( 63 ) Se sentir utile

7 novembre 2007 - La santé, c’est la vie! Qui n’a pas ses hauts et ses bas? On a tous nos petits soucis, nos tracas quotidiens; il fait soleil, on se sent déjà mieux, le temps est pluvieux, on devient bougonneur. En demeurant actif dans son milieu, nous gardons toutefois notre raison de vivre, notre rôle social. L’intégration dans son milieu est une source importante de bien-être, de bonheur. Faire du bénévolat pour s’ouvrir aux autres est aussi une source d’enrichissement et de joie de vivre. Lorsque nous nous retirons peu à peu de la vie professionnelle, du trafic comme nous le disons souvent, nous risquons de nous refermer. C’est la réalité à laquelle sont confrontées nombre de personnes aînées du Québec. Se sentir utile, c’est le cri lancé par plusieurs d’entre elles qui se sentent mises au rancart de la société. Et pourtant, le Québec manque tellement de bras!

Selon le Dr André. Davignon, directeur de l’Observatoire vieillissement et société l’âgisme s’apparente au Québec à une certaine forme de racisme. Pour lui, les préjugés envers les aînés sont plus persistants que jamais; les personnes aînées sont souvent perçues comme des citoyens de seconde zone. Qui n’a pas entendu certains ragots, qui circulent allègrement dans les corridors de centres et d’organismes? Je donne des exemples: « Les vieux bousillent toutes les ressources du système de santé, ruinent les régimes de pension et de retraite, ne comprennent rien aux nouvelles technologies, ralentissent nos façons de faire.» Caricature ou réalité? Il est clair que les aînés ont un poids démographique de plus en plus grand. En 2015, les personnes de 65 ans et plus dépasseront pour la première fois de notre histoire les 0 à 19 ans. Ils demeurent toutefois des personnes entières, capables d’apport inestimable à la société. Comment rester utile et vivre heureux devant l’inévitable passage des ans?

Être utile! Pour ma part, il n’y a pas une journée, où je n’apprends pas une nouvelle chose, une manière différente d’envisager des aspects de mon travail, une information bonne ou mauvaise en lisant les journaux. La vie est riche d’enseignements, voire inépuisable. En plus, je côtoie tous les jours de nouvelles personnes, je croise de nouveaux sourires; j’évolue et ma culture s’enrichit, mes connaissances se multiplient. Je suis en vie et je me sens utile humainement et socialement! Il faut avoir quand même un minimum de plaisir dans ce que l’on fait pour avoir l’envie de se lever le matin et de sentir utile.

Mes amis, j’apprends et je découvre chaque jour que je ne suis pas parfait, mais je me sens tellement utile. Nous vivons dans une société de l’excès, du plus performant, du «toujours plus»: plus d’émotions, plus de sensations, plus de confort, plus d’argent. Un bon jour, le ballon éclate, car on ne peut plus suivre la cadence! Mais il est difficile lorsque l’on ralentit nos engagements professionnels de passer du culte des plaisirs forts à celui des plaisirs chétifs. Il faut avoir le goût de soi, celui de continuer à grandir pour vivre paisiblement le passage. Se sentir en harmonie avec les autres cela commence par soi, par l’estime que l’on a de soi-même. C’est là que naît le bonheur, celui des petites choses de la vie.

Se sentir utile, c’est donner un peu de soi gratuitement sans attendre de retour. En faisant du bénévolat, comme des milliers de Québécois, nous restons branchés sur la vie, nous nous ouvrons au monde. En offrant de l’aide à un organisme de son quartier, en pratiquant un passe-temps comme la musique, la peinture, le jardinage, nous restons vivants. Il importe toutefois d’imposer ses limites en accord avec soi-même. Nous sentir utiles est fondamental dans notre équilibre de vie. Il faut apprendre sans doute à relativiser les choses, ce que malheureusement les médias ne nous apprennent pas. Oui, la vie est parfois difficile, injuste, indomptable; dramatiser inutilement n’aide en rien. Que d’énergies perdues à dénigrer son passé ou à anticiper des malheurs.

Vivre heureux est un long apprentissage, parfois sinueux, surtout lorsque l’on voit ses forces déclinées. La joie d’apporter notre contribution au monde est essentielle pour rester en santé. Notre bonheur est un besoin vital, une disposition commune que nous retrouvons chez tous les terriens. Malheureusement, il n’est pas en montre dans la vitrine occidentale de la super consommation. Le repli sur soi et l’isolement sont certes des contre-indications à ce désir d’être utile dans son milieu. Se sentir utile est important sans toutefois ne pas oublier qu’il est souhaitable de rejoindre l’utile à l’agréable. Il faut aimer rendre service, rester actif. Mon père disait à sa retraite: «Tu verras, quand tu vas prendre ta retraite, tu réaliseras bien que la tondeuse à gazon est bien plus utile que le crayon.» Peu importe son âge et ses capacités, se sentir utile n’a rien de futile.


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( 62 ) Pingres les Québécois ?

6 novembre 2007 - Tous les jours ou presque, nous sommes sollicités par l’un et l’autre afin d’aider des organismes de charité. Appels téléphoniques, lettres, sollicitations à la porte, activités bénéfice, tout le monde quête! Statistique Canada vient tout juste de publier son document Dons de charité. On y apprend que les Canadiens sont généreux, qu’ils l’ont été davantage en 2006, mais moins nombreux à ouvrir leur porte-monnaie que l’année précédente. Globalement les dons de charité ont totalisé 8,5 milliards au pays, soit une hausse de 8,3% par rapport à 2005. Comment les Québécois se situent-ils dans l’ensemble canadien?

Dans la province, ces 1,3 millions de Québécois qui ont donné 780 millions de dollars, une hausse de 5,6% pour les dons. Fait à noter, c’est la plus petite augmentation parmi toutes les provinces canadiennes. Le Québec se classe parmi les provinces les moins généreuses, il occupe le 9e rang. Année après année, il se retrouve bon dernier! Ce rapport n’indique toutefois pas les dons qui n’ont pas été réclamés dans les déclarations de revenus, le bénévolat et les dons de biens. Globalement, les Québécois semblent mettre beaucoup moins la main dans leur poche pour aider leurs semblables. Les Québécois seraient-ils pingres?

Abbosford en banlieue de Vancouver est la ville la plus généreuse au pays avec un don médian de 620$ contre 150$ pour Montréal et 100$ pour Québec. D’après d’autres études, le Québec se fait tirer l’oreille aussi dans le domaine du bénévolat. Les Québécois sont aussi généreux de leur temps, mais beaucoup moins que dans les autres provinces canadiennes; 34% au Québec contre 45% au niveau national. Il est bon de signaler que les trois quarts des dons des Canadiens ne sont pas comptabilisés au fisc. Seulement un peu plus de 20% des déclarations d’impôts contiennent des réclamations à cet égard. En fait, pourquoi donner?

Il y a plus de 80 000 organismes de charité au Canada. Cela fait beaucoup! Donner est un acte essentiel à la vie. La vie est un don et elle appelle le don. Celui qui donne se préoccupe des besoins de l’autre, souvent du plus démunis, du plus meurtri par la vie. Désir de partage et de solidarité? La pièce de monnaie que l’on laisse tomber dans la main du mendiant sur le coin de la rue, c’est un geste de compassion qui ne changera certes pas le sort du monde. Mais ce geste individuel, au hasard d’une rencontre, devient une manière de se dire, de parler à l’autre. Donner de l’argent est toujours plus facile que d’entrer en relation; donner de son temps, de son savoir et de son talent font appel à des motivations encore plus profondes. Donner de l’argent, nous le savons, ne suffit pas! Il faut que des hommes et des femmes d’ici fassent le don d’eux-mêmes pour que des choses changent, que des barrières tombent, que des frontières reculent dans ce monde.

Les exemples à travers l’humanité ne manquent pas. Spontanément nous pensons à Mère Teresa, Jean Vanier, l’Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle. Le don ne peut se passer des principes de justice et d’équité, si nécessaires en un temps d’inégalités sociales flagrantes. L’argent que l’on tend ne doit pas excuser nos paresses humaines ou nos politiques sociales mal ficelées. Les exigences de la fraternité humaine nous obligent au partage, à la solidarité. C’est une obligation morale que de soutenir la communauté humaine dans la mesure de nos possibilités. On dit souvent que «Donner, c’est recevoir.» Celui qui donne ne reçoit pas nécessairement l’équivalent, mais il est convaincu qu’il recevra autre chose, autrement.

Un intervenant social me rapportait un jour les paroles bouleversantes qu’un itinérant lui avait adressées: «Tu me donnes de la nourriture, des vêtements et de l’argent sans me regarder. Au fond, tu n’attends rien de moi.» Le don dépasse le matériel, il va toucher directement le cœur de celui qui donne et de celui qui reçoit. Avant le faire ou le bien matériel, il y a dans le geste du donateur comme un acte de raison et comme un acte d’amour. Les Québécois vivent dans une société marquée par l’hédonisme, l’individualisme et le confort. Pour plusieurs, c’est toujours trop exigeant d’aider les autres, trop coûteux de participer à une activité bénéfice. Mais il y a tant de petites douceurs ou de superflus que l’on se paie sans regarder le prix.

Selon plusieurs analystes, le Québec n’a pas su au fil du temps développer la culture du don comme c’est le cas dans plusieurs pays d’origines anglo-saxonnes. On dirait que bon nombre de Québécois sont plus enclins à profiter de tout à satiété; après tout, nous sommes réputés bons vivants! Il faut dire, pour leur défense, qu’ils sont quand même les plus taxés en Amérique du Nord. Khalil Gibran disait: «Vous ne donnez que peu lorsque vos donnez vos biens. C’est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez réellement.» Pingres les Québécois? Voyons donc!


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( 61 ) Dormir debout !

5 novembre 2007 - Il y a de ces lundis pas faciles du tout! Dans la nuit de samedi à dimanche, les aiguilles reculaient de soixante minutes. Une heure de plus de sommeil, cela se prend bien en novembre! Nous serons sans doute plus dispos pour débuter notre semaine. C’est la première fois que nous changions d’heure au cours de ce onzième mois de l’année. Nous avions l’habitude de le faire le dernier dimanche d’octobre, mais le Québec a décidé en mars 2006 de s’ajuster avec les États-Unis pour des motifs économiques. Why not? Nous ne sommes pas les seuls à changer montres et pendules; quelques soixante-dix pays le font à travers le monde. Pour sa part, le Canada ajuste son heure en fonction des périodes d’ensoleillement depuis près de quatre-vingt dix ans.

Certains ont profité de cette heure supplémentaire pour veiller plus longtemps, sortir plus tardivement ou dormir un peu plus. Dormir, pourquoi pas? Une étude commandée par le Conseil canadien démontre que le quart des Canadiens ne dorment pas assez. Le sommeil, perte de temps ou essentiel à la vie? Saviez-vous qu’un tiers de notre vie se passera au lit. Entre vous et moi, mieux vaut faire de notre matelas le meilleur ami qui soit. Cela représente environ 200 000 heures; ça fait beaucoup de temps sur le matelas mes amis! Nous n’avons pas tous la même relation avec le sommeil et qui plus est, les mêmes besoins. Quand j’étais adolescent, je me rappelle que ma mère passait son temps à dire: «Allez donc vous coucher!» On ne réalise pas toujours à cet âge l’importance du sommeil ainsi qu’à la nécessité de prendre de bonnes habitudes de sommeil. Lorsque nous sommes jeunes, il y a tellement de chose à faire, à regarder et à écouter.

«Le sommeil est-il si indispensable?» me direz-vous. La célèbre Édith Piaf disait: «Dormir, c’est du temps perdu. Dormir me fait peur. C’est une forme de mort.» Les vertus reposantes et récupératrices du sommeil pour la santé psychique, pour le repos ne sont pas toujours évidentes. Le sommeil est longtemps resté un mystère; il commence à peine à livrer ses secrets. Tout le monde s’endort, même la nature à l’automne. C’est à la fin des années 50 que le docteur Michel Jouvet découvrit l’existence du sommeil paradoxal, permettant ainsi la compréhension actuelle des phénomènes électriques qui se passent au niveau de notre cerveau lorsque nous dormons.

Depuis, de nombreuses recherches ont été publiées et continuent d’explorer le monde fascinant du sommeil. Notre vie quotidienne se divise en deux périodes; temps de veille et le temps de sommeil. Selon Michel Jouvet, il faut en ajouter une troisième, le rêve. Le sommeil comporterait plusieurs cycles qui se répètent plusieurs fois dans la nuit. Chaque cycle comprend quatre phases précédées d’une période d’éveil calme, plus ou moins longue, préparant l’endormissement. Le sommeil sera réconfortant si les cycles se succèdent harmonieusement. Certaines personnes ont besoin de 3 cycles successifs, d’autres de 6 ou 7. Chaque cycle dure en moyenne 90 minutes. Les besoins de sommeil réparateur varient d’une personne à l’autre; certains spécialistes les relient à l’hérédité.

L’étude récente réalisée par le Conseil canadien du sommeil révèle que 23% des Canadiens manquent de sommeil, qu’ils se lèvent en moyenne à 6 h 50 et se couchent à 22 h 6. Toutefois, un Canadien sur cinq se lève tôt, entre 3 h et 6 h, et 15% de la population sont des noctambules invétérés en allant au lit entre minuit et 3 h. Ce sont les Québécois qui sont les plus dégourdis, car la moitié des répondants préfèrent être actifs plutôt que d’aller se coucher. Tous ces chiffres mettent le plus souvent à l’avant-scène les problèmes du quotidien, le rythme de vie, les habitudes alimentaires comme sources d’insomnie. Les répercussions sur le fonctionnement journalier sont imposantes et amènent malheureusement d’autres problèmes majeurs difficiles à contrer.

Les insomnies passagères sont dues la plupart du temps à de mauvaises habitudes. Il est certain qui si l’on bouffe une pizza avant de se coucher, il est possible que le peperoni nous fasse passer un mauvais quart d’heure. Un bon sommeil, ça se prépare! Une bonne hygiène de vie semble être la voie incontestable vers un sommeil réparateur : se coucher à une heure régulière, amenuiser les bruits de son environnement immédiat, s’alimenter sainement, choisir une pièce suffisamment fraîche, compter sur un matelas assez ferme et le reste. Il n’y a pas de recette miracle pour le sommeil, ça mérite toutefois qu’on y veille!

Nombre de personnes ont développé un petit rituel avant d’aller au lit : bain moussant, pyjama une heure avant, tisane à la camomille, musique relaxante, etc. Dans cette approche, il faut éviter à tout prix les excitants: café, thé, boisson gazeuse, chocolat et le reste. S’il est vrai que le café empêche de dormir soyez certains que dormir empêche de boire du café. Le seul vrai médicament que l’on a trouvé à l’insomnie, c’est le sommeil! Alors, apprivoisons l’art de préparer la mise au lit de notre corps en quête de repos réparateur. Les insomniaques doivent prendre leur mal en patience à moins qu’ils se contentent d’histoires à dormir debout.


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( 60 ) Novembre, un temps mort !

2 novembre 2007 - C’est novembre! Voilà la grisaille qui s’installe pour de vrai, le changement d’heure qui nous chamboule encore, le froid qui se réveille toujours trop hâtivement! C’est bien connu, novembre est le mois le plus «plat» de l’année; après tout, c’est traditionnellement le mois des morts. Rien de trop réjouissant en ce onzième mois de l’année! Les morts parlons-en un peu. Un de mes frères a été croque-mort pendant plusieurs années; il avait en plus la responsabilité d’un cimetière. Il faut dire qu’il avait le profil de l’emploi, un grand sec au visage émacié, aux mains anormalement grandes et aux cheveux noirs tombants. Vous pouvez imaginer toutes les histoires rocambolesques qu’il a pu nous raconter au fil des années. Malgré la teneur lugubre de ses anecdotes racontées avec moult détails, c’était plus souvent qu’autrement des plus hilarants. Ce n’était pas le festival Juste pour rire, mais plutôt le festival Mort de rire! Mais lorsque l’on examine de près l’industrie funéraire, il n’y rien de très drôle!

Les maisons funéraires se livrent par les temps qui courent à une concurrence féroce, pour ne pas dire morbide. Avec le vieillissement de la population, ce ne sont pas les morts qui manquent. Il n’y a rien de trop beau pour le cher disparu, mais à quel prix mes amis? Enterrer l’un des siens dignement, si on ne fait pas attention, peut mener à y laisser plus que sa chemise lorsque l’on regarde les coûts astronomiques que cela comporte. Il en coûte en moyenne 5 500 $ dans une maison funéraire et 3 500 $ dans les coopératives funéraires. Si vous prenez les extras offerts par ces maisons spécialisées, cérémonie, buffet, musique, la facture peut dépasser facilement les 10 000 $. Mais avec ces maisons funéraires, vous n’avez pas de soucis, on s’occupe de tout, portefeuille y compris! Entre vous et moi, mieux vaut mourir riche!

Cela se comprend un peu parce que lors du décès les choix à faire sont nombreux: le cercueil, l’embaumement, la place dans le mausolée, le terrain au cimetière, l’enterrement, salle de veille, les fleurs, la niche dans un columbarium, la crémation et le reste. Nous savons bien que la réputation des fournisseurs de services funéraires est souvent malmenée, voire suspecte. Ce commerce plutôt lucratif a pris de l’ampleur dans les années 60 puisque avant cette période les familles s’occupaient elles-mêmes de leurs défunts. Par exemple, ma sœur aînée, décédée au début des années 50, a été veillée dans le salon de la maison familiale; mes parents avaient vu à tout préparer.

Dans une société qui promet presque la vie éternelle en ce monde, nous sommes de plus en plus mal à l’aise avec l’idée de la mort. Nous essayons de l’ostraciser de nos vies tant que l’on peut, mais l’inévitable passage des ans nous rattrape assez rapidement. Devant le peu de repères religieux qui restent dans les familles québécoises, ces dernières optent assez facilement pour des funérailles minimalistes; plus c’est court mieux c’est. La religion n’est plus, pour nombre de familles, une source de réconfort dans la mort, un soutien dans le passage vers une quiétude intérieure. Tout se fait d’une façon expéditive sans prendre le temps de vivre collectivement le deuil. Il faut du temps pour s’y faire, accepter le départ de l’être que l’on aime, apprivoiser l’absence.

Malheureusement, les gens ne veulent plus prendre le temps de vivre ce passage, pourtant si important. Malgré la douleur, la tristesse et l’angoisse, nous apprenons beaucoup de la mort, de la finitude de notre parcours terrestre. «C’est beau la mort, c’est plein de vie dedans.» disait Félix Leclerc. La vie est cachée dans la mort; le grain du fruit doit mourir pour donner la vie en abondance! Chacun a sa vision de la mort, chacun a sa vision de l’au-delà. Tristement, l’Église voit de plus en plus de catholiques délaisser les rites traditionnels pour des services funéraires exempts de référents religieux. Nombre de Québécois inventent leurs propres rituels laïques avec tous les écarts inévitables découlant de l’improvisation. Créer de nouveaux rites de passage dans une société se réclamant d’une laïcité encore mal définie, ne va pas de soi si aisément. Cela prendra quelques décennies et encore.

Le rapport à la mort a fondamentalement changé au fil des années; il se vit, pour un grand nombre de nos contemporains, comme un échec lamentable. Apprivoiser la mort, c’est accepter la vie; celle qui nous a été donnée, celle que l’on a vécue, celle que le destin nous reprend et celle qui nous attend éternellement. Nous mourons un peu tous les jours comme ces feuilles d’automne qui, éclatantes de couleurs sous le soleil ardent, finissent toujours par couvrir le sol trempé et à peine givré de novembre. Quand une vie humaine a été vécue authentiquement jusqu’au bout, la mort ne vient-elle pas signer l’ultime accomplissement comme un sourire à la vie? Novembre, n’est-ce pas un temps mort pour la vie? Si seulement Dieu pouvait nous faire signe.

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( 59 ) Il s'appelait René

1er novembre 2007 - Qui ne se souvient pas ce petit bout d’homme tenant une cigarette à la main? de ce fervent défenseur de l’identité québécoise? de cet homme qui avait saisi, comme nul autre auparavant, au fond de lui-même, l’âme de tout un peuple? Le 1er novembre 2007 marque le 20e anniversaire du décès du vingt-troisième premier ministre du Québec, René Lévesque. L’on ne peut oublier dans nos mémoires cette journée du 1er novembre 1987 où cet illustre gaspésien meurt terrassé par un infarctus. Tout a été dit, filmé et redit sur ce personnage hors du commun. Vingt ans plus tard, la poussière est bien tombée et on peut mieux regarder l’envergure de cet homme.

René n’est pas né à New Carlisle comme le mentionne un grand nombre de biographes, mais bien dans la province voisine, à l’hôpital de Campbelton au Nouveau Brunswick le 24 août 1922. Aîné d’une famille de quatre enfants, il était seulement âgé de 14 ans lorsque son père Dominique quitte ce monde. Sans terminer ses études de droit à l’Université Laval, il s’enrôle dans l’armée américaine et devient correspondant de guerre durant la Seconde guerre mondiale. On le retrouve au Québec au lendemain des hostilités, à titre de journaliste de Radio-Canada. Il a fait sa marque comme correspondant durant la guerre de Corée, mais davantage dans la célèbre émission Point de mire. Il se lance en politique en 1960, aux côtés de Jean Lesage, «l’équipe du tonnerre». Le 15 novembre 1976, à la stupéfaction de tous, le Parti Québécois est élu majoritairement par la population et propulse René Lévesque à la tête de la province. À partir de 1968, le mouvement souverainiste restera intimement lié à sa vie. Il se retirera de la politique active en 1985 pour retourner au journalisme. Que retenir de cet homme qui a marqué notre parcours identitaire?

Sur le plan politique, la carrière de René Lévesque a été marquée par des réformes majeures qui ont touché profondément notre vie en société. Son gouvernement adoptera des lois audacieuses et progressistes: zonage agricole, contrôle du financement électoral, assurance-automobile, langue française. C’est sous son mandat que les caméras pénétrèrent à l’Assemblée nationale pour en diffuser les débats quotidiens.

Nous ne pourrons jamais oublier ce personnage unique! Il n’était pas l’homme de l’establishment, mais celui du peuple! Que l’on se souvienne des dizaines de milliers de personnes qui ont défilé une dernière fois devant sa dépouille. C’était exceptionnel! Nous retiendrons davantage, je crois, la personnalité qu’incarnait René Lévesque. Simple, avenant, il était d’agréable compagnie, voire attachant. C’était sans doute sa grande force, il était proche des gens et il ressentait ce qui les préoccupait! J’ai eu le privilège de le rencontrer à trois reprises; nous avions sympathisé puisque je suis un Gaspésien né à quelques kilomètres de son patelin. Il s’était informé de ma famille, de ma carrière, de mon village natal. J’avais l’impression que l’on se connaissait depuis toujours. Il était accessible et généreux de sa présence.

Être charismatique, il avait le verbe facile! Homme de la parole, celle qui sait rejoindre les aspirations cachées du peuple! Il est bon de relire pour faire mémoire ses livres Un pays qu’il faut faire (1967) et Attendez que je me rappelle (1988). René Lévesque a su canaliser les tiraillements identitaires des Québécois; je crois que nous le manquons profondément en cette période des accommodements raisonnables. J’aimerais bien savoir ce qu’il nous mijoterait de sensé. Le grand rêve qu’il portait sur notre destin collectif demeure toutefois inachevé. Lorsque l’on relit notre histoire commune, pouvait-il en être autrement?

Ceux qui ont côtoyé de près l’ex-premier ministre disent que c’était un bourreau de travail, qu’il avait certes un penchant prononcé pour les femmes, qu’il était parfois angoissé, mais qu’il était un être exceptionnel. Celui que l’on surnommait sans méchanceté Ti-Poil avait compris bien des choses de l’aventure humaine. On le sentait de prime abord un peu timide, voire gauche dans des vêtements toujours trop amples pour lui. René Lévesque ne jouait pas à la politique de stars, il jouait sa vie, ses convictions et ses principes. Il était vrai! Après avoir quitté la vie politique, il est tout simplement retourné à ses premiers amours, le journalisme de la vie ordinaire.

En entendant tout ce qui se dit dans ce Québec des consultations populaires, j’aurais aimé voir et entendre notre regretté René Lévesque au cœur de tous ces débats publics et de ces commissions qui sillonnent le Québec présentement. J’ai l’impression que cette nation en train de se définir aurait besoin d’hommes et de femmes de la trempe de René Lévesque, qui incarneraient à leur manière les aspirations du peuple, l’âme des Québécois. Sur sa pierre tombale au cimetière de Sillery, on peut lire ces mots de Félix Leclerc: «Il fera partie de la courte liste des libérateurs de peuple.»


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( 58 ) La sourde oreille

31 octobre 2007 - Les bruits nous envahissent de toute part. Attablé dans un joli restaurant, je me suis mis à balayer du regard l’environnement qui s’offrait à moi. Décor agréable, éclairage ajusté, menu varié, pas trop bondé par-dessus le marché. À part de légers bruits de vaisselle au loin, je n’y entendais pas de grandes gueules qui généralement nous tombent sur les nerfs quand on veut avoir la paix. À quelques mètres, je vis un petit homme bedonnant affalé sur sa chaise, tête plongé dans le journal du jour. Ses deux pieds touchant à peine le sol, il était branché mes amis, pas à peu près! Il avait un téléphone cellulaire accroché à son oreille droite, un baladeur numérique dans l’oreille gauche et il jetait de temps en temps un coup d’œil sur son portable en fonction sur le coin de la table. Plus branché que cela, tu deviens fou! J’en avais mal aux oreilles pour lui!

Selon plusieurs spécialistes, notre société est en train de créer un monde de sourds. Un Canadien sur dix souffre d'une perte de l'audition. Chez les aînés, plus de 50 % souffrent de dommage à l'oreille interne. Souvent ce dommage est irrémédiable. Des niveaux de surdité jamais vu chez les jeunes apparaissent dès la fin du primaire. J’ai toujours aimé le silence du matin, le calme avant la reprise du boulot. Comme vous et moi, nous constatons que malheureusement les tapageurs ne cessent d’envahir notre quiétude. Tous les sons, même les plus agréables, peuvent devenir nocifs pour le système auditif. Tout est une question de dosage. Un disque de Mozart, de Beethoven ou de Céline Dion aussi beau soit-il peut devenir agressant, voire un bruit insupportable. Nous avons tous fait l’expérience dans certaines discothèques ou soirées festives; les décibels à fond la caisse nous rendent dingues! Tout est dans le crescendo mes amis! On ne s’entend plus parler, on parle plus fort, nos oreilles bourdonnent, on en perd même la voix. Dire qu’il y a tant de jeunes qui subissent cela à cœur de journée. On peut se demander si tous ces amplificateurs de son ne sont pas trop puissants?

Il est bon de savoir que l’on perd une partie de notre ouïe dès l’âge de 15 ans. Le fait d’écouter un son fort n’est pas dangereux en soi, mais l’écouter longtemps et d’une façon répétitive peut le devenir sans contredit. Imaginez, certains baladeurs numériques atteignent 115, 120, voire 140 décibels. Attachez-vous mes amis, cent quarante décibels, c’est le bruit que fait un avion à réaction quand il décolle. Quand je vois des ados taper du pied dans les transports en commun avec leur fameux baladeur; ils sont presque en transe! J’entends facilement de mon siège les sons du baladeur de mes voisins d’en face. C’est assez fort merci; il y a de quoi partir en orbite! L’oreille interne est fragile et les baladeurs numériques ou pas, peuvent l’endommager gravement. Plus de 50% des adolescents américains ont des problèmes d’audition. Nombre d’adolescents connaissent déjà une diminution de la capacité auditive équivalente à celle d'un adulte de trente ans. Sommes-nous en train de créer une société de plus en plus malentendante?

Il n’est pourtant pas facile d’ajuster le son correctement dans notre environnement immédiat, les points de repère ne sont pas toujours évidents. Nous avons l’impression que plus c’est fort, meilleur est l’audition. C’est totalement faux! Généralement, une personne qui parle à côté de soi produit entre 55 et 70 décibels, la musique qui sort d’un haut-parleur en produit 85. C’est la limite sécuritaire. Dans une salle de cinéma, on peut s’attendre à des pointes de 120 décibels. À 100 décibels, deux personnes ne peuvent plus se parler normalement et doivent hausser le ton pour s’entendre. Dans le monde du son, tout s’additionne : la musique ambiante, les paroles des gens, les bruits de chaise, etc. Les écouteurs qu’on a dans les oreilles sont plus nocifs que les écouteurs sur les oreilles pour la simple et bonne raison qu’ils sont plus près du tympan. Après une exposition à une forte intensité sonore, il importe de reposer l’oreille. Ici, on infirme le fameux diction «Ça rentre par une oreille, puis ça sort par l’autre.» Ça rentre, point final!

Malgré les campagnes de sensibilisation, la population se fait tirer l’oreille et la roue tourne: on n'entend pas bien, donc on hausse encore un peu le volume. «Nous montons tous le volume sans réaliser les dommages que nous causons», déplorait Brian Fligor, audiologiste au Boston Children's Hospital, dans le magazine Rolling Stone en 2005. «La perte d'audition causée par le bruit se développe de façon si graduelle et insidieuse qu'on ne saisit pas l'ampleur des dégâts avant qu'il ne soit trop tard.» Il me semble que les autorités de la santé devraient imposer une limite de volume sur les baladeurs. À titre préventif, les producteurs d’appareils électroniques pourraient sans doute apposer un autocollant indiquant les niveaux d’écoute: faible, normal, à risque. Le regretté humoriste Raymond Devos disait: «Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux.» La majorité silencieuse commence-t-elle à en avoir assez de la majorité tapageuse? Il serait temps qu’elle se fasse entendre!


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( 57 ) Des histoires de vieux

30 octobre 2007 - La vie est pleine de rebondissements! Je suis en train de relire l’agréable livre «Nous les vieux» écrit en 2006 par deux nonagénaires, Benoît Lacroix et Marguerite Lescop. Connaissant très bien ces deux personnages publics, je devine aisément à travers les mots, leurs mimiques, leurs joyeuses réparties et leur connivence de toujours. Ils ont dû avoir un plaisir fou à réaliser ce bouquin. «Ce sont deux bons vieux», comme disent les gens! Benoît et Marguerite nous impressionnent toujours par leur enthousiasme, leur vivacité et leurs interventions bien à propos. Loin d’être grincheux et malcommodes, ces personnalités âgés aujourd’hui de 92 ans, nous apprennent avec humour bien des leçons de vie. Ils sont étonnants et plein de sagesse. En parcourant ce livre, je ne puis m’empêcher de faire des liens avec la consultation publique sur les conditions de vie des personnes aînées. Au fait, saviez-vous que cette Commission existe et qu’elle circule depuis le mois d’août dernier à travers le Québec?

Il serait hasardeux de vous demander qui la préside cette Commission, tellement elle est silencieuse. On dit que le bien se fait sans bruit, mais il y a tout même une limite. D’entrée de jeu, disons que les médias sensationnalistes de chez nous n’en ont que pour les Commissions relatives aux accommodements raisonnables et au viaduc de la Concorde. C’est sans doute plus croustillant pour les médias de masse! Loin des projecteurs, la Commission sur les conditions de vie des personnes aînées poursuit son parcours sans tambour ni trompette. Rien d’exaltant pour les médias, sinon l’écart récent de la ministre Marguerite Blais lors d’une audience qui a fait la manchette des journaux. Manque de tact ou propos inadmissibles dont elle s’est fort heureusement excusée publiquement. Je suis convaincu que la plupart des Québécois ne connaissent pas la composition des membres de cette commission publique très importante au Québec. Importante parce qu’elle concerne le sort de près de 25% de la population. J’ai l’impression que l’intérêt suscité par cette commission reflète un peu l’intérêt en général que nous avons pour nos personnes âgées.

Depuis le mois d’août dernier, la commission a accueilli à ce jour plus de 3300 personnes au micro et coûtera environ 800 000 $ aux contribuables québécois. La commission, présidée par la ministre Marguerite Blais, s’arrêtera dans 17 régions du Québec et permettra aux associations, organismes et aînés de prendre parole. Il est bon de se rappeler l’origine de cette commission. C’est nul autre que notre super Mario national, chef de l’Action démocratique du Québec, qui avait réclamé en mars 2007 une enquête sur les conditions de vie de nos aînés. De nombreux rapports rendus publics avaient mis en évidence des mauvais traitements subis par les personnes âgées en centres d’hébergement. On se souvient sans aucun doute de témoignages troublants de mauvais traitements, notamment au Centre d’hébergement Saint-Charles-Boromée de Montréal. La situation des personnes âgées est préoccupante et requiert une action immédiate et une vigilance de tous les instants.

Le vieillissement de la population est un phénomène qui touche présentement tous les pays du monde. Les pays industrialisés vivent celui-ci avec plus d’acuité. Le Québec est en tête de liste puisque sa population âgée aura doublé en moins de trente ans. Les spécialistes nous invitent à ne pas confondre le vieillissement de la population et le vieillissement individuel. Le premier est causé par la conjonction de la baisse de natalité et l’autre par l’augmentation de l’espérance de vie. Le second concerne les individus et se manifestent différemment selon les personnes. Certains individus sont autonomes très longtemps tandis que d’autres sont frappés d’incapacités plus ou moins majeures. Ce n’est pas parce que l’on est vieux, qu’on passe son temps à se bercer! Il y a des préjugés qui s’accrochent longtemps dans la mémoire collective!

Ce vieillissement aura certes des conséquences majeures sur l’ensemble de la vie québécoise. Pensons à la redistribution des revenus de l’État, au logement, à l’emploi, aux services sociaux et le reste. La Commission sur les conditions de vie des personnes aînées mérite une attention accrue des citoyens, mais surtout des médias. L’adaptation de notre société à la bascule de la pyramide des âges représentera un défi collectif colossal. Nous aurons encore besoin des Benoît Lacroix et Marguerite Lescop pour mettre un peu d’humour et de sagesse dans les inévitables réaménagements sociaux qu’exigera le vieillissement massif au Québec.

Espérons que les travaux de la Commission dégageront des pistes qui nous amènerons à une meilleure connaissance de la réalité, une ouverture quant au rôle des aînés et une plus grande attention aux besoins des plus vulnérables d’entre eux. Des histoires de vieux, on n’a pas fini d’en entendre parce que vous savez que devenir vieux, c’est notre avenir à tous. C’est l’inexorable chemin de l’humain. Nous ne sommes pas obligés d’en faire un chemin de croix mes amis, mais davantage un sentier plein de vie et de sagesse!


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( 56 ) Quand les coffres débordent !

29 octobre 2007 - Le Canada carbure à cent mille à l’heure! Le taux de chômage n’a jamais été aussi bas depuis des lustres, les ressources naturelles débordent d’énergies, le huard ne cesse de se remplumer sur le plan international. Si cela continue, notre huard va devenir obèse ma foi! La devise canadienne a connu une hausse de 20% depuis le début de l’année face au billet vert et 11,5% face à l’euro. Du jamais vu! Le premier ministre Stephen Harper a de quoi se taper la bedaine! En passant, lui aussi s’est remplumé dans l’opinion publique. Si la tendance se maintient, le surplus du gouvernement fédéral atteindra les 16 milliards cette année. De quoi faire jubiler les élus du gouvernement conservateur qui ne tarderont pas trop à vêtir leur costume de Père Noël même s’il est rouge. Que faire avec tous ces gros huards bien dodus.

Le gouvernement Harper avait promis de diminuer le fardeau fiscal des Canadiens lors de son élection en 2004. Chose dite, chose faite! La baisse de la TPS en 2006 avait soulagé quelque peu le fardeau des Canadiens. C’est connu, en politique on baisse là où c’est payant électoralement. Après tout, le gouvernement n’est pas un organisme de charité! Dans l’opinion publique, les gens disent: «Harper, il tient ses promesses et il livre la marchandise!» Si le Canada est si riche comment se fait-il qu’il y ait tant de pauvreté dans nos villes urbaines? C’est vrai, il est difficile de concevoir que dans ce pays débordant de tant de richesses, la pauvreté ne cesse de croître. Nous savons bien que la richesse est aussi un écran qui cache bien des misères, bien des plaies.

Il faut mentionner qu’il n’existe aucune définition officielle de la pauvreté au Canada. Cependant, Statistique Canada a toutefois élaboré quelques définitions en ce qui a trait au «faible revenu». L’on utilise le plus souvent les trois définitions suivantes: le seuil de faible revenu, la mesure de faible revenu et la mesure de la pauvreté fondée sur un panier de consommation. N’ayez crainte, ce ne sont pas les définitions qui créent la pauvreté. Elle est bien présente dans nos villes et villages, dans nos rues et ruelles, dans les discours du Trône et les belles intentions. Malgré nos coffres débordants de gros huards, l’écart s’agrandit entre les personnes et les ménages à faible revenu et les personnes et les ménages à revenu élevé au pays. Au moins 3,4 millions de Canadiens, une personne sur dix, vivent dans la pauvreté relative et cela d’un océan à l’autre.

Nous connaissons tous les effets de cet écart grandissant entre les riches et les moins nantis. Pour les Canadiens vivant sous le seuil de la pauvreté, cela signifie souvent se nourrir insuffisamment, dormir dans les rues, les refuges ou les logements insalubres, vivre dans l’angoisse et l’insécurité. Lorsque nous avons du mal à joindre les deux bouts, il est difficile d’exiger des plus pauvres de participer généreusement à la vie en société. La pauvreté n’a pas d’âge et pourtant, elle a une facture sociale imposante! Imaginez ce que nous pourrions faire avec les 6,5 milliards des dépenses de la défense nationale, une hausse de 5,8% dans le dernier budget. Nos soldats ne pourraient-ils pas faire la guerre à la pauvreté en terrain ami cette fois. Aider les plus pauvres de chez nous, c’est aussi une cause humanitaire, voire même tout un combat!

Devant la forte activité économique au pays, le gouvernement Harper songe à une autre baisse de la TPS ou à une réduction sur les impôts des particuliers et des entreprises. On n’est plus heureux les poches pleines que les poches vides! Selon les analystes, une baisse d’impôt serait grandement plus profitable aux contribuables et à l’économie en général. Le gouvernement pourrait faire épargner jusqu’à 700$ pour une famille canadienne moyenne. Ce n’est pas rien! Cette seule baisse d’impôts aux 16 millions de contribuables priverait le gouvernement de 5,6 milliards de dollars. Pas de panique, il est en restera bien assez pour gérer les opérations courantes de l’État.

Fin stratège notre premier ministre saura sans aucun doute utiliser ces surplus à des fins électoralistes au moment opportun. Tout le monde affirme qu’il faut distribuer la richesse plus équitablement. Quand il s’agit de mettre en pratique cette admirable intention, on ne trouve plus les moyens. Entre vous et moi, il est inadmissible que les refuges ne reçoivent que des miettes de 1,88$ par personne/jour pour nourrir et abriter les sans-abri. Il est scandaleux de voir des gens mourir faute de soins appropriés dans les files d’attente qui n’en finissent plus de s’étirer. Il est inacceptable que nos écoles, nos viaducs, nos arénas s’effondrent quarante ans seulement après leur construction. Il est inadmissible que deux femmes sur trois âgées de 65 ans et plus soient démunies.

En regardant tout cela, les moins nantis de ce pays ont sans doute l’impression que dans la vie, on partage rien que les problèmes et pas le pognon! L’argent du gouvernement appartient au peuple parce qu’il sort de la poche des contribuables. Lorsque l’on parle d’argent, il est assez facile d’avoir l’attention de tous. Si les coffres de l’État étaient vides, nos élus passeraient leur temps à se plaindre et à dire qu’il faut se serrer la ceinture. Il me semble que c’est bien simple, quand le verre est plein on le vide. Évidemment, investissons là où il y a des besoins urgents d’aide. Avec son langage coloré ma grand-mère dirait à Stephen Harper: «Gratte où ça démange» ou comme dans une certaine publicité, «là où ça fait mal!».


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( 55 ) Des propos maladroits

26 octobre 2007 - La politique a de ces revers incisifs pour ceux qui ne savent pas retenir leurs propos dans certaines circonstances. La nouvelle ministre Josée Verner est dans la tourmente depuis sa récente incartade auprès des groupes de femmes lundi dernier. La ministre du Patrimoine, de la Condition féminine et des Langues officielles a suscité de vives réactions de la part des mouvements de femmes et des membres de l’opposition à la suite d’une lettre ouverte où elle affirmait: « Je suis surprise que les représentants de certains organismes qui reçoivent notre appui financier critiquent si injustement notre soutien à la cause des femmes.» Et voilà, des mots qui soulèvent l’indignation et sentent la manipulation. Comment une ministre senior a-t-elle pu faire un tel impair?

Les propos de madame Verner étaient en réaction à une lettre des groupes de femmes qui exprimaient, la semaine dernière, leur déception face au peu de place faite aux femmes dans le récent discours du Trône. Des groupes de femmes et des membres de l’opposition ont demandé des excuses de la ministre. Ils ont frappé un noeud! Il n’est pas question d’obtenir des excuses de la ministre qui déclare même avoir la conscience tranquille. Pas si tranquille que cela madame la ministre! À votre place, je m’inquièterais du sort de votre crédibilité; nous n’avons qu’à penser à la bévue de Lise Payette sur «Les Yvettes» lors du référendum de 1976. On ne peut museler ou faire preuve de chantage auprès des femmes parce que le gouvernement leur a octroyé un soutien financier. Nous venons tout juste de sortir de l’affaire des commandites; il ne faudrait surtout pas reprendre les mêmes stratégies! Assez, «enough is enough»!

Il aurait mieux valu que Josée Verner présente immédiatement des excuses que de faire l’autruche ou plutôt le paon. Plusieurs groupes de femmes se sont sentis heurtés par les propos tenus par la ministre de la Condition féminine. Son entêtement à ne pas reconnaître son erreur est encore plus pernicieux et relève du manque de jugement. Reconnaître tout simplement que ses propos ont dépassé sa pensée aurait été digne d’une ministre. Ici, il faut relater aussi la toute récente et similaire gaffe de la ministre québécoise Marguerite Blais lors d’une audience de la consultation sur les conditions de vie des personnes aînées. Sans attendre, madame Blais a eu l’intelligence et la sagesse de réparer les pots cassés par des excuses publiques. C’est tout à son honneur!

Selon certains analystes, le fabuleux parcours de la ministre montante Josée Verner commence à devenir une course à obstacles. La politique a de ces pièges qu’il faut à tout prix éviter. Les hauteurs peuvent parfois donner des vertiges ou faire croire que l’on est au-dessus de tout le monde. Personne n’avait prévu voir cette parfaite inconnue, lors des élections de 2004, devenir une étoile de la politique canadienne. Josée Verner, que le député bloquiste Christian Ouellet, par ces propos d’ailleurs déplacés, avait décrite comme «belle potiche qui ne fait pas grand chose», devra sans doute amorcer une bonne réflexion sur son inflexibilité, voire son entêtement à ne pas reconnaître ses torts. Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont subi bien des critiques de la part des groupes de femmes par rapport au financement de la Condition féminine.

Madame Verner clame sur tous les toits que le gouvernement conservateur a augmenté le financement des groupes de femmes en omettant toutefois de dire que ce même gouvernement a fermé 12 des 16 bureaux de la Condition féminine dans le pays. Ces coupures mettent un frein à la recherche et à la protection des droits des femmes au profit de l’unique aide directe. Selon la Fédération des femmes du Québec, l’aide directe doit se conjuguer avec la recherche et la défense des droits. Si, on veut que la condition des femmes s’améliore, il faut y voir. J’écrivais sur ce blogue (no. 52) que 49 % des familles monoparentales à la tête desquelles on retrouve une femme vivaient sous le seuil de la pauvreté. Aussi, deux femmes sur trois âgées de 65 ans et plus sont démunies. Les femmes gagnent 70 % du salaire des hommes pour un emploi équivalent au Québec et elles occupent 70% des emplois à temps partiel.

Lors de sa nomination à titre de ministre du Patrimoine, de la Condition féminine et des Langues officielles, Stephen Harper démontrait la confiance qu’il mettait en cette mère de famille de 47 ans. Soit, mais la brièveté de l’expérience politique ou même une ascension rapide au cabinet ne pardonne pas tout! Les groupes de femmes se souviendront certes de ces propos maladroits de Josée Verner, mais davantage de son refus de présenter des excuses. Dans la vie et encore plus dans la vie politique, il faut apprendre au fil des années que les excuses sont faites pour s’en servir et que l’art de se taire au bon moment est signe de grande sagesse humaine.

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( 54 ) Retaper nos écoles !

25 octobre 2007 - Une bonne nouvelle! On sort enfin des milliards de dollars pour réparer nos écoles qui, comme nos viaducs, commencent à crouler sous le poids des ans. L’annonce de la ministre Michelle Courchesne est une brise rafraîchissante pour le milieu de l’éducation qui se partagera 5,5 milliards de dollars sur cinq ans, d’ici 2012. Il était temps, car le parc immobilier de nos commissions scolaires commençait à ressembler à celui d’une république de bananes. Comme se fait-il que l’on attende si longtemps avant de réparer des édifices si essentiels?

Le parc immobilier du réseau scolaire prend de l’âge, il tombe en ruine. Il n’est pas rare de constater des toits qui coulent, des murs lézardés, des fenêtres qui ne ferment plus, des toilettes condamnées, etc. Nos établissements scolaires ont en moyenne près de 45 ans et certains d’entre eux datent des années 40. Les écoles n’ont jamais eu les fonds nécessaires pour entreprendre les réparations qui s’imposaient depuis plus de trente ans. On a fait pendant des années du bricolage, du rafistolage ou bien l’on condamnait tout simplement des locaux faute de budget pour les réparer. C’était inacceptable! L’annonce d’aujourd’hui vient de signifier l’importance de l’environnement scolaire pour l’éducation des jeunes de chez nous. L’école, c’est quand même un milieu de vie!

Cet argent neuf injecté dans le réseau pourra permettre d’effectuer les réparations urgentes de 3560 établissements scolaires du Québec. Pendant plus de trois décennies, le gouvernement a négligé d’entretenir nos écoles qui semblaient bien secondaires, si on n’en juge pas l’état lamentable des lieux. Un professeur d’un quartier de Montréal me signalait que le toit de son école coulait lorsqu’il est arrivé il y a cinq ans; le toit coule toujours, mes amis. Inconcevable me direz-vous, mais c’est vrai!

Comment se fait-il que le gouvernement n’ait pas mis en place un programme d’entretien annuel de ses établissements scolaires? Nous savons tous l’importance d’un entretien régulier si l’on veut éviter la détérioration fatale et surtout les sommes colossales qu’il faudra investir pour mettre le tout aux normes par la suite. Depuis des années, des inspecteurs en bâtiment du gouvernement sillonnent les établissements privés et religieux en obligeant les propriétaires à effectuer des travaux majeurs afin de mettre aux normes, dictées par la régie du bâtiment: escaliers de secours, système d’aération, éclairage, portes coupe-feu et le reste. Dans les rapports de ces inspections, il y a pourtant des transformations exigées qui sont aberrantes, qui frisent même le ridicule. Pendant ce temps, les écoles de l’État, qui abritent pourtant une clientèle vulnérable, croulent dans la désuétude complète. Nos enfants, c’est quand même important, non! Il est toujours plus facile d’exiger des autres que de soi-même; deux poids, deux mesures!

Il n’y a pas seulement les écoles qu’il faudrait retaper, mais sans doute quelque peu nos élus. Il est temps que certains gratte-papier quittent leur siège rembourré et revoit leur devoir. Le Québec n’est pas un pays en voie de développement tout de même! L’annonce de la ministre Michelle Courchesne vient calmer la grogne et le désespoir de nombreux gestionnaires des milieux scolaires; c’est toutefois loin d’être terminé pour le gouvernement! Attendez de voir les sommes astronomiques qu’il faudra investir dans le réseau routier, dans les réparations de nos établissements de santé et j’en passe.

Lorsque l’on reporte à plus tard ce qui doit être fait ou que l’on pellette dans la cour du voisin nos responsabilités, cela finit toujours par nous rattraper. Le Québec deviendra au cours des prochaines années un immense chantier de construction ou de démolition. Il est vrai que l’apparence entre les deux est souvent trompeuse. De toute façon, c’est le citoyen qui paiera la note malheureusement toujours trop salée!

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( 53 ) L'autre école...

24 octobre 2007 - D’année en année, les chiffres ne mentent pas! L’école privée gagne de plus en plus d’adeptes. Depuis cinq ans, sa population croît de 2,5% par année. Vous allez me dire, cela n’est pas beaucoup, mais au bout de cinq ans cela fait tout de même entre 10% et 12% d’élèves de plus dans l’ensemble du réseau privé, primaire et secondaire. Sur le territoire du Québec, 22% des parents choisissent le secteur privé pour leurs rejetons, tandis que dans la région de Montréal nous atteignons près du tiers des parents. Là, ça fait mal! Au secteur public évidemment qui voit l’érosion fatale d’une clientèle dont il aurait grandement besoin. Qu’est-ce qui attire tant de parents au privé?

Il est notoire que les parents veulent choisir ce qu’il y a de mieux pour leur enfant, car ils veulent leurs léguer le plus bel héritage: l’éducation. Le secteur privé semble offrir ce que plusieurs parents désirent: l’encadrement, la discipline, la qualité de l’enseignement, l’enseignement religieux. Le palmarès des écoles présenté annuellement par la revue L’Actualité confirme les motifs des parents. Dans le palmarès 2007, les écoles privées mènent partout; quatre écoles publiques se classaient parmi les vingt-cinq meilleures écoles secondaires du Québec, neuf écoles publiques seulement parmi les cent premières des 463 maisons d’enseignement secondaire. «Rien qu’à voir, on voit bien», clame un dicton populaire de chez nous.

Le privé a la cote et tout le succès qui s’ensuit. Il n’est toutefois pas facile de trouver une place et la file d’attente s’allonge d’année en année. Certains établissements privés ont des critères d’admission de plus en plus sévères, tandis que d’autres ne font pas d’exclusion. Disons que ces derniers sont plutôt l’exception. Il est normal, lorsque la demande est en hausse, que l’on puisse s’attendre à une sélection plus stricte des candidats compte tenu de la rareté des places disponibles. C’est un des griefs importants adressés au réseau de ne prendre que la crème des étudiants; le petit lait, c’est le réseau public qui doit s’en charger! Depuis quelques années, les écoles publiques usent de plus de créativité afin d’attirer la clientèle par des programmes intensifs en musique, en sport, etc. Mais il y a un préjugé défavorable qui persiste.

Le financement du réseau privé coûte à l’État québécois quelque 400 millions annuellement. Les établissements privés reçoivent du gouvernement 3 700$ par élève au secondaire et 2 900$ au primaire, soit 60% du montant alloué aux écoles publiques l’année précédente. Une économie substantielle pour l’État qui ne sait plus trouver l’argent pour la santé, les infrastructures routières, les services de garde et le reste. Le réseau public ne finit plus de traîner une image peu reluisante. Les parents ont peur de la drogue, du taxage, de la violence et j’en passe. Pour ma part, je n’ai jamais fréquenté l’école privée au primaire et au secondaire, car si on remonte dans les années 60, l’école publique avait des allures d’écoles privées. Dans la plupart des villes et des villages du Québec, des sœurs et des frères dirigeaient la quasi totalité des écoles publiques. Il y a bien des gens d’un certain âge qui ne cessent de nous rappeler qu’avec des religieux, dans ce temps-là ça marchait! Sur cette affirmation, il y aurait bien des nuances à apporter.

Ce n’est qu’au cours de la révolution tranquille que de nombreuses congrégations religieuses, devant la baisse dramatique de candidats à la vie religieuse, ont transformé leur maison de formation en externat dispensant l’enseignement général; de nombreux religieux et religieuses quittèrent définitivement le secteur public pour le privé. Je reste convaincu que ce transfert de compétences a nui au secteur public. En fait, les écoles privées d’aujourd’hui poursuivent en grande partie les traditions pédagogiques des grandes congrégations éducatives implantées au Québec au 19e siècle. Le projet éducatif de ces écoles s’inscrit au cœur de cet héritage riche en valeurs éducatives, humaines et spirituelles. L’école privée a une âme! Ce n’est pas une grande garderie d’enfants! Les jeunes y sont suivis de près et dynamisés par une approche créative et progressive. Le système privé constitue à bien des égards une richesse pour le Québec; il répond aux besoins des jeunes et des parents.

Aussi populaire soit-elle, l’école privée n’est pas parfaite pour autant, loin de là! Elle ne doit pas se replier uniquement sur sa tradition; son développement ne doit pas être fondé sur l’impopularité du secteur public ou sur la peur des parents. Ce qui fera la force et la pertinence du privé dans l’avenir par rapport au public, c’est sa complémentarité, sa créativité, son esprit novateur dans la grande tradition de son projet éducatif. C’est à l’école privée que l’on devrait expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, de nouveaux programmes d’enseignement.

La liberté de choix des parents en éducation est un droit démocratique incontestable; pouvoir choisir l’école de son enfant est aussi fondamental. Même le système public offre aujourd’hui de nombreuses possibilités aux parents: écoles alternatives et internationales, programmes spécialisés sport/études ou arts/études, écoles de douance et de raccrocheurs. Plus l’État offrira de possibilités, plus notre système d’éducation répondra aux attentes des parents, mais aussi aux besoins des jeunes. Le financement réduit du système privé ne pourrait-il pas permettre au gouvernement d’améliorer le système public? Le Québec offre un système d’éducation mixte, il permet l’innovation et la diversité des approches. Il ne faut jamais oublier que ce sont les jeunes qui sont le devenir de notre société et qu’ils devront toujours demeurer au centre de notre système d’éducation. Nous l’oublions trop souvent malheureusement. Les jeunes sont notre plus grande richesse, notre présent en devenir!


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( 52 ) Jusqu'au cou !

23 octobre 2007 - Le crédit est facile; il est à portée de main! Comme la plupart d’entre vous, je reçois régulièrement de nombreux appels téléphoniques ou de lettres m’offrant mille et un gadgets à crédit. «Acheter maintenant et payer plus tard!» semble être le slogan de la société de consommation. Une simple mensualité et le tour est joué: vous êtes propriétaire d’une nouvelle voiture, de magnifiques appareils électriques, d’un superbe condo! Tout est facile car, selon les bonzes du crédit, vous êtes un client de la plus haute importance. C’est comme un privilège dans ce monde de la consommation débordante de pouvoir acheter à crédit. Quel privilège! Mensuellement, je reçois par la poste des offres de carte de crédit de tous genres; certaines associations d’universités canadiennes ont emboîté le pas et sont assez agressives merci. Le crédit est à la mode, mais à quel prix?

Selon l’Association des comptables généraux accrédités du Canada (CGA), bon nombre de Canadiens ont atteint le point de non retour, dégringolant sous le poids des paiements à faire. L’endettement des Canadiens a augmenté de 4,7% annuellement au cours de 30 dernières années. Ce n’est pas rien! Cet accroissement est plus rapide que la croissance du revenu disponible et de leur actif. Inquiétant, n’est-ce pas?

De plus, on constate que le traditionnel bas de laine des Québécois est plein de trous. C’est presque des bas «golf», à dix-huit trous! Le taux d’épargne personnelle baisse depuis plus de vingt ans. Certains analystes sonnent l’alarme, d’autres crient à la catastrophe, puisque de nombreux ménages croulent sous les dettes et que le taux d'épargne individuelle est pratiquement à zéro. Il faut dire que le taux d’intérêt des institutions financières avec leur 4% ne favorise pas l’épargne. Nous avons connu dans les années 80 des taux d’intérêts au-delà du 10%. Ne rêvons plus en couleur, nous ne reverrons pas ça de si tôt!

Depuis les années 60, notre société a été chamboulée provoquant d’inévitables déplacements de valeurs. D’aucuns ne contrediront le caractère hédoniste, matérialiste et individualiste dans notre manière de vivre et de faire. L’essor et le développement rapide du Québec moderne ont favorisé l’émergence d’une fascination de posséder, avec la facilité et la consommation qu’elle sous-tend. Nous avons tous connu au cours des dernières décennies les expressions courantes « Y a rien là! », «Il faut en profiter tandis que ça passe», etc. Je crois profondément que la maîtrise de notre consommation constitue un défi majeur dans le quotidien de nos vies et pour les générations qui nous succéderont. La société de consommation nous procure certes le confort, mais aussi nous pousse à une consommation débridée. Les pièges sont nombreux et malheureusement les familles ne réussissent plus à résister à la puissante publicité, les enfants et les jeunes, à cause de leur vulnérabilité, encore moins.

Pour d'autres, il s'agit d'un faux problème. Une chose est sûre pourtant, les gens ont de plus en plus recours au crédit et les faillites personnelles ont atteint un record en 2005, une hausse de 137% au cours de la dernière décennie. Plusieurs familles s'enfoncent dangereusement dans le gouffre de l'endettement sans trop s’en rendre compte. Les mirages de notre société dirigent des personnalités plus vulnérables vers d’inévitables naufrages; l’endettement ne favorisera jamais une économie saine. Le rythme rapide d’endettement n’augure rien de bon sur des perspectives économiques à long terme. Fort heureusement que les taux d’intérêt sont bas et que le taux de chômage est en régression constante. Ce contexte favorable permet aux gens, de façon opportune, d’équilibrer leur budget. Nous ne sommes jamais trop prudents en ce domaine, car une récession économique peut survenir plus vite qu’on le pense. Dans ce domaine, le passé est garant de l’avenir! Plusieurs ménages canadiens vivent sur un volcan qui ne cesse de gronder sous leurs pieds!

Ceux qui pensent que la retraite arrangera tout, détrompez-vous! Attendez-vous à une méchante surprise les amis, si vous n’avez pas commencé à épargner. Les spécialistes nous rappelle qu’il faut se méfier à tout prix du crédit et apprendre à mieux gérer son budget afin d’éviter le danger de l’endettement. C’est comme un glissement de terrain qui signera votre enterrement! Dans ce tsunami en puissance, l’endettement a un sexe. Pas moins de 49 % des familles monoparentales à la tête desquelles on trouve une femme vivent sous le seuil de la pauvreté. Le crédit est tentant pour ces femmes au bord du manque à gagner. Aussi, deux femmes sur trois âgées de 65 ans et plus sont démunies. Les femmes gagnent 70 % du salaire des hommes pour un emploi équivalent au Québec. Toujours en sol québécois, 70 % des emplois à temps partiel sont occupés par devinez qui?

Le crédit, c’est comme une mélodie qui sonne bien à l’oreille, mais c’est loin d’être toute la chanson. Avant d’être pris jusqu’au cou par l’endettement, respirez profondément et ressaisissez-vous! Dans ce cas-ci aussi, «la modération a bien meilleur goût!»

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( 51 ) Sur les routes du monde

22 octobre 2007 - Il y a dans la vie des gens qui nous marquent, de ces figures qui apparaissent aisément lorsque nous faisons une incursion dans notre jeunesse, dans notre enfance. Je me rappelle ce vieux missionnaire à la longue barbe grisonnante venu dans notre classe de 6e année pour parler de son ministère dans des coins reculés d’Afrique. Trapu, chaussant des sandales et portant des lunettes sur le bout du nez, il était vêtu d’une soutane blanche serrée à la taille par un gros chapelet noir. J’oublie son nom, mais c’était un père blanc d’Afrique. J’avais été impressionné par ce qu’il nous racontait avec tant d’anecdotes savoureuses à la Crocodile Dundee.

Dans mon cœur d’enfant de 12 ans, j’étais ébloui et captivé par ce conteur formidable, mais aussi par ce désir qui l’habitait, venir en aide aux enfants les plus démunis. Comme tous les jeunes de mon âge, je me suis mis à rêver, à vouloir fouler cette jungle lointaine. Imaginez, ce vieux missionnaire trapu se promenait dans une petite roulotte que l’on pouvait visiter à la file indienne sous l’œil bien avisé de notre institutrice; de quoi enrichir à nouveau notre imaginaire déjà émoussé par ce formidable conteur. Dans cette roulotte, nous y entrions, comme dans une caverne, à la recherche d’un trésor; des statuettes, des sculptures, des peaux de serpent, des tam-tams et de nombreux artefacts écarquillaient nos yeux d’enfants, sans doute trop petits pour tout voir. C’était magique! Nous étions en 1965; je m’en souviens comme si c’était hier. Et puis, il y a eu la révolution tranquille!


Quarante-deux ans plus tard, on peut se demander que sont devenus tous ces héros de notre jeunesse, ceux qui, au nom de leur foi, ont traversé les océans pour porter le message de l’Évangile et aider les populations en manque de tout. Le Québec catholique a envoyé de par le monde des milliers de religieux et de religieuses missionnaires qui, au nom de l’amour de Dieu, ont donné leur vie dans ces pays d’adoption. Hier, l’Église catholique soulignait la Journée missionnaire mondiale. Cette fête, instituée en 1926, a vu le jour après un décret du pape Pie XI; l’Église universelle consacre, depuis lors, tout le mois d’octobre à la mission. Les catholiques sont conviés à prier pour les missionnaires et à aider financièrement leur travail à travers la planète. Mais combien sont-ils?


Encore aujourd’hui, on peut compter 2600 missionnaires canadiens à l’étranger, la plupart Québécois, dont la moitié sont des religieuses. L'Afrique accueille le plus grand nombre de missionnaires canadiens, soit près de 700. Nous en retrouvons aussi 600 en Amérique latine et 350 en Asie. Devant la baisse dramatique des vocations religieuses et le vieillissement des effectifs, de nombreux laïcs suivent les traces de ces pionniers. Les communautés religieuses apportent à ces jeunes adultes et à ces couples missionnaires une formation pertinente, une solide expertise et parfois des infrastructures d’accueil. La mission se poursuit autrement!


Le regretté René Lévesque m’a dit un jour que les missionnaires avaient été les plus grands ambassadeurs que le pays aient connus. L’image d’un pays pacifique, accueillant, ouvert à l’humanitaire que symbolise le Canada découle en grande partie de la présence et de l’extraordinaire travail de ces religieux. Depuis la fin du 19e siècle, de nombreux missionnaires canadiens parcoururent le monde. On pouvait aussi bien retrouver une soeur infirmière dans un petit village de Bolivie, un père curé dans une paroisse reculée du Vietnam qu’un frère éducateur à la direction d’une grande école de Dakar, au Sénégal. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que le Canada, en tant que pays riche, a mis en place des programmes d’aide pour les pays pauvres et sinistrés. Déjà, par le biais de ses missionnaires, le Canada avait une solide réputation internationale.


Dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale et particulièrement depuis 1960, de nombreuses organisations d’entraide s’intéressèrent au développement international et commencèrent à envoyer des coopérants à l’étranger. La population québécoise et canadienne s’engagea activement dans le développement outremer grâce au soutien financier d’organismes privés et des gouvernements. Le Canada fut l’un des premiers pays occidentaux à verser une aide financière directe à ces organismes de développement bénévoles sous forme de subventions correspondant aux dons privés.


Les Québécois et les Canadiens savent faire preuve de compassion pour les victimes de tragédie. Les différentes campagnes d’aide internationale l’illustrent éloquemment au fil des années. Depuis la fin du 19e siècle, des hommes et des femmes de chez nous ont tracé la route de la compassion, de la solidarité internationale. Ces missionnaires ont recueilli de l’argent pour construire des dispensaires, nourri des enfants affamés, éduqué des générations de jeunes, sauvé de nombreuses familles de la détresse, formé avec compétence du personnel infirmier et cela au prix de leur vie, de leur santé et parfois de leur sang.


Nous ne pourrons jamais comptabiliser leur générosité et leur apport incontestable dans les pays en voie de développement. C’est au nom de leur foi, de ce feu intérieur que les missionnaires ont voulu changer le sort des plus démunis de la planète. Encore aujourd’hui, ils sont toujours des passionnés de la mission! Au fait, je n’ai jamais revu mon vieux missionnaire trapu, mais j’ai quand même réalisé mon rêve d’enfant en foulant à maintes reprises le sol africain. Merci à vous, semeurs de rêves, d’espoir!

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