui selon les textes sacrés de la Bible, nous invite à effectuer un revirement, à retourner de bord. C’est un peu comme revenir sur ses pas, changer d’orientation pour passer d’une vie quelque peu ténébreuse à une vie plus ensoleillée, voire lumineuse.

Le Mercredi des Centres, dans la tradition catholique, nous introduit dans ce temps de réflexion et de silence que nous propose le Carême en nous rappelant nos fragilités, nos égarements, notre finitude, mais aussi notre besoin d’espérance. Avec un peu de cendre sur le front, nous sommes conviés à emprunter un chemin d’humilité et de service. Vous comprendrez aisément que ce ne sont pas les voies proposées par une société subjuguée par l’avidité et la surconsommation. Pourtant le christianisme, au-delà de ses pratiques et parfois de ses irritants, nous inspire par sa grande sagesse deux fois millénaire héritée par tant d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire de l’humanité tourmentée par le désespoir et habitée par la recherche du bonheur. Le Carême est sans contredit une démarche de proximité.

Notre monde d’aujourd’hui aspire encore et toujours à cette quête incessante du bonheur, celle qui nous rend meilleur, plus proche de soi et des nôtres à chaque jour. Ce Québec de tant de lacs et de rivières a été façonné par une multitude d’hommes et de femmes de foi, d’audace et d’espérance. Nous sommes les heureux héritiers d’une générosité débordante et d’une sainteté étonnante. Puissent-ils nous inspirer encore dans le devenir des nôtres et dans cette humble marche vers Pâques 2009! Un peu de cendre pourquoi? Sans doute pour nous ouvrir à plus grand que nous, à sortir de la grisaille qui nous tenaille et à changer nos faces de carême en celles de la joie. Peu importe notre parcours spirituel, Quelqu’un nous attend quelque part sur le chemin parfois sinueux de nos vies. Des cendres de ce monde ébranlé par nombre de crises et de guerres, se lèvera une terre nouvelle; il faut y croire éperdument. Éternels pèlerins dans les déserts de nos cités, nous avançons démêlant du mieux que nous le pouvons mirage et réalité!


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(164) Des tonnes de béton

24 février 2009 - Il n’y pas que la valse des milliards qui colore notre paysage économique pour le moins endémique. Québec et Ottawa passeront enfin à l’action et le béton coulera à flot sur nos infrastructures routières. Il était temps! La situation lamentable du réseau routier québécois, des structures des ponts et viaducs nécessitait une injection massive d’argent pour retaper tout cela. Si vous avez fait une visite en Estrie récemment, il est assez facile de constater l’état désastreux de l’autoroute 10. On se penserait à certains endroits dans un chemin de brousse, voire dans un champ miné. L’annonce faite par la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet et le ministre fédéral des Travaux publics, Christian Paradis, le 16 février dernier d’investissements massifs est une excellente nouvelle. Notre système routier est un des leviers importants de notre économie.

Depuis l’effondrement du viaduc de La Concorde, rappelons-nous, qui a fait cinq morts et six blessés le 30 septembre 2006, le gouvernement a pris au sérieux l’urgence de la situation; un remède de cheval s’imposait à notre réseau en piteux état. Mais il aura fallu malheureusement des morts et des blessés pour que les choses bougent. Depuis fort longtemps, les usagers exigeaient que l’on assure un meilleur entretien de nos routes cahoteuses. Le rapport de la Commission Johnson a pointé du doigt des failles majeures dans la gouvernance du système routier et souligné un certain laxisme gouvernemental. Le contexte de récession économique impose, selon les experts, comme solution de relance un investissement majeur dans les infrastructures pour maintenir l’emploi et stimuler l’économie. Il paraît que c’est le bon temps de remettre le monde à l’ouvrage sur nos routes!

Le Québec moderne a pris un essor incroyable dans les années 60: autoroutes, voies rapides, gratte-ciels, polyvalentes, etc. C’était le boum économique d’un Québec ouvert sur le monde, tout était à construire! Les projets d’envergure de cette période d’effervescence économique dotaient le Québec d’un nouveau réseau d’infrastructures routières inégalé depuis. Le béton coulait à flot, l’argent aussi. La Suisse de l’Amérique du Nord s’affirmait à tous les points de vue, béton y compris. On peut se demander aujourd’hui si toutes les réalisations de ces infrastructures publiques étaient soumises à des règles strictes de construction et à des inspections périodiques et sérieuses. Ne l’oublions pas, le Québec est en pays nordique!

Il est vrai que le Québec s’étend sur un vaste territoire, pas facile de suivre tout cela, de tenir la route quoi! L’étendue du territoire, la faible densité de la population, le climat rigoureux et le trafic intense dans les grandes agglomérations en complexifient la gestion. Le réseau routier du Québec comprend pas moins de 185 000 km de routes et 4700 ponts et viaducs. C’est de la route et pas mal de béton! La surveillance et l’administration de ce vaste réseau sont partagées par les autorités provinciales, fédérales, municipales et dans certains cas, par des sociétés gouvernementales. Vous imaginez déjà la complexité de cette gestion et surtout de la participation financière souvent attendue de chacune des parties. Pas facile de s’entendre! Selon le Ministère des Transports du Québec, la valeur à neuf des infrastructures routières sous sa responsabilité, dans l’ensemble de la province, est estimée à plus de 30 milliards de dollars.

Il est à noter que des changements sociaux, économiques et d’habitudes marquent l’évolution d’une société. Le Québec n’est plus le même depuis la mise en place des grands réseaux routiers il y a quarante ans. À titre d’exemple, depuis 15 ans, le nombre de véhicules de promenade a augmenté de 68% et le nombre de camions lourds de 34,5%. Cela fait du monde sur la route et l’augmentation croissante du trafic lourd sur nos routes pose des défis colossaux. L’état lamentable de nombreux axes routiers s’explique en grande partie par l’inertie des gestionnaires en présence. La sécurité des usagers doit primer et l’accès à un réseau de qualité permet un développement précieux de notre économie.

Nous le savons bien, l’aggravement de la chaussée de certaines routes est dû aussi, en grande partie, à la violation de la charge légale de certains routiers lourds. La charge légale par essieu est passée de huit à dix tonnes dans les années 1970. Les infractions sont nombreuses à ce chapitre et les camionneurs utilisent souvent des routes secondaires afin d’éviter les postes de contrôle. Là aussi, il y a un manque flagrant de surveillance. Qui paie la note?

L’annonce récente des grands chantiers dans la région métropolitaine, les échangeurs Turcot et Dorval, l’autoroute 25 et la rue Notre-Dame, réjouit bien des usagers. La métropole revivra sans doute l’épisode des grands chantiers des années 60. Il faudra toutefois prendre notre mal en patience, car ces travaux s’étendront sur plus de quatre ans. Comme disait mon père: «On va y goûter pas à peu près!» Des bouchons de circulation, il y en aura pendant des heures et des heures. Il faudra s’armer de patience ou bien se convertir au transport en commun. Encore faudra-t-il qu’il fonctionne, car là aussi, les ratés sont nombreux. Comment se fait-il que Montréal n’ait pas encore une route de contournement? Elle est l’une des seules grandes villes nord-américaines à ne pas offrir cette voie aux dizaines de milliers d’usagers quotidiens de son réseau.

«Mieux vaut tard que jamais» disent toutefois de nombreux usagers. Le plan de redressement du réseau routier du Québec et l’annonce récente de tous ces investissements sont de bonnes nouvelles, mais l’inertie des gouvernements fait que la note sera plus salée pour les contribuables et qu’elle aura coûté malheureusement des pertes de vie. Dans les vastes plans gouvernementaux cependant, les projets de transports collectifs et moins polluants se font toujours attendre. Il ne faut pas seulement boucher les nids-de-poule et démolir les infrastructures désuètes, mais aussi il faut comprendre qu’une vision d’avenir s’impose dans ce secteur indispensable à la collectivité. Ne faut-il pas plus que du «patchage» d’élections pour apporter sécurité et développement? L’écrivain et chansonnier Pierre-Jean Vaillard disait: «S’il y a tant d’accidents sur les routes, c’est parce que nous avons des voitures de demain, conduites par des hommes d’aujourd’hui sur des routes d’hier.» Des jours pas mal bétonnés en perspective!

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(163) Des machines à sous

20 février 2009 – «Tous les moyens sont bons pour faire de l’argent!» Qui d’entre nous n’a pas entendu cette ritournelle au fil de conversations anodines? Mais nous savons pertinemment que dans la vie de tous les jours, c’est plus que réel. C’est d’autant plus vrai en période de crise économique. Devant le manque à gagner de certaines institutions ou entreprises et même de sociétés gouvernementales ou municipales, la tentation de refiler la facture aux contribuables est plus que grande. En ce temps de récession, tout le monde surveille ses billes et une certaine méfiance s’est installée un peu partout comme une traînée de poudre. Dans bien des foyers québécois et de nombreuses entreprises, on veille au grain! Dans ce contexte empreint d’incertitudes et d’inquiétudes, il est quand même difficile d’expliquer certaines hausses de tarifs que l’on pourrait qualifier d’éhontées.

Le gouvernement provincial avoua enfin ces jours derniers, par l’entremise de sa ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, que le budget du Québec sera déficitaire, que nous retomberons dans le rouge quoi! Ce même gouvernement, à peine majoritairement élu, qui nous avait pourtant claironné sur tous les tons en campagne électorale une stabilité économique hors de tout doute et un budget équilibré, s’apprête à nous refiler certaines factures pas mal salées par des hausses de tarifs dans plusieurs domaines. Nous serons dans le rouge pour de vrai, les amis! À titre d’exemples, le permis de conduire augmentera de 13 $, les tarifs d’électricité, de l’assurance médicaments, du gaz et des loyers seront en hausse aussi en 2009 pour ne nommer que ceux-là. Ce gouvernement voulait être seul sur le volant, mais à quel prix?

Certains spécialistes vous diront que la hausse des tarifs n’a rien à voir avec la crise économique, c’est le cours normal des choses et le Québec avait des tarifs à réajuster. Peut-être, mais pour le commun des mortels, ça ne regarde pas trop bien. Malgré la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole depuis un an, le prix du litre d’essence à la pompe est resté élevé et les compagnies de pétrole continuent d’encaisser des profits plus que respectables. Le prix à la pompe a même connu des hausses soudaines ces jours derniers. Personne ne peut expliquer ces hausses, curieux n’est-ce pas? Entre vous et moi, ce n’est pas le cours normal des choses! Je crois que le lien de confiance entre les automobilistes et les pétrolières est rompu depuis fort longtemps. Plusieurs concitoyens se demandent avec pertinence ce qui se passe du côté des élus au pouvoir qui ont les mains sur le volant. Il me semble qu’en cette période de récession, les pétrolières devraient faire leur effort pour soulager la classe ouvrière. La modération a bien meilleur goût là aussi!

Ce n’est pas tout. Si vous êtes un usager régulier des parcomètres montréalais, vous savez ces petites machines gobe sous, vous n’êtes pas sans savoir que les prix ont doublé depuis trois ans dans la métropole. Les nouveaux parcomètres munis d’une borne centrale où il faut acquitter son montant, un peu compliqué à manipuler en passant, vous gobe royalement un 3$ l’heure pour garer votre voiture. Ce n’est pas donné et selon un récent sondage, 76% des usagers trouvent cela élevé, voire excessif! Ces nouveaux parcomètres sont très discrets puisqu’il est impossible de vérifier le temps qu’il vous reste comme sur les anciens parcomètres à cadran. Si vous quittez avant l’expiration, il est impossible pour un autre usager de compléter le temps déjà payé. Les revenus de ces petites machines à sous pour la ville de Montréal ont augmenté de 17,9 millions. Imposant, n’est-ce pas? Malgré ce bénéfice de 49 millions, disons-le astronomique, il y a autant de nids-de-poule dans la métropole au grand dam des citoyens tannés de faire du slalom dans certaines rues de notre grande ville.

Comme on le sait, par les temps qui courent, le «bas de laine» des Québécois est pas mal étiré, pour ne pas dire percé! Cela devrait nous préoccuper au plus haut point et des réponses claires devraient être exigées des hauts dirigeants de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Pour tous ceux qui ne le savent pas encore, il n’y a pas que les dettes sur vos cartes de crédit qui devraient nous préoccuper en ce temps de morosité économique. Mais oui, il faudra tenir compte de la dette de notre municipalité, celle de notre commission scolaire, celle de notre université, celle de notre hôpital, celle du notre gouvernement, celle sans doute d’un de nos enfants et j’en passe.

Pour plusieurs d’entre nous, ce climat économique nous affecte à divers degrés, et nous essayons de vivre tant bien que mal avec l’argent que nous avons. Pourtant, l’argent ne manque pas, il est toujours là, il ne sait pas volatiliser, mais il ne circule plus comme avant. On le voit bien avec la valse des milliards investis par les gouvernements. La confiance dans le système financier n’est plus au rendez-vous. C’est le nerf de la crise! Par les temps qui courent, les mots de l’écrivain Oliver Wendell Holmes semblent fort à propos:
«Ne mettez pas votre confiance dans l’argent mais mettez votre argent en confiance.»


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(162) Surveillons l’argent de la caisse

17 février 2009 - Par les temps qui courent, les scandales qui secouent le monde financier, c’est le cas de dire, sont monnaie courante. La crise économique mondiale qui bouleverse notre quotidien, nos sécurités et notre «bas de laine», commence à nous irriter et à miner le moral de tout le monde. Imaginez, la Caisse de dépôt et de placements du Québec annonçait ces jours-ci des pertes anticipées de 38 milliards, rien moins! Ses dirigeants, obnubilés par le rendement à tout prix, se sont aventurés dans des secteurs de placements risqués. Pertes colossales! Ne l’oublions pas, les véritables «propriétaires» de l’essentiel de ces fonds, ce sont les Québécois par leurs contributions à la Caisse sous divers titres. En fait, c’est l’argent du peuple amassé péniblement qui s’est perdu, les amis!

Par-dessus le marché, Paul-Henri Rousseau, président et chef de direction démissionnaire, quitte le bateau dans la tourmente, en août dernier, avec une généreuse indemnité de départ pour ses loyaux services. Ce cher PDG a pourtant démissionné et il reçoit un généreux chèque de 378 750 $. Étonnant, n’est-ce pas? Faut-il récompenser maintenant les démissionnaires et par surcroît ceux qui ont mis nos institutions en péril? De nombreuses questions portant sur l’éthique, le sens de responsabilités et même la corruption doivent faire l’objet d’une réflexion profonde au sein de notre système financier. Cette morosité ambiante laisse la population indécise, inquiète et même révoltée devant certains agissements de PDG de grandes sociétés bancaires qui s’accordent des bonis faramineux lorsque l’économie elle-même est en péril. Des situations qui frisent le scandale!

Depuis des mois, les fondements même de l’économie mondiale sont ébranlés et cela profondément. On y injecte milliards après milliards pour relancer la machine, mais jusqu’à ce jour, rien n’y fait. L’économie est en chute libre et dans ce tourbillon descendant des milliers d’emplois sont perdus par le ralentissement économique et la fermeture d’entreprises jadis rentables. Dans cet effondrement, des centaines de dirigeants fraudent et empochent des millions provenant des sommes versées par les gouvernements pour stimuler l’économie en pleine léthargie. Encore là, ce sont les contribuables qui paieront la note. Barak Obama, président des États-Unis, vient de faire adopter, à l’arraché, mentionnons-le, son audacieux et gigantesque plan de relance avec la somme astronomique de 780 milliards de dollars. Devant les scandales provoqués par les sommes versées aux dirigeants des milieux financiers, ce dernier a plafonné leurs salaires. Geste chaudement applaudi par le peuple américain. Il y a une limite après tout!

Le plan de relance d’Obama, du jamais vu dans l’histoire américaine, est tout de même marqué par le scepticisme et le doute. Même avec ces milliards, rien n’est garant de succès! Nous le savons bien, l’injection de sommes, aussi astronomiques qu’elles soient, n’est qu’un cataplasme s’il n’y pas un changement majeur dans le système financier international. Le malaise est plus profond, il soulève des questions fondamentalement éthiques et remet de l’avant la lutte à la corruption larvée dans certaines institutions étatiques et financières de renom. La corruption, c’est le cancer qui ronge de l’intérieur l’économie d’un pays. Sans un sérieux remaniement du système financier international, un frein aux invasions fiscales dans les paradis fiscaux, un ajustement dans la rémunération excessive des gérants d’institutions financières, une tolérance zéro dans la corruption dévastatrice qui s’installe de plus en plus dans nos économies, on ne s’en sortira pas. Les Vincent Lacroix dit Norbourg, Conrad Black, Bernard Madoff de ce monde continueront de frauder les petits épargnants et de parader impunément en évoquant leur innocence.

La corruption! Un mot que l’on associe d’emblée aux pays en voie de développement ou en émergence. Bien non, la corruption n’est pas l’apanage de quelques contrées éloignées, elle a pris racine dans nos propres institutions et gouvernements. Ce fléau grandissant, qui n’épargne aucun pays, a bien cours dans nos sociétés démocratiques et riches, elle affecte la confiance même en notre économie et endigue son développement. Sur le plan international, elles sont légion les affaires de pots-de-vin qui ont ébranlé ces derniers années la France, l’Italie, les États-Unis et plus près de chez nous, il s’agit d’évoquer le fameux scandale des commandites. Toutes les économies du monde sont vacillantes et fragilisées en cette période de tumulte économique. Les bases même de cette économie de marché sont fissurées et la majorité des investisseurs, voire des consommateurs, n’osent plus investir dans ce panier sans fond.

Selon Huguette Labelle, présidente de Transparency International, «Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie et de mort, lorsque, par exemple, elle touche aux ressources destinées aux hôpitaux ou aux réseaux de distribution d’eau potable.» Plus le niveau de corruption est élevé dans un pays, plus la situation humanitaire est désastreuse. En fait, les pays les plus pauvres de la planète sont bien souvent les plus corrompus. Nous n’avons qu’à penser à des pays comme Haïti, le Soudan, l’Afghanistan qui obtiennent les indices de corruption les plus élevés du monde. La pauvreté et les conflits sont de formidables vecteurs de corruption et les pays riches ne sont pas en reste par le biais du commerce international. Le Canada toutefois s’en tire assez bien puisqu’il se classe en neuvième position sur 180, soit parmi les pays les moins corrompus sur la planète.

La globalisation de nos vies nous place dans une interdépendance quotidienne. Lorsque le profit à tout prix devient la devise des entreprises et des gérants des institutions financières, le monde est bien mal enligné. Sans une transparence accrue de nos institutions financières dans lesquelles les investisseurs et les petits épargnants y mettent leurs avoirs, nous ne pourrons jamais rétablir le climat de confiance nécessaire à la relance. Transparence, intégrité, responsabilité et sincérité devraient devenir les mots d’ordre de ceux qui gèrent nos pays et nos économies. Ce sont sans doute les bons ingrédients d’un vaccin anti-crise efficace.

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(161) Des jeunes qui décrochent…

12 février 2009 - « Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école? » chantait la pétillante France Gall. On sait tous que Charlemagne n’a pas vraiment inventé l’école! Si l’on en juge par les statistiques du décrochage scolaire, les jeunes québécois semblent soulever réellement la question de la pertinence ou du succès de l’école actuelle. Elle est devenue bien secondaire pour plusieurs d’entre eux. Cette école, sans cesse remodelée au fil des ans, ne réussit pas encore à conduire l’ensemble de ses usagers au diplôme terminal du secondaire. Les dernières statistiques du décrochage scolaire, publiées cette semaine, sont alarmantes pour le Québec. Le décrochage est même en expansion et il atteint les 29%. En fait, trois étudiants sur dix ne terminent pas leurs études dans ce Québec high-tech. Que se passe-t-il chez nous après toutes les sommes investies et les réformes successives? L’école serait-elle un vaisseau à la dérive, sans gouvernail, sans direction?

Et qui plus est, le Québec affiche la pire performance des provinces canadiennes dans ce domaine, après le Manitoba. Constat alarmant et signe sans doute d’une société en recherche d’équilibre et qui n’a pas su encore canaliser une jeunesse en manque de sens. À ce titre, le taux de suicide demeure toujours une cause très importante de mortalité chez les 15-29 ans qui ne cessent de décroître numériquement dans la province. Les 15-29 ans représentaient 19,7% en 2006 et ne seront plus que 15,7% de la population dans trente ans. Le Québec a prix un coup de vieux et un bon nombre de jeunes ne semblent plus seulement décrocher de l’école, mais de la vie tout court. Pourtant, dans un vaste sondage réalisé par la firme CROP en 2008, les Québécois affirmaient: «L’Éducation. Voilà ce que l’État doit mettre au sommet de ses priorités, car la prospérité passe par les connaissances.» L’État québécois a-t-il échoué dans sa mission?

Cette idée folle, si bien chantée par la légendaire France Gall, qu’elle soit de Charlemagne ou pas, ne semble plus être capable dans sa structure actuelle de mener totalement à bien sa mission fondamentale. On dit souvent que l’on mesure la valeur d’un arbre à ses fruits. L’école de chez nous souffre-t-elle de cette maladie que l’on appelle communément «structurite»? Tout n’est pas noir dans le milieu éducatif, loin de là. Mais ces statistiques suscitent chez moi des questions encore plus fondamentales qu’il faut se poser lucidement. L’école est une idée folle certes, je dirais même géniale. Ce sont les hommes et les femmes de chez nous, engagés dans ce système qui incarnent cette école, la font évoluer. Il est clair que les parents doivent y jouer un rôle fondamental. Ces derniers ont beau affirmé que l’éducation est une valeur prioritaire, il faut tout de même être cohérents et supporter cette mission éducative. Les Québécois ont parfois la tentation de se rallier à l’adage suivant dans la transmission de leurs valeurs: «Faites ce que je dis, mais pas toujours ce que je fais». Une question de cohérence quoi!

En parlant d’école, il faut peut-être s’interroger sur ceux qui la fréquentent. Qui sont les jeunes d’aujourd’hui? Portrait plutôt difficile à faire pour ceux qui vivent à l’écart des milieux éducatifs et récréatifs. Notre immense Québec, riche de lacs et de rivières, a-t-il fait une réelle place de choix à ses enfants? Tout le monde le dit, la province a pris un coup de vieux! Et nos vieux rêvent de rester jeunes, d’être «cool au boutte et longtemps»! On peut se demander aussi si la vague des baby-boomers qui prendront massivement leur retraite ces années-ci n’ont pas décroché quelque peu, voire beaucoup, de leurs responsabilités. Les mutations profondes de notre société depuis quelques décennies ont fait sauter, il me semble, quelques mailles importantes dans le tissu social québécois. II y a au cœur de notre vécu sociétal une certaine fracture avec notre histoire, nos points de repères, nos valeurs, notre identité commune. Nous sommes en quelque sorte dans une culture de doute, rien n’est plus pareil et tout apparaît incertain. Il appert qu’il est difficile de frayer son chemin dans le continuel incertain.

Nous vivons dans une société où la jeunesse et ses caractéristiques sont presque une obsession. On a fait de l’adolescence un lieu de refuge et non de passage. Devenir un adulte, c’est vivre un passage vers la maturité, l’autonomie, la prise de responsabilités. Dans une société où tous les adultes aspirent à une éternelle jeunesse, qui sont les vrais jeunes? L’adolescence ne fait plus que durer! Dans les sociétés traditionnelles, la jeunesse se limitait à deux ou trois ans. Ce rite de passage a atteint dix ans dans les années 70 et 80 et maintenant, selon les spécialistes, elle couvre presque quinze ans. Un bon nombre de jeunes ne décollent plus!

Il n’y a plus ces rites de passage comme jadis qui, sorte de marqueurs, soulignaient la transition à l’âge adulte. Dans un monde de super consommation où l’univers des jeunes est entouré d’innombrables gadgets de toutes sortes, les questions du sens et de la direction se posent inlassablement. Souvent la proie d’arnaqueurs et de prédateurs de la publicité, les jeunes sont parfois et fréquemment les victimes d’usurpateurs d’identité qui leur vendent un monde éphémère et illusoire. Dans cette société habitée par le doute et l’incertitude, 30% des jeunes de chez nous ne réussissent pas à terminer l’école secondaire et plusieurs d’entre eux se retrouvent seuls, fragilisés et marginalisés. Nous le savons bien, études à l’appui, que ces derniers seront plus à risque: précarité de l’emploi, aide sociale, ennui de santé.

L’école ne peut pas tout faire! On ne peut demander à cette institution du savoir de remplacer les parents. Ce n’est tout de même pas une grande garderie publique. Il y a une prise de responsabilité importante des adultes dans le présent et l’avenir des jeunes d’aujourd’hui. Il importe, il me semble, dans cette société aux allures bigarrées et en recherche d’équilibre, de favoriser des liens intergénérationnels signifiants et cela de façon créative. Les jeunes de chez nous ont un immense besoin de rencontrer sur leur route des éducateurs et des adultes inspirants pour qui la parole donnée a un sens et une cohérence, pour qui le geste posé suscite le goût de vivre et de prendre des responsabilités. Le destin d’un pays, d’une nation dépendra toujours de l’éducation de son peuple. En éducation, l’avenir se conjugue déjà au présent.

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(160) Nicolas le conquérant!

9 février 2009 - Nicolas Sarkozy, vous connaissez? «Oui, oui, Sarko, le président qui fait mouche ici et là.», déclara un jeune intello à son vieil ami attablé dans un chic resto où j’étais invité. Pour faire mouche, il a le style et la fougue ce président français. Il se distingue assez radicalement de ses illustres prédécesseurs assez pompeux et vaporeux. Nicolas 1er, monarque français, ne fait pas dans la dentelle. Assez direct merci, «Il a du punch!» comme on dit souvent chez nous. Les déclarations récentes du Président de l’Hexagone a heurté inévitablement plusieurs milliers de Québécois souverainistes et fait quelque peu pâlir ou rougir le visage rondelet de notre Jean Charest, hissé au rang de Commandeur de la Légion d’Honneur. C’était le 3 février dernier dans les magnifiques salons de l’Élysée où l’on accueillait pour la circonstance un gratin de personnalités triées sur le volet, comme il se doit. Légion d’Honneur oblige!

Nicolas Sarkozy surprend, étonne et heurte! Il n’est pas à sa première déclaration insolite depuis son arrivée à l’Elysée le 16 mai 2007. Ce fils d’un immigrant, issu d’une prétendue petite noblesse hongroise, et d’une jeune parisienne, devenait à 52 ans le 23e président de la République. Il succédait au flegmatique Jacques Chirac dont l’usure du pouvoir avait fini par donner à la France une image sclérosée, fade et fatiguée d’elle-même surtout. Ce petit bout d’homme par sa fougue, son enthousiasme et sa vision, a décidé de rompre radicalement avec la manière même de diriger de ses prédécesseurs qui ont façonné, au cours des dernières décennies, cet espace géopolitique d’environ soixante-six millions de francophones.

Depuis son élection, c’est clair et évident que le style a changé, mais ne seraient-ce que des coups d’épée dans l’eau ou du simple tape-à-l’œil? Une présidence de rupture pour cet ex-maire de Neuilly-sur-Seine qui, de sa taille d’un mètre soixante-trois dit-on, voit grand, plus grand que son pays, et par ricochet pour lui-même. Depuis son entrée en fonction, nous l’avons vu et revu sur toutes les tribunes internationales avec son style fougueux, son discours parfois sans compromis et quelque peu simpliste. Tel un Rocky Balboa sautant dans l’arène du monde pour dire que son pays ne sera plus dans l’ombre et que la France tiendra sa place comme il se doit sur le ring des grands débats internationaux qui secouent la planète. Il faut le reconnaître, il a d’emblée du caractère et est habité d’un certain opportunisme ce jeune Sarkozy.

Globe-trotter aux allures d’un kangourou australien, il saute dans le concert des nations en proposant à ses interlocuteurs des alliances stratégiques et comme il sait si bien le faire, des solutions coup-de-poing. Pensons à sa première visite au Sénégal en juillet 2007 où son discours troubla quelque peu les Africains quant à leur rôle dans l’histoire du monde; son implication hâtive et sa collaboration avec George Bush, dans l’organisation de la rencontre historique de janvier dernier à New York sur la crise économique mondiale qui n’a pas encore accouché de solutions concrètes; son engagement quelque peu ambigu dans les dossiers d’Ingrid Betancourt, otage des FARC, et celui des infirmières bulgares prisonnières en Libye; à ses positions assez fermes dans les dossiers de l’Afghanistan et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là. Surnommé par plusieurs de «petit caporal», Sarkozy a ébranlé et dépoussiéré une France empesée et apathique qui se traînait un peu les pieds. Ce qui ne suscite pas nécessairement, vous en conviendrez, l’unanimité dans son entourage immédiat et dans la population.

Au plus bas dans les sondages, il y a à peine un an, son accession à la Présidence de la Communauté Européenne lui donna un peu de souffle, du prestige même et lui permis de marquer encore des points au grand dam de la rivale circonspecte de la France, l’Allemagne. En décembre 2008, le Time Magazine le classait au troisième rang des personnalités de l’année, puis le magazine Newsweek fit de même à titre des personnalités les plus puissantes du monde en 2009 après Barack Obama et Hu Jintao, il va sans dire. Quoi qu’il en soit, les interventions semées à tout vent par ce président plutôt remuant sur la scène internationale ne laissent personne indifférent. La récente déclaration de Nicolas Sarkozy dans les lumineux salons de l’Élysée sur le Québec met fin à la traditionnelle neutralité française dans le débat canadien. Nicolas 1er a fait son choix, il opte pour le Canada uni et lance un coup de Jarnac au mouvement souverainiste en traitant celui-ci de sectaire.

Jamais, depuis le célèbre cri de liberté lancé du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, un président français ne s’était mouillé autant dans le débat sur la souveraineté du Québec. À son arrivée à l’Élysée, Sarkozy prônait une rupture avec ses prédécesseurs et bien, il l’a clamée haut et fort dans le cas du Québec! Selon lui, le Canada uni a plus d’avenir et malencontreusement ses déclarations surprenantes ont été faites sous le couvert de l’insulte en regard du mouvement souverainiste en l’accusant de pratiquer du «sectarisme», de l’«enfermement sur soi» et de la «détestation» de l’autre. Déclarations sans précédent, au côté d’un Jean Charest pour le moins mal à l’aise, quasi muet et qui n’a pas su vraiment être un homme d’honneur devant ces propos d’ingérence flagrante. Les propos, disons-le maladroits, de Nicolas Sarkozy affectent, peu importe nos options personnelles, deux millions de Québécois souverainistes qui comptaient sur une amie de toujours, la France.

Il est vrai que Nicolas Sarkozy a droit de dire ce qu’il pense sur son territoire, de remettre des médailles et des honneurs à qui il veut bien; après tout, il en est le chef incontesté de la France, mais pas celui du Canada, ni du Québec. Il y a toutefois des propos qui demandent, selon la sagesse populaire, de tourner la langue sept fois avant de parler. De la retenue quoi! Cette petite tempête dans le milieu politique québécois ne passe pas inaperçu et aura sans aucun doute des rebondissements au cours de 2009. Nicolas Sarkozy, ce conquérant quelque peu bagarreur, continue d’attirer une admiration certaine sur la scène internationale, de soulever ici et là quelques vagues sur son passage. Il semble surfer avec plaisir sur tout. Mais les vagues sont peu de choses en regard des océans. Ce que les peuples attendent en ce temps de morosité pour certains et de recherche identitaire pour d’autres, c’est un vague d’espoir afin de voguer plus harmonieusement dans le respect et la reconnaissance des choix de chacun. Que nos élus s’en souviennent!

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( 159 ) Des ruines de Gaza

5 février 2009 - Aux infos de fin de soirée, je reste saisi par l’image d’un Palestinien fouillant dans de lugubres décombres à la recherche de quelque chose d’intact ou de vivant peut-être. Images vues tant de fois au grand écran dans des films de la seconde guerre mondiale. Et pourtant, cette fois-ci, c’est bien en février 2009 que cela se passait! Accalmie depuis quelques semaines dans une des régions les plus explosives du monde, Gaza, coin de terre devenu un enfer. Lors des bombardements de janvier dans la bande de Gaza, territoire étroit situé au sud-ouest d’Israël, l’artillerie lourde israélienne n’a rien laissé au hasard. D’innocentes victimes civiles ont péri au nom d’une prétendue sécurité nationale prônée haut et fort par l’auteur de cette horreur inqualifiable. Triste décor, réalité inconcevable, bourbier infernal!

Sur un fond de cessez-le-feu fragile, la vie quotidienne tente de reprendre son cours sur ce territoire palestinien, l’un des plus densément peuplé au monde, où l’on compte encore les morts et les blessés; cela dépasse horriblement les milliers. Selon les Nations Unies, le bilan des victimes des vingt-deux jours de frappes est très lourd. Côté palestinien, l’on dénombre au-delà de 1 300 morts, dont une majorité de civils et plus de 5 300 blessés. Côté israélien, il y aurait trois civils et dix soldats tués. Rien ne sera plus pareil pour ces gens innocents qui ont tout perdu, même ce qui leur est plus cher au monde, le fruit de leur propre sang. Des familles sont décimées, brisées, ruinées. C’est ça la guerre, rien de moins!

Ces jours-ci, deux cent mille enfants palestiniens ont repris péniblement le chemin des écoles, trouées et délabrées, après ces trois semaines intensives de bombardements; plusieurs d’entre eux sont malheureusement devenus orphelins. Depuis soixante ans, Israël a gagné toutes les guerres qu’elle a menées avec détermination, mais elle n’aura jamais gagné le plus important, la paix. Cette paix qui est durable, féconde et qui donnerait espoir à un peuple tourmenté. Imaginez, soixante ans en conflits perpétuels, c’est presque devenu une seconde nature; une culture de méfiance, de haine et de violence s’est installée.

La paix aura-t-elle une chance en 2009? L’arrivée d’un Barack Obama changera-t-elle la donne en cette année où tout semble s’effondrer sur le plan économique? L’espoir d’un monde nouveau va-t-il prendre naissance dans ce monde aux disparités effarantes? En fait, le monde est déjà plus pacifique qu’il y a vingt ans. Depuis les années 90 jusqu’à ce jour, il y a 50% moins de guerres dans le monde. Il reste encore une quinzaine de conflits tenaces qui sont, somme toute, sont moins meurtriers qu’il y a vingt, trente ou quarante ans. Mais c’est encore beaucoup trop!

Nous avons l’impression, avec les chaînes continues d’informations, teintées de sensationnalisme, que rien ne va plus sur cette terre et que nous sommes au bord d’un cataclysme mondial. C’est vrai que, par les temps qui courent, l’optimisme ne triomphe pas, même chez nous. Il n’y a rien à claironner, mes amis! La récession s’enracine de plus en plus dans le vif de nos réalités quotidiennes et commence à bousculer nos sécurités que l’on croyait bétonnées. Eh bien non, nos vraies sécurités ne seront jamais à l’extérieur de nous-mêmes. Notre plus grande richesse prendra toujours sa source au fond de nous-mêmes. L’éprouvante instabilité économique nous obligera plus que jamais à cerner nos essentiels.

Pendant ce temps, la dépouille du jeune soldat Sean David Grennfield est rentrée tôt cette semaine à la base de Trenton en Ontario. Ce jeune ingénieur de combat, basé à Petawawa, a été tué le 31 janvier lorsque son véhicule blindé a touché un engin explosif à l’ouest de Kandahar en Afghanistan. Il n’avait que 25 ans! Sa disparition porte au nombre de 108 les Canadiens, morts en cette terre aride et véritable guêpier pour les forces militaires occidentales. Cette guerre est une bombe à retardement, un point c’est tout.

J’imagine un peu le drame que porte une telle nouvelle au sein de la famille Grennfield. En repassant l’image des infos dans ma tête, j’imaginais la maman Grennfield accueillir les restes mortels de son jeune fils. Bouleversant! Il y a quelques années, j’ai prononcé l’homélie lors des funérailles de mon jeune cousin Léonce trouvé mort dans son appartement. Il s’était suicidé laissant orpheline une petite fille de sept ans. Devant l’urne près de la balustrade, il y avait un petit mot de Sandrine : «Je t’aime tellement papa!» Je ne puis m’empêcher alors de verser une larme sachant que jamais Léonce ne verrait plus sa petite fille gambader et lui tenir la main par les bouts de ses doigts. Jamais plus les Grennfield pourront rire, célébrer avec leur fils Sean, encore moins lui tenir la main.

Dans la bande de Gaza, c’est une réalité quotidienne que vivent des dizaines de familles palestiniennes fortement éprouvées. Le cœur n’est plus à la fête et c’est par centaine que l’on compte les morts. En cette Semaine du développement international où l’on souligne les milliers de Canadiens qui, par le biais d’organismes ou individuellement, s’engagent à rendre notre monde meilleur, nous sommes en droit de nous interroger sur les choix de nos élus sur la scène internationale. Développement ou engagement militaire? En pensant aux drames vécus à Gaza ou en Afghanistan, je me suis rappelé cette repartie du romancier français Tristan Bernard: «Vous allez voir qu’un jour on va nous déclarer la paix et que nous ne seront pas prêts.»


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(158) Trois mois de plus!

3 février 2009 - Adieu cher mois de janvier! Tu fus assez hivernal merci! Tu nous auras apporté encore des chutes de neige fort abondantes et évidemment ta petite vague de froid légendaire. Janvier n’aura pas trahi sa réputation en gardant sa rigueur et ses soubresauts climatiques, de quoi faire rager nos super spécialistes du déneigement toujours débordés et empêtrés à souhait dans les recoins de nos grandes villes. Et que dire de la population prise en otage dans cette masse de glace et de neige? Pourtant, tous les météorologues et les environnementalistes nous affirment à coup de statistiques catastrophiques que le réchauffement climatique fait son œuvre et que les banquises du Grand Nord fondent à vue d’œil. «Un peu sceptique mon cher Watson?» dirait l’excentrique détective Sherlock Holmes.

Entre vous et moi, j’ai l’impression que nous aurons encore besoin de nos bonnes vieilles chaussettes de laine pour un petit bout temps. Pendant que j’écris ces mots, il me revient à la mémoire ces quelques paroles de la chanson à répondre «Si tu vas au ciel»: «On dit que l’hiver (bis) C’est bien plus chaud (bis) En bas de laine (bis) Qu’en bas d’zéro!(bis) Aiao, aiao...» Dire que dans trois mois à peine, le printemps se pointera le bout du nez avec son soleil plus ardent et son désir irrésistible de prendre vie. Patience car trois mois, ce n’est pas si long! Toutefois, en trois mois, il peut s’en passer des choses dans cet immense pays aux allures d’un continent à la recherche incessante d’un fil conducteur et unificateur. Mon pays, c’est plus que l’hiver!

Tout bouge autour de nous et en cette période de l’incontournable récession, chose certaine, ça dégringole vers le bas. Dans cette économie en chute libre, rien de bon pour remonter le moral des troupes! À force de nous rebattre les oreilles dans les infos que ça va de mal en pis, on va finir par se faire mal pour de vrai. «Il ne faudrait surtout pas qu’une élection fédérale nous tombe dessus.» me disait un collègue plutôt de tempérament taciturne. C’est vrai que ce n’est pas rose par les temps qui courent, mais tant que le climat de confiance n’aura pas repris son droit de cité, la ferveur populaire des consommateurs quoi, on restera coller au fond du baril! On verra sans doute plus clair dans les trois prochains mois et on pourra juger de quel bois il se chauffe ce jeune président Obama, déjà parvenu au rang de super star! Faites un tour sur le Web et sur You Tube, vous en aurez plein la vue!

Trois mois de plus, cela peut changer la donne, voire chambouler une vie! Le journal La Presse vient de publier un excellent dossier intitulé «Vieillir cool» En cette période d’incertitude serait-ce le temps de prendre ça cool? Il paraît que les baby-boomers, la génération qui affirme trop souvent avoir tout inventer et malheureusement pas mal tout garder pour elle, ont décidé de repousser pour de vrai les limites de la vieillesse. Il y a une certaine jeunesse viscérale dans ces fils et filles de la Révolution tranquille. Ils ont du tonus ces réputés experts de l’hédonisme! En fait, ils ont déjà tout expérimenter ou presque. Voilà qu’un autre grand chantier s’ouvre à ces bâtisseurs du Québec moderne, récession ou pas : briser les tabous qui collent à la peau des «p’tits vieux»!

C’est vrai, tout le monde veut rester jeune, alerte, cool quoi! Nos baby-boomers qui arrivent massivement à l’âge de la retraire sont prêts à envahir les pistes de ski et de danse, à s’élancer à la découverte de contrées inconnues et familières, à garder une petite occupation tout en s’engageant au mieux-être de leur propre vie. En fait, de jeunes retraités débarqueront massivement du marché du travail pour vivre intensément de nouvelles conditions de vie et de nouveaux défis.

Les statistiques le démontrent sans équivoque, on vieillit plus longtemps non seulement dans les pays occidentaux, mais partout sur la planète. En ce début février 2009, la planète compte près de 6,8 milliards d’habitants et l’on envisage, selon les chiffres avancés par l’ONU que la population continuera de croître jusqu’en 2075 pour atteindre un maximum historique de 9,2 milliards d’habitants, avant de se stabiliser, ou bien d’exploser ou d’imposer, selon l’indice de fécondité. Depuis plus d’un siècle et demi, l’espérance de vie dans les pays occidentaux augmente semble-t-il de trois mois chaque année. Faites le calcul, cela vaut le coup; dans quatre ans, vous aurez gagné un an de plus; dans douze, vous voilà avec quatre de plus et ainsi de suite. En fait, c’est simple, plus tu vieillis, plus tu deviens vieux!

Avec trois mois de plus par année, quatre-vingt-dix jours en boni, qu’est-ce que je vais bien faire de tout ce temps? Comme des milliers de baby-boomers, à la veille de plonger dans la grande liberté de leur retraite, prendre ça cool! Entre vous et moi, avec un peu d’argent, cela ira sans doute un peu mieux! J’ose espérer que la récession économique prendra ça cool aussi! Benjamin Franklin disait: «L’oisiveté est comme la rouille; elle use plus que le travail.» Un peu d’antirouille avec ça?


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