(165) Faces de carême?

26 février 2009 - Qui n’a pas entendu cette expression populaire: «Avoir une face de carême»? C’est-à-dire avoir un visage pâle et défait ou triste et maussade. Les plus anciens se rappellent sans doute cette période révolue, fort heureusement, où l’Église catholique nous en imposait par les privations, les prédications sur l’enfer, les jeûnes et j’en passe. Il y avait de quoi avoir le visage pâle et maussade. C’est presque de l’histoire ancienne! Le Mercredi des Cendres, célébré hier, marquait pour les chrétiens le début du Carême 2009, un long parcours nourrit par la prière, le jeûne et le partage. Aujourd’hui, le Carême ne semble plus énervé personne et encore moins les mobiliser. Qu’en est-il au juste?

Il est vrai que le Carême ne semble plus avoir beaucoup d’impact dans la vie des gens qui nous entourent. Soit! Mais des «faces de carême», des airs maussades et pâles, on en voit pas mal par les temps qui courent; la crise économique s’en charge fort bien. Un Carême imposé, avec des privations et des restrictions, est déjà commencé dans la vie de plusieurs des nôtres aux prises avec les aléas et les soubresauts de la situation économique. Pourtant, ce long parcours de quarante jours, sans compter les dimanches, qui mène à la fête de Pâques est un espace fort pertinent dans notre monde déboussolé, à la recherche de sens et de points de repère. «Le carême de jadis, c’était du sérieux», racontait ma tante Malvina âgée de plus quatre-vingt ans. Et de plus belle, elle en rajouta avec conviction et fierté accompagnée d’un ample geste de la main: «Dans le temps, on connaissait aussi la valeur des choses». Avec son amoureux de toujours, tante Malvina, qui a trimé dur pour élever ses sept enfants, connaissait effectivement la valeur des choses.

Le Carême n’est-il pas ce temps offert gratuitement, cet espace possible où l’on peut apprendre davantage sur la vraie valeur des choses, ce qui est essentiel dans nos vies humaines. Dans l’imaginaire collectif, ce long pèlerinage menant à Pâques est synonyme de privations et de sacrifices. Mais fondamentalement, le Carême est d’abord et avant tout un temps offert pour rentrer en soi-même et pour y faire une «mise au point». Rentrer au fond de soi, ce n’est pas toujours évident, car tout nous porte à faire autrement. Nous n’avons pas le temps de faire un arrêt; de porter un regard sur ce qui nourrit notre vie, nos rêves, nos espoirs; de prendre conscience de ce qui obscurcit malencontreusement notre humanité, nos états d’âme, nos décisions.

Un temps pour travailler sur soi-même et aussi sur notre manière d’être en harmonie avec les autres et avec son Dieu. Faire Carême, c’est aller au fond de son cœur pour en faire reculer les frontières de l’égoïsme et de l’enfermement afin d’y ouvrir la porte de la rencontre de l’autre et de la transformation de soi. Ouvrir son cœur, c’est permettre à l’autre de venir chez soi, de se sentir aimé et aimable; c’est accueillir ce Dieu de l’impossible, des rêves fous pour qu’il y fasse sa demeure en toute simplicité. En fait, c’est le chemin de la conversion, qui selon les textes sacrés de la Bible, nous invite à effectuer un revirement, à retourner de bord. C’est un peu comme revenir sur ses pas, changer d’orientation pour passer d’une vie quelque peu ténébreuse à une vie plus ensoleillée, voire lumineuse.

Le Mercredi des Centres, dans la tradition catholique, nous introduit dans ce temps de réflexion et de silence que nous propose le Carême en nous rappelant nos fragilités, nos égarements, notre finitude, mais aussi notre besoin d’espérance. Avec un peu de cendre sur le front, nous sommes conviés à emprunter un chemin d’humilité et de service. Vous comprendrez aisément que ce ne sont pas les voies proposées par une société subjuguée par l’avidité et la surconsommation. Pourtant le christianisme, au-delà de ses pratiques et parfois de ses irritants, nous inspire par sa grande sagesse deux fois millénaire héritée par tant d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire de l’humanité tourmentée par le désespoir et habitée par la recherche du bonheur. Le Carême est sans contredit une démarche de proximité.

Notre monde d’aujourd’hui aspire encore et toujours à cette quête incessante du bonheur, celle qui nous rend meilleur, plus proche de soi et des nôtres à chaque jour. Ce Québec de tant de lacs et de rivières a été façonné par une multitude d’hommes et de femmes de foi, d’audace et d’espérance. Nous sommes les heureux héritiers d’une générosité débordante et d’une sainteté étonnante. Puissent-ils nous inspirer encore dans le devenir des nôtres et dans cette humble marche vers Pâques 2009! Un peu de cendre pourquoi? Sans doute pour nous ouvrir à plus grand que nous, à sortir de la grisaille qui nous tenaille et à changer nos faces de carême en celles de la joie. Peu importe notre parcours spirituel, Quelqu’un nous attend quelque part sur le chemin parfois sinueux de nos vies. Des cendres de ce monde ébranlé par nombre de crises et de guerres, se lèvera une terre nouvelle; il faut y croire éperdument. Éternels pèlerins dans les déserts de nos cités, nous avançons démêlant du mieux que nous le pouvons mirage et réalité!


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(164) Des tonnes de béton

24 février 2009 - Il n’y pas que la valse des milliards qui colore notre paysage économique pour le moins endémique. Québec et Ottawa passeront enfin à l’action et le béton coulera à flot sur nos infrastructures routières. Il était temps! La situation lamentable du réseau routier québécois, des structures des ponts et viaducs nécessitait une injection massive d’argent pour retaper tout cela. Si vous avez fait une visite en Estrie récemment, il est assez facile de constater l’état désastreux de l’autoroute 10. On se penserait à certains endroits dans un chemin de brousse, voire dans un champ miné. L’annonce faite par la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet et le ministre fédéral des Travaux publics, Christian Paradis, le 16 février dernier d’investissements massifs est une excellente nouvelle. Notre système routier est un des leviers importants de notre économie.

Depuis l’effondrement du viaduc de La Concorde, rappelons-nous, qui a fait cinq morts et six blessés le 30 septembre 2006, le gouvernement a pris au sérieux l’urgence de la situation; un remède de cheval s’imposait à notre réseau en piteux état. Mais il aura fallu malheureusement des morts et des blessés pour que les choses bougent. Depuis fort longtemps, les usagers exigeaient que l’on assure un meilleur entretien de nos routes cahoteuses. Le rapport de la Commission Johnson a pointé du doigt des failles majeures dans la gouvernance du système routier et souligné un certain laxisme gouvernemental. Le contexte de récession économique impose, selon les experts, comme solution de relance un investissement majeur dans les infrastructures pour maintenir l’emploi et stimuler l’économie. Il paraît que c’est le bon temps de remettre le monde à l’ouvrage sur nos routes!

Le Québec moderne a pris un essor incroyable dans les années 60: autoroutes, voies rapides, gratte-ciels, polyvalentes, etc. C’était le boum économique d’un Québec ouvert sur le monde, tout était à construire! Les projets d’envergure de cette période d’effervescence économique dotaient le Québec d’un nouveau réseau d’infrastructures routières inégalé depuis. Le béton coulait à flot, l’argent aussi. La Suisse de l’Amérique du Nord s’affirmait à tous les points de vue, béton y compris. On peut se demander aujourd’hui si toutes les réalisations de ces infrastructures publiques étaient soumises à des règles strictes de construction et à des inspections périodiques et sérieuses. Ne l’oublions pas, le Québec est en pays nordique!

Il est vrai que le Québec s’étend sur un vaste territoire, pas facile de suivre tout cela, de tenir la route quoi! L’étendue du territoire, la faible densité de la population, le climat rigoureux et le trafic intense dans les grandes agglomérations en complexifient la gestion. Le réseau routier du Québec comprend pas moins de 185 000 km de routes et 4700 ponts et viaducs. C’est de la route et pas mal de béton! La surveillance et l’administration de ce vaste réseau sont partagées par les autorités provinciales, fédérales, municipales et dans certains cas, par des sociétés gouvernementales. Vous imaginez déjà la complexité de cette gestion et surtout de la participation financière souvent attendue de chacune des parties. Pas facile de s’entendre! Selon le Ministère des Transports du Québec, la valeur à neuf des infrastructures routières sous sa responsabilité, dans l’ensemble de la province, est estimée à plus de 30 milliards de dollars.

Il est à noter que des changements sociaux, économiques et d’habitudes marquent l’évolution d’une société. Le Québec n’est plus le même depuis la mise en place des grands réseaux routiers il y a quarante ans. À titre d’exemple, depuis 15 ans, le nombre de véhicules de promenade a augmenté de 68% et le nombre de camions lourds de 34,5%. Cela fait du monde sur la route et l’augmentation croissante du trafic lourd sur nos routes pose des défis colossaux. L’état lamentable de nombreux axes routiers s’explique en grande partie par l’inertie des gestionnaires en présence. La sécurité des usagers doit primer et l’accès à un réseau de qualité permet un développement précieux de notre économie.

Nous le savons bien, l’aggravement de la chaussée de certaines routes est dû aussi, en grande partie, à la violation de la charge légale de certains routiers lourds. La charge légale par essieu est passée de huit à dix tonnes dans les années 1970. Les infractions sont nombreuses à ce chapitre et les camionneurs utilisent souvent des routes secondaires afin d’éviter les postes de contrôle. Là aussi, il y a un manque flagrant de surveillance. Qui paie la note?

L’annonce récente des grands chantiers dans la région métropolitaine, les échangeurs Turcot et Dorval, l’autoroute 25 et la rue Notre-Dame, réjouit bien des usagers. La métropole revivra sans doute l’épisode des grands chantiers des années 60. Il faudra toutefois prendre notre mal en patience, car ces travaux s’étendront sur plus de quatre ans. Comme disait mon père: «On va y goûter pas à peu près!» Des bouchons de circulation, il y en aura pendant des heures et des heures. Il faudra s’armer de patience ou bien se convertir au transport en commun. Encore faudra-t-il qu’il fonctionne, car là aussi, les ratés sont nombreux. Comment se fait-il que Montréal n’ait pas encore une route de contournement? Elle est l’une des seules grandes villes nord-américaines à ne pas offrir cette voie aux dizaines de milliers d’usagers quotidiens de son réseau.

«Mieux vaut tard que jamais» disent toutefois de nombreux usagers. Le plan de redressement du réseau routier du Québec et l’annonce récente de tous ces investissements sont de bonnes nouvelles, mais l’inertie des gouvernements fait que la note sera plus salée pour les contribuables et qu’elle aura coûté malheureusement des pertes de vie. Dans les vastes plans gouvernementaux cependant, les projets de transports collectifs et moins polluants se font toujours attendre. Il ne faut pas seulement boucher les nids-de-poule et démolir les infrastructures désuètes, mais aussi il faut comprendre qu’une vision d’avenir s’impose dans ce secteur indispensable à la collectivité. Ne faut-il pas plus que du «patchage» d’élections pour apporter sécurité et développement? L’écrivain et chansonnier Pierre-Jean Vaillard disait: «S’il y a tant d’accidents sur les routes, c’est parce que nous avons des voitures de demain, conduites par des hommes d’aujourd’hui sur des routes d’hier.» Des jours pas mal bétonnés en perspective!

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(163) Des machines à sous

20 février 2009 – «Tous les moyens sont bons pour faire de l’argent!» Qui d’entre nous n’a pas entendu cette ritournelle au fil de conversations anodines? Mais nous savons pertinemment que dans la vie de tous les jours, c’est plus que réel. C’est d’autant plus vrai en période de crise économique. Devant le manque à gagner de certaines institutions ou entreprises et même de sociétés gouvernementales ou municipales, la tentation de refiler la facture aux contribuables est plus que grande. En ce temps de récession, tout le monde surveille ses billes et une certaine méfiance s’est installée un peu partout comme une traînée de poudre. Dans bien des foyers québécois et de nombreuses entreprises, on veille au grain! Dans ce contexte empreint d’incertitudes et d’inquiétudes, il est quand même difficile d’expliquer certaines hausses de tarifs que l’on pourrait qualifier d’éhontées.

Le gouvernement provincial avoua enfin ces jours derniers, par l’entremise de sa ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, que le budget du Québec sera déficitaire, que nous retomberons dans le rouge quoi! Ce même gouvernement, à peine majoritairement élu, qui nous avait pourtant claironné sur tous les tons en campagne électorale une stabilité économique hors de tout doute et un budget équilibré, s’apprête à nous refiler certaines factures pas mal salées par des hausses de tarifs dans plusieurs domaines. Nous serons dans le rouge pour de vrai, les amis! À titre d’exemples, le permis de conduire augmentera de 13 $, les tarifs d’électricité, de l’assurance médicaments, du gaz et des loyers seront en hausse aussi en 2009 pour ne nommer que ceux-là. Ce gouvernement voulait être seul sur le volant, mais à quel prix?

Certains spécialistes vous diront que la hausse des tarifs n’a rien à voir avec la crise économique, c’est le cours normal des choses et le Québec avait des tarifs à réajuster. Peut-être, mais pour le commun des mortels, ça ne regarde pas trop bien. Malgré la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole depuis un an, le prix du litre d’essence à la pompe est resté élevé et les compagnies de pétrole continuent d’encaisser des profits plus que respectables. Le prix à la pompe a même connu des hausses soudaines ces jours derniers. Personne ne peut expliquer ces hausses, curieux n’est-ce pas? Entre vous et moi, ce n’est pas le cours normal des choses! Je crois que le lien de confiance entre les automobilistes et les pétrolières est rompu depuis fort longtemps. Plusieurs concitoyens se demandent avec pertinence ce qui se passe du côté des élus au pouvoir qui ont les mains sur le volant. Il me semble qu’en cette période de récession, les pétrolières devraient faire leur effort pour soulager la classe ouvrière. La modération a bien meilleur goût là aussi!

Ce n’est pas tout. Si vous êtes un usager régulier des parcomètres montréalais, vous savez ces petites machines gobe sous, vous n’êtes pas sans savoir que les prix ont doublé depuis trois ans dans la métropole. Les nouveaux parcomètres munis d’une borne centrale où il faut acquitter son montant, un peu compliqué à manipuler en passant, vous gobe royalement un 3$ l’heure pour garer votre voiture. Ce n’est pas donné et selon un récent sondage, 76% des usagers trouvent cela élevé, voire excessif! Ces nouveaux parcomètres sont très discrets puisqu’il est impossible de vérifier le temps qu’il vous reste comme sur les anciens parcomètres à cadran. Si vous quittez avant l’expiration, il est impossible pour un autre usager de compléter le temps déjà payé. Les revenus de ces petites machines à sous pour la ville de Montréal ont augmenté de 17,9 millions. Imposant, n’est-ce pas? Malgré ce bénéfice de 49 millions, disons-le astronomique, il y a autant de nids-de-poule dans la métropole au grand dam des citoyens tannés de faire du slalom dans certaines rues de notre grande ville.

Comme on le sait, par les temps qui courent, le «bas de laine» des Québécois est pas mal étiré, pour ne pas dire percé! Cela devrait nous préoccuper au plus haut point et des réponses claires devraient être exigées des hauts dirigeants de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Pour tous ceux qui ne le savent pas encore, il n’y a pas que les dettes sur vos cartes de crédit qui devraient nous préoccuper en ce temps de morosité économique. Mais oui, il faudra tenir compte de la dette de notre municipalité, celle de notre commission scolaire, celle de notre université, celle de notre hôpital, celle du notre gouvernement, celle sans doute d’un de nos enfants et j’en passe.

Pour plusieurs d’entre nous, ce climat économique nous affecte à divers degrés, et nous essayons de vivre tant bien que mal avec l’argent que nous avons. Pourtant, l’argent ne manque pas, il est toujours là, il ne sait pas volatiliser, mais il ne circule plus comme avant. On le voit bien avec la valse des milliards investis par les gouvernements. La confiance dans le système financier n’est plus au rendez-vous. C’est le nerf de la crise! Par les temps qui courent, les mots de l’écrivain Oliver Wendell Holmes semblent fort à propos:
«Ne mettez pas votre confiance dans l’argent mais mettez votre argent en confiance.»


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(162) Surveillons l’argent de la caisse

17 février 2009 - Par les temps qui courent, les scandales qui secouent le monde financier, c’est le cas de dire, sont monnaie courante. La crise économique mondiale qui bouleverse notre quotidien, nos sécurités et notre «bas de laine», commence à nous irriter et à miner le moral de tout le monde. Imaginez, la Caisse de dépôt et de placements du Québec annonçait ces jours-ci des pertes anticipées de 38 milliards, rien moins! Ses dirigeants, obnubilés par le rendement à tout prix, se sont aventurés dans des secteurs de placements risqués. Pertes colossales! Ne l’oublions pas, les véritables «propriétaires» de l’essentiel de ces fonds, ce sont les Québécois par leurs contributions à la Caisse sous divers titres. En fait, c’est l’argent du peuple amassé péniblement qui s’est perdu, les amis!

Par-dessus le marché, Paul-Henri Rousseau, président et chef de direction démissionnaire, quitte le bateau dans la tourmente, en août dernier, avec une généreuse indemnité de départ pour ses loyaux services. Ce cher PDG a pourtant démissionné et il reçoit un généreux chèque de 378 750 $. Étonnant, n’est-ce pas? Faut-il récompenser maintenant les démissionnaires et par surcroît ceux qui ont mis nos institutions en péril? De nombreuses questions portant sur l’éthique, le sens de responsabilités et même la corruption doivent faire l’objet d’une réflexion profonde au sein de notre système financier. Cette morosité ambiante laisse la population indécise, inquiète et même révoltée devant certains agissements de PDG de grandes sociétés bancaires qui s’accordent des bonis faramineux lorsque l’économie elle-même est en péril. Des situations qui frisent le scandale!

Depuis des mois, les fondements même de l’économie mondiale sont ébranlés et cela profondément. On y injecte milliards après milliards pour relancer la machine, mais jusqu’à ce jour, rien n’y fait. L’économie est en chute libre et dans ce tourbillon descendant des milliers d’emplois sont perdus par le ralentissement économique et la fermeture d’entreprises jadis rentables. Dans cet effondrement, des centaines de dirigeants fraudent et empochent des millions provenant des sommes versées par les gouvernements pour stimuler l’économie en pleine léthargie. Encore là, ce sont les contribuables qui paieront la note. Barak Obama, président des États-Unis, vient de faire adopter, à l’arraché, mentionnons-le, son audacieux et gigantesque plan de relance avec la somme astronomique de 780 milliards de dollars. Devant les scandales provoqués par les sommes versées aux dirigeants des milieux financiers, ce dernier a plafonné leurs salaires. Geste chaudement applaudi par le peuple américain. Il y a une limite après tout!

Le plan de relance d’Obama, du jamais vu dans l’histoire américaine, est tout de même marqué par le scepticisme et le doute. Même avec ces milliards, rien n’est garant de succès! Nous le savons bien, l’injection de sommes, aussi astronomiques qu’elles soient, n’est qu’un cataplasme s’il n’y pas un changement majeur dans le système financier international. Le malaise est plus profond, il soulève des questions fondamentalement éthiques et remet de l’avant la lutte à la corruption larvée dans certaines institutions étatiques et financières de renom. La corruption, c’est le cancer qui ronge de l’intérieur l’économie d’un pays. Sans un sérieux remaniement du système financier international, un frein aux invasions fiscales dans les paradis fiscaux, un ajustement dans la rémunération excessive des gérants d’institutions financières, une tolérance zéro dans la corruption dévastatrice qui s’installe de plus en plus dans nos économies, on ne s’en sortira pas. Les Vincent Lacroix dit Norbourg, Conrad Black, Bernard Madoff de ce monde continueront de frauder les petits épargnants et de parader impunément en évoquant leur innocence.

La corruption! Un mot que l’on associe d’emblée aux pays en voie de développement ou en émergence. Bien non, la corruption n’est pas l’apanage de quelques contrées éloignées, elle a pris racine dans nos propres institutions et gouvernements. Ce fléau grandissant, qui n’épargne aucun pays, a bien cours dans nos sociétés démocratiques et riches, elle affecte la confiance même en notre économie et endigue son développement. Sur le plan international, elles sont légion les affaires de pots-de-vin qui ont ébranlé ces derniers années la France, l’Italie, les États-Unis et plus près de chez nous, il s’agit d’évoquer le fameux scandale des commandites. Toutes les économies du monde sont vacillantes et fragilisées en cette période de tumulte économique. Les bases même de cette économie de marché sont fissurées et la majorité des investisseurs, voire des consommateurs, n’osent plus investir dans ce panier sans fond.

Selon Huguette Labelle, présidente de Transparency International, «Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie et de mort, lorsque, par exemple, elle touche aux ressources destinées aux hôpitaux ou aux réseaux de distribution d’eau potable.» Plus le niveau de corruption est élevé dans un pays, plus la situation humanitaire est désastreuse. En fait, les pays les plus pauvres de la planète sont bien souvent les plus corrompus. Nous n’avons qu’à penser à des pays comme Haïti, le Soudan, l’Afghanistan qui obtiennent les indices de corruption les plus élevés du monde. La pauvreté et les conflits sont de formidables vecteurs de corruption et les pays riches ne sont pas en reste par le biais du commerce international. Le Canada toutefois s’en tire assez bien puisqu’il se classe en neuvième position sur 180, soit parmi les pays les moins corrompus sur la planète.

La globalisation de nos vies nous place dans une interdépendance quotidienne. Lorsque le profit à tout prix devient la devise des entreprises et des gérants des institutions financières, le monde est bien mal enligné. Sans une transparence accrue de nos institutions financières dans lesquelles les investisseurs et les petits épargnants y mettent leurs avoirs, nous ne pourrons jamais rétablir le climat de confiance nécessaire à la relance. Transparence, intégrité, responsabilité et sincérité devraient devenir les mots d’ordre de ceux qui gèrent nos pays et nos économies. Ce sont sans doute les bons ingrédients d’un vaccin anti-crise efficace.

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(161) Des jeunes qui décrochent…

12 février 2009 - « Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école? » chantait la pétillante France Gall. On sait tous que Charlemagne n’a pas vraiment inventé l’école! Si l’on en juge par les statistiques du décrochage scolaire, les jeunes québécois semblent soulever réellement la question de la pertinence ou du succès de l’école actuelle. Elle est devenue bien secondaire pour plusieurs d’entre eux. Cette école, sans cesse remodelée au fil des ans, ne réussit pas encore à conduire l’ensemble de ses usagers au diplôme terminal du secondaire. Les dernières statistiques du décrochage scolaire, publiées cette semaine, sont alarmantes pour le Québec. Le décrochage est même en expansion et il atteint les 29%. En fait, trois étudiants sur dix ne terminent pas leurs études dans ce Québec high-tech. Que se passe-t-il chez nous après toutes les sommes investies et les réformes successives? L’école serait-elle un vaisseau à la dérive, sans gouvernail, sans direction?

Et qui plus est, le Québec affiche la pire performance des provinces canadiennes dans ce domaine, après le Manitoba. Constat alarmant et signe sans doute d’une société en recherche d’équilibre et qui n’a pas su encore canaliser une jeunesse en manque de sens. À ce titre, le taux de suicide demeure toujours une cause très importante de mortalité chez les 15-29 ans qui ne cessent de décroître numériquement dans la province. Les 15-29 ans représentaient 19,7% en 2006 et ne seront plus que 15,7% de la population dans trente ans. Le Québec a prix un coup de vieux et un bon nombre de jeunes ne semblent plus seulement décrocher de l’école, mais de la vie tout court. Pourtant, dans un vaste sondage réalisé par la firme CROP en 2008, les Québécois affirmaient: «L’Éducation. Voilà ce que l’État doit mettre au sommet de ses priorités, car la prospérité passe par les connaissances.» L’État québécois a-t-il échoué dans sa mission?

Cette idée folle, si bien chantée par la légendaire France Gall, qu’elle soit de Charlemagne ou pas, ne semble plus être capable dans sa structure actuelle de mener totalement à bien sa mission fondamentale. On dit souvent que l’on mesure la valeur d’un arbre à ses fruits. L’école de chez nous souffre-t-elle de cette maladie que l’on appelle communément «structurite»? Tout n’est pas noir dans le milieu éducatif, loin de là. Mais ces statistiques suscitent chez moi des questions encore plus fondamentales qu’il faut se poser lucidement. L’école est une idée folle certes, je dirais même géniale. Ce sont les hommes et les femmes de chez nous, engagés dans ce système qui incarnent cette école, la font évoluer. Il est clair que les parents doivent y jouer un rôle fondamental. Ces derniers ont beau affirmé que l’éducation est une valeur prioritaire, il faut tout de même être cohérents et supporter cette mission éducative. Les Québécois ont parfois la tentation de se rallier à l’adage suivant dans la transmission de leurs valeurs: «Faites ce que je dis, mais pas toujours ce que je fais». Une question de cohérence quoi!

En parlant d’école, il faut peut-être s’interroger sur ceux qui la fréquentent. Qui sont les jeunes d’aujourd’hui? Portrait plutôt difficile à faire pour ceux qui vivent à l’écart des milieux éducatifs et récréatifs. Notre immense Québec, riche de lacs et de rivières, a-t-il fait une réelle place de choix à ses enfants? Tout le monde le dit, la province a pris un coup de vieux! Et nos vieux rêvent de rester jeunes, d’être «cool au boutte et longtemps»! On peut se demander aussi si la vague des baby-boomers qui prendront massivement leur retraite ces années-ci n’ont pas décroché quelque peu, voire beaucoup, de leurs responsabilités. Les mutations profondes de notre société depuis quelques décennies ont fait sauter, il me semble, quelques mailles importantes dans le tissu social québécois. II y a au cœur de notre vécu sociétal une certaine fracture avec notre histoire, nos points de repères, nos valeurs, notre identité commune. Nous sommes en quelque sorte dans une culture de doute, rien n’est plus pareil et tout apparaît incertain. Il appert qu’il est difficile de frayer son chemin dans le continuel incertain.

Nous vivons dans une société où la jeunesse et ses caractéristiques sont presque une obsession. On a fait de l’adolescence un lieu de refuge et non de passage. Devenir un adulte, c’est vivre un passage vers la maturité, l’autonomie, la prise de responsabilités. Dans une société où tous les adultes aspirent à une éternelle jeunesse, qui sont les vrais jeunes? L’adolescence ne fait plus que durer! Dans les sociétés traditionnelles, la jeunesse se limitait à deux ou trois ans. Ce rite de passage a atteint dix ans dans les années 70 et 80 et maintenant, selon les spécialistes, elle couvre presque quinze ans. Un bon nombre de jeunes ne décollent plus!

Il n’y a plus ces rites de passage comme jadis qui, sorte de marqueurs, soulignaient la transition à l’âge adulte. Dans un monde de super consommation où l’univers des jeunes est entouré d’innombrables gadgets de toutes sortes, les questions du sens et de la direction se posent inlassablement. Souvent la proie d’arnaqueurs et de prédateurs de la publicité, les jeunes sont parfois et fréquemment les victimes d’usurpateurs d’identité qui leur vendent un monde éphémère et illusoire. Dans cette société habitée par le doute et l’incertitude, 30% des jeunes de chez nous ne réussissent pas à terminer l’école secondaire et plusieurs d’entre eux se retrouvent seuls, fragilisés et marginalisés. Nous le savons bien, études à l’appui, que ces derniers seront plus à risque: précarité de l’emploi, aide sociale, ennui de santé.

L’école ne peut pas tout faire! On ne peut demander à cette institution du savoir de remplacer les parents. Ce n’est tout de même pas une grande garderie publique. Il y a une prise de responsabilité importante des adultes dans le présent et l’avenir des jeunes d’aujourd’hui. Il importe, il me semble, dans cette société aux allures bigarrées et en recherche d’équilibre, de favoriser des liens intergénérationnels signifiants et cela de façon créative. Les jeunes de chez nous ont un immense besoin de rencontrer sur leur route des éducateurs et des adultes inspirants pour qui la parole donnée a un sens et une cohérence, pour qui le geste posé suscite le goût de vivre et de prendre des responsabilités. Le destin d’un pays, d’une nation dépendra toujours de l’éducation de son peuple. En éducation, l’avenir se conjugue déjà au présent.

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(160) Nicolas le conquérant!

9 février 2009 - Nicolas Sarkozy, vous connaissez? «Oui, oui, Sarko, le président qui fait mouche ici et là.», déclara un jeune intello à son vieil ami attablé dans un chic resto où j’étais invité. Pour faire mouche, il a le style et la fougue ce président français. Il se distingue assez radicalement de ses illustres prédécesseurs assez pompeux et vaporeux. Nicolas 1er, monarque français, ne fait pas dans la dentelle. Assez direct merci, «Il a du punch!» comme on dit souvent chez nous. Les déclarations récentes du Président de l’Hexagone a heurté inévitablement plusieurs milliers de Québécois souverainistes et fait quelque peu pâlir ou rougir le visage rondelet de notre Jean Charest, hissé au rang de Commandeur de la Légion d’Honneur. C’était le 3 février dernier dans les magnifiques salons de l’Élysée où l’on accueillait pour la circonstance un gratin de personnalités triées sur le volet, comme il se doit. Légion d’Honneur oblige!

Nicolas Sarkozy surprend, étonne et heurte! Il n’est pas à sa première déclaration insolite depuis son arrivée à l’Elysée le 16 mai 2007. Ce fils d’un immigrant, issu d’une prétendue petite noblesse hongroise, et d’une jeune parisienne, devenait à 52 ans le 23e président de la République. Il succédait au flegmatique Jacques Chirac dont l’usure du pouvoir avait fini par donner à la France une image sclérosée, fade et fatiguée d’elle-même surtout. Ce petit bout d’homme par sa fougue, son enthousiasme et sa vision, a décidé de rompre radicalement avec la manière même de diriger de ses prédécesseurs qui ont façonné, au cours des dernières décennies, cet espace géopolitique d’environ soixante-six millions de francophones.

Depuis son élection, c’est clair et évident que le style a changé, mais ne seraient-ce que des coups d’épée dans l’eau ou du simple tape-à-l’œil? Une présidence de rupture pour cet ex-maire de Neuilly-sur-Seine qui, de sa taille d’un mètre soixante-trois dit-on, voit grand, plus grand que son pays, et par ricochet pour lui-même. Depuis son entrée en fonction, nous l’avons vu et revu sur toutes les tribunes internationales avec son style fougueux, son discours parfois sans compromis et quelque peu simpliste. Tel un Rocky Balboa sautant dans l’arène du monde pour dire que son pays ne sera plus dans l’ombre et que la France tiendra sa place comme il se doit sur le ring des grands débats internationaux qui secouent la planète. Il faut le reconnaître, il a d’emblée du caractère et est habité d’un certain opportunisme ce jeune Sarkozy.

Globe-trotter aux allures d’un kangourou australien, il saute dans le concert des nations en proposant à ses interlocuteurs des alliances stratégiques et comme il sait si bien le faire, des solutions coup-de-poing. Pensons à sa première visite au Sénégal en juillet 2007 où son discours troubla quelque peu les Africains quant à leur rôle dans l’histoire du monde; son implication hâtive et sa collaboration avec George Bush, dans l’organisation de la rencontre historique de janvier dernier à New York sur la crise économique mondiale qui n’a pas encore accouché de solutions concrètes; son engagement quelque peu ambigu dans les dossiers d’Ingrid Betancourt, otage des FARC, et celui des infirmières bulgares prisonnières en Libye; à ses positions assez fermes dans les dossiers de l’Afghanistan et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là. Surnommé par plusieurs de «petit caporal», Sarkozy a ébranlé et dépoussiéré une France empesée et apathique qui se traînait un peu les pieds. Ce qui ne suscite pas nécessairement, vous en conviendrez, l’unanimité dans son entourage immédiat et dans la population.

Au plus bas dans les sondages, il y a à peine un an, son accession à la Présidence de la Communauté Européenne lui donna un peu de souffle, du prestige même et lui permis de marquer encore des points au grand dam de la rivale circonspecte de la France, l’Allemagne. En décembre 2008, le Time Magazine le classait au troisième rang des personnalités de l’année, puis le magazine Newsweek fit de même à titre des personnalités les plus puissantes du monde en 2009 après Barack Obama et Hu Jintao, il va sans dire. Quoi qu’il en soit, les interventions semées à tout vent par ce président plutôt remuant sur la scène internationale ne laissent personne indifférent. La récente déclaration de Nicolas Sarkozy dans les lumineux salons de l’Élysée sur le Québec met fin à la traditionnelle neutralité française dans le débat canadien. Nicolas 1er a fait son choix, il opte pour le Canada uni et lance un coup de Jarnac au mouvement souverainiste en traitant celui-ci de sectaire.

Jamais, depuis le célèbre cri de liberté lancé du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, un président français ne s’était mouillé autant dans le débat sur la souveraineté du Québec. À son arrivée à l’Élysée, Sarkozy prônait une rupture avec ses prédécesseurs et bien, il l’a clamée haut et fort dans le cas du Québec! Selon lui, le Canada uni a plus d’avenir et malencontreusement ses déclarations surprenantes ont été faites sous le couvert de l’insulte en regard du mouvement souverainiste en l’accusant de pratiquer du «sectarisme», de l’«enfermement sur soi» et de la «détestation» de l’autre. Déclarations sans précédent, au côté d’un Jean Charest pour le moins mal à l’aise, quasi muet et qui n’a pas su vraiment être un homme d’honneur devant ces propos d’ingérence flagrante. Les propos, disons-le maladroits, de Nicolas Sarkozy affectent, peu importe nos options personnelles, deux millions de Québécois souverainistes qui comptaient sur une amie de toujours, la France.

Il est vrai que Nicolas Sarkozy a droit de dire ce qu’il pense sur son territoire, de remettre des médailles et des honneurs à qui il veut bien; après tout, il en est le chef incontesté de la France, mais pas celui du Canada, ni du Québec. Il y a toutefois des propos qui demandent, selon la sagesse populaire, de tourner la langue sept fois avant de parler. De la retenue quoi! Cette petite tempête dans le milieu politique québécois ne passe pas inaperçu et aura sans aucun doute des rebondissements au cours de 2009. Nicolas Sarkozy, ce conquérant quelque peu bagarreur, continue d’attirer une admiration certaine sur la scène internationale, de soulever ici et là quelques vagues sur son passage. Il semble surfer avec plaisir sur tout. Mais les vagues sont peu de choses en regard des océans. Ce que les peuples attendent en ce temps de morosité pour certains et de recherche identitaire pour d’autres, c’est un vague d’espoir afin de voguer plus harmonieusement dans le respect et la reconnaissance des choix de chacun. Que nos élus s’en souviennent!

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( 159 ) Des ruines de Gaza

5 février 2009 - Aux infos de fin de soirée, je reste saisi par l’image d’un Palestinien fouillant dans de lugubres décombres à la recherche de quelque chose d’intact ou de vivant peut-être. Images vues tant de fois au grand écran dans des films de la seconde guerre mondiale. Et pourtant, cette fois-ci, c’est bien en février 2009 que cela se passait! Accalmie depuis quelques semaines dans une des régions les plus explosives du monde, Gaza, coin de terre devenu un enfer. Lors des bombardements de janvier dans la bande de Gaza, territoire étroit situé au sud-ouest d’Israël, l’artillerie lourde israélienne n’a rien laissé au hasard. D’innocentes victimes civiles ont péri au nom d’une prétendue sécurité nationale prônée haut et fort par l’auteur de cette horreur inqualifiable. Triste décor, réalité inconcevable, bourbier infernal!

Sur un fond de cessez-le-feu fragile, la vie quotidienne tente de reprendre son cours sur ce territoire palestinien, l’un des plus densément peuplé au monde, où l’on compte encore les morts et les blessés; cela dépasse horriblement les milliers. Selon les Nations Unies, le bilan des victimes des vingt-deux jours de frappes est très lourd. Côté palestinien, l’on dénombre au-delà de 1 300 morts, dont une majorité de civils et plus de 5 300 blessés. Côté israélien, il y aurait trois civils et dix soldats tués. Rien ne sera plus pareil pour ces gens innocents qui ont tout perdu, même ce qui leur est plus cher au monde, le fruit de leur propre sang. Des familles sont décimées, brisées, ruinées. C’est ça la guerre, rien de moins!

Ces jours-ci, deux cent mille enfants palestiniens ont repris péniblement le chemin des écoles, trouées et délabrées, après ces trois semaines intensives de bombardements; plusieurs d’entre eux sont malheureusement devenus orphelins. Depuis soixante ans, Israël a gagné toutes les guerres qu’elle a menées avec détermination, mais elle n’aura jamais gagné le plus important, la paix. Cette paix qui est durable, féconde et qui donnerait espoir à un peuple tourmenté. Imaginez, soixante ans en conflits perpétuels, c’est presque devenu une seconde nature; une culture de méfiance, de haine et de violence s’est installée.

La paix aura-t-elle une chance en 2009? L’arrivée d’un Barack Obama changera-t-elle la donne en cette année où tout semble s’effondrer sur le plan économique? L’espoir d’un monde nouveau va-t-il prendre naissance dans ce monde aux disparités effarantes? En fait, le monde est déjà plus pacifique qu’il y a vingt ans. Depuis les années 90 jusqu’à ce jour, il y a 50% moins de guerres dans le monde. Il reste encore une quinzaine de conflits tenaces qui sont, somme toute, sont moins meurtriers qu’il y a vingt, trente ou quarante ans. Mais c’est encore beaucoup trop!

Nous avons l’impression, avec les chaînes continues d’informations, teintées de sensationnalisme, que rien ne va plus sur cette terre et que nous sommes au bord d’un cataclysme mondial. C’est vrai que, par les temps qui courent, l’optimisme ne triomphe pas, même chez nous. Il n’y a rien à claironner, mes amis! La récession s’enracine de plus en plus dans le vif de nos réalités quotidiennes et commence à bousculer nos sécurités que l’on croyait bétonnées. Eh bien non, nos vraies sécurités ne seront jamais à l’extérieur de nous-mêmes. Notre plus grande richesse prendra toujours sa source au fond de nous-mêmes. L’éprouvante instabilité économique nous obligera plus que jamais à cerner nos essentiels.

Pendant ce temps, la dépouille du jeune soldat Sean David Grennfield est rentrée tôt cette semaine à la base de Trenton en Ontario. Ce jeune ingénieur de combat, basé à Petawawa, a été tué le 31 janvier lorsque son véhicule blindé a touché un engin explosif à l’ouest de Kandahar en Afghanistan. Il n’avait que 25 ans! Sa disparition porte au nombre de 108 les Canadiens, morts en cette terre aride et véritable guêpier pour les forces militaires occidentales. Cette guerre est une bombe à retardement, un point c’est tout.

J’imagine un peu le drame que porte une telle nouvelle au sein de la famille Grennfield. En repassant l’image des infos dans ma tête, j’imaginais la maman Grennfield accueillir les restes mortels de son jeune fils. Bouleversant! Il y a quelques années, j’ai prononcé l’homélie lors des funérailles de mon jeune cousin Léonce trouvé mort dans son appartement. Il s’était suicidé laissant orpheline une petite fille de sept ans. Devant l’urne près de la balustrade, il y avait un petit mot de Sandrine : «Je t’aime tellement papa!» Je ne puis m’empêcher alors de verser une larme sachant que jamais Léonce ne verrait plus sa petite fille gambader et lui tenir la main par les bouts de ses doigts. Jamais plus les Grennfield pourront rire, célébrer avec leur fils Sean, encore moins lui tenir la main.

Dans la bande de Gaza, c’est une réalité quotidienne que vivent des dizaines de familles palestiniennes fortement éprouvées. Le cœur n’est plus à la fête et c’est par centaine que l’on compte les morts. En cette Semaine du développement international où l’on souligne les milliers de Canadiens qui, par le biais d’organismes ou individuellement, s’engagent à rendre notre monde meilleur, nous sommes en droit de nous interroger sur les choix de nos élus sur la scène internationale. Développement ou engagement militaire? En pensant aux drames vécus à Gaza ou en Afghanistan, je me suis rappelé cette repartie du romancier français Tristan Bernard: «Vous allez voir qu’un jour on va nous déclarer la paix et que nous ne seront pas prêts.»


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(158) Trois mois de plus!

3 février 2009 - Adieu cher mois de janvier! Tu fus assez hivernal merci! Tu nous auras apporté encore des chutes de neige fort abondantes et évidemment ta petite vague de froid légendaire. Janvier n’aura pas trahi sa réputation en gardant sa rigueur et ses soubresauts climatiques, de quoi faire rager nos super spécialistes du déneigement toujours débordés et empêtrés à souhait dans les recoins de nos grandes villes. Et que dire de la population prise en otage dans cette masse de glace et de neige? Pourtant, tous les météorologues et les environnementalistes nous affirment à coup de statistiques catastrophiques que le réchauffement climatique fait son œuvre et que les banquises du Grand Nord fondent à vue d’œil. «Un peu sceptique mon cher Watson?» dirait l’excentrique détective Sherlock Holmes.

Entre vous et moi, j’ai l’impression que nous aurons encore besoin de nos bonnes vieilles chaussettes de laine pour un petit bout temps. Pendant que j’écris ces mots, il me revient à la mémoire ces quelques paroles de la chanson à répondre «Si tu vas au ciel»: «On dit que l’hiver (bis) C’est bien plus chaud (bis) En bas de laine (bis) Qu’en bas d’zéro!(bis) Aiao, aiao...» Dire que dans trois mois à peine, le printemps se pointera le bout du nez avec son soleil plus ardent et son désir irrésistible de prendre vie. Patience car trois mois, ce n’est pas si long! Toutefois, en trois mois, il peut s’en passer des choses dans cet immense pays aux allures d’un continent à la recherche incessante d’un fil conducteur et unificateur. Mon pays, c’est plus que l’hiver!

Tout bouge autour de nous et en cette période de l’incontournable récession, chose certaine, ça dégringole vers le bas. Dans cette économie en chute libre, rien de bon pour remonter le moral des troupes! À force de nous rebattre les oreilles dans les infos que ça va de mal en pis, on va finir par se faire mal pour de vrai. «Il ne faudrait surtout pas qu’une élection fédérale nous tombe dessus.» me disait un collègue plutôt de tempérament taciturne. C’est vrai que ce n’est pas rose par les temps qui courent, mais tant que le climat de confiance n’aura pas repris son droit de cité, la ferveur populaire des consommateurs quoi, on restera coller au fond du baril! On verra sans doute plus clair dans les trois prochains mois et on pourra juger de quel bois il se chauffe ce jeune président Obama, déjà parvenu au rang de super star! Faites un tour sur le Web et sur You Tube, vous en aurez plein la vue!

Trois mois de plus, cela peut changer la donne, voire chambouler une vie! Le journal La Presse vient de publier un excellent dossier intitulé «Vieillir cool» En cette période d’incertitude serait-ce le temps de prendre ça cool? Il paraît que les baby-boomers, la génération qui affirme trop souvent avoir tout inventer et malheureusement pas mal tout garder pour elle, ont décidé de repousser pour de vrai les limites de la vieillesse. Il y a une certaine jeunesse viscérale dans ces fils et filles de la Révolution tranquille. Ils ont du tonus ces réputés experts de l’hédonisme! En fait, ils ont déjà tout expérimenter ou presque. Voilà qu’un autre grand chantier s’ouvre à ces bâtisseurs du Québec moderne, récession ou pas : briser les tabous qui collent à la peau des «p’tits vieux»!

C’est vrai, tout le monde veut rester jeune, alerte, cool quoi! Nos baby-boomers qui arrivent massivement à l’âge de la retraire sont prêts à envahir les pistes de ski et de danse, à s’élancer à la découverte de contrées inconnues et familières, à garder une petite occupation tout en s’engageant au mieux-être de leur propre vie. En fait, de jeunes retraités débarqueront massivement du marché du travail pour vivre intensément de nouvelles conditions de vie et de nouveaux défis.

Les statistiques le démontrent sans équivoque, on vieillit plus longtemps non seulement dans les pays occidentaux, mais partout sur la planète. En ce début février 2009, la planète compte près de 6,8 milliards d’habitants et l’on envisage, selon les chiffres avancés par l’ONU que la population continuera de croître jusqu’en 2075 pour atteindre un maximum historique de 9,2 milliards d’habitants, avant de se stabiliser, ou bien d’exploser ou d’imposer, selon l’indice de fécondité. Depuis plus d’un siècle et demi, l’espérance de vie dans les pays occidentaux augmente semble-t-il de trois mois chaque année. Faites le calcul, cela vaut le coup; dans quatre ans, vous aurez gagné un an de plus; dans douze, vous voilà avec quatre de plus et ainsi de suite. En fait, c’est simple, plus tu vieillis, plus tu deviens vieux!

Avec trois mois de plus par année, quatre-vingt-dix jours en boni, qu’est-ce que je vais bien faire de tout ce temps? Comme des milliers de baby-boomers, à la veille de plonger dans la grande liberté de leur retraite, prendre ça cool! Entre vous et moi, avec un peu d’argent, cela ira sans doute un peu mieux! J’ose espérer que la récession économique prendra ça cool aussi! Benjamin Franklin disait: «L’oisiveté est comme la rouille; elle use plus que le travail.» Un peu d’antirouille avec ça?


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(157) Chaussure à son pied!

30 janvier 2009 - Le voilà enfin le fameux budget fédéral en situation de crise! Au fil des jours qui ont précédé sa présentation, de nombreuses fuites, volontaires et stratégiques, du gouvernement Harper, ont permis aux Canadiens de connaître avant son dépôt les grandes orientations de ce budget tant attendu. La livraison même de cet énoncé économique détonne par rapport à celle du dernier budget de ce gouvernement minoritaire, toujours en sursis. Il étonne d’abord par l’attitude même du parti au pouvoir et aussi par les mesures costaudes mises en place pour protéger, voire sauver l’économie canadienne de l’effondrement. Tout un pari en ce temps de morosité économique et de tensions politiques!

Jusqu’à la crise parlementaire qui a secoué le pays pendant deux semaines en décembre 2008, le gouvernement Harper avait fanfaronné en majoritaire à la Chambre des communes et cela avec une certaine intransigeance souvent mal habile, voire provocatrice. Il y a encore de la philosophie réformiste qui suinte chez ce Calgarien d’adoption de 49 ans devenu le 39e Premier Ministre du Canada pour la première fois le 23 janvier 2006. Les rebondissements de la coalition des partis d’opposition, en vue de chasser les conservateurs de Stephen Harper du pouvoir il y a peine quelques semaines, ont ébranlé l’assurance même du gouvernement en place et fragilisé le climat de confiance de ce parlement. La politique canadienne ne finit plus de nous surprendre par ses suspens ininterrompus.

Stephen Harper a changé, du moins apparemment. Nous sommes peu habitués à cette attitude et à cette image conciliantes des derniers jours chez cet homme de l’Ouest. Démocratie et crise économique obligent; le gouvernement en place ne peut plus jouer à l’autruche et dire que la récession ne nous affectera pas tellement. Elle a pourtant commencé à miner durement plusieurs régions du pays par des mises à pieds massives et des fermetures d’usines. Le Canada est en récession et le gouvernement se devait aussi, à l’instar des autres pays développés de la planète, d’annoncer des mesures salvatrices en faveur de l’économie canadienne. Pour l’annonce de son budget, le ministre Jim Flaherty a troqué ses souliers de salon contre une paire de chaussures de travailleur solidement attachée. Le symbole était frappant!

Le Canada marchera au cours de 2009 sur un terrain accidenté, miné par cette crise économique, qui bouleversera sérieusement la vie quotidienne de la population et des entreprises canadiennes. Jim Flaherty le savait bien et il devait gagner son pari en faisant une plus grande place aux investissements dans des mesures sociales et dans la réduction des impôts des contribuables. Le gouvernement Harper n’avait pas le choix d’écouter les partis de l’opposition et de s’arrimer aux plans de relance de ses homologues du G7. Il faudra être bien chaussé pour entreprendre cette marche ardue qui plongera à nouveau le pays dans un déficit récurrent. On parle ici de milliards, de milliards et de milliards. C’est gros un milliard! Il faut dire que nos voisins du Sud nous ont pas mal habitués depuis des mois à ce mot «milliard» devenu monnaie courante dans notre langage journalier et notre imaginaire collectif. Rien de réjouissant à l’horizon pour Stephen Harper, le conservateur, qui tôt ou tard en 2009 se retrouvera pour une troisième fois devant l’électorat. Gagner du temps, voilà son pari!

Ce budget de relance économique prévoit quarante milliards d’investissements, réparti sur deux ans. Cela aura pour effet, malheureusement, de nous plonger pendant au mois cinq ans dans un déficit difficile à chiffrer. Selon le ministre des finances, nouvellement chaussé pour l’occasion, le Canada demeure toutefois en meilleure posture que bien d’autres économies développées dans le monde et «ces mesures permettent de rétablir la confiance et de favoriser l’octroi de prêts. Elles inciteront les entreprises à continuer d’investir, de prendre de l’expansion et de créer des emplois». Dans le contexte actuel, aucune boule de cristal ne peut prévoir l’allure des économies canadienne et mondiale tellement tout est entremêlé. Nous avons l’impression de vivre plusieurs récessions en même temps et personne ne sait sur quelle ficelle tirer pour nous sortir de ce marasme.

Dans ce budget 2009-2010, le gouvernement Harper aura saupoudré plusieurs milliards dans les différentes sphères de la vie canadienne. Les parents pauvres demeurent sans contredit l’environnement et la culture. En cette période d’incertitude économique, ce budget tant attendu par les Canadiens ne plaira certes pas à tout le monde. Cependant, l’investissement imposant du fédéral dans l’économie canadienne aura le mérite de sécuriser les contribuables et de donner un peu de souffle à une économie qui commence à battre de l’aile.

L’équipe libérale de Michael Ignatieff a décidé d’appuyer ce budget, au grand dam des autres partis d’opposition, en exigeant toutefois des rapports périodiques sur ce plan de relance économique. Pas trop exigeant le nouveau chef libéral! Le grand gagnant de cette opération budgétaire, c’est bien Stephen Harper. Par leur appui au gouvernement conservateur, les libéraux viennent de sonner le glas à la fragile coalition signée par le trio d’opposition Stéphane Dion, Gilles Duceppe et Jack Layton. Le nouveau chef libéral déterre à nouveau la hache de guerre entre les partis de l’opposition au grand soulagement d’un Stephen Harper qui gagne ainsi du temps, respire un peu mieux et sourit déjà devant les querelles partisanes à venir de l’opposition.

Terminé les surplus! De 1998 à 2007, le Canada avait engrangé des sommes faramineuses. Il doit maintenant se frayer un chemin dans le rouge sans trop handicaper son avenir et celui des Canadiens. Somme toute, le pays s’en tire toutefois assez bien malgré les prévisions alarmistes du FMI. Comme on dit souvent: «Quand on se compare, on se console!» Sans perdre l’équilibre, notre super ministre des finances Jim Flaherty aura tout de même trouvé dans ce budget chaussure à son pied.

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( 156 ) Le vrai « Match des Étoiles »

27 janvier 2009 – Fin de semaine enivrante pour les fans de hockey! Montréal s’est transformé en un immense show enlevant pour le 57e Match des Étoiles! Comme des vedettes rock, les électrisants joueurs de la LNH ont défilé brillamment et exhibé leur savoir-faire sur l’immense scène du Centre Bell aménagé pour cet événement grandiose. Les irréductibles fans et les nombreux sympathisants de notre sport national étaient au rendez-vous et, évidemment, la fête était à son comble. Qui se serait tenu à l’écart? Il y avait de l’émotion dans l’air, l’atmosphère était à son paroxysme! Le hockey, nous avons cela dans les tripes depuis notre tendre enfance. Nous en sommes imprégnés, contaminés malgré nous, mais pas nécessairement des inconditionnels de ce sport. Après tout, ce sport a évolué au fil du temps; ce n’est plus le hockey de l’époque du «Rocket» Maurice Richard ou encore de Jean Béliveau. Autre temps, autres mœurs!

C’est vrai que tout change, ou presque, au fil du temps; la manière même de jouer du hockey s’est quelque peu transformée. En regardant au petit écran le tapis rouge se dérouler devant ces 45 vedettes et super héros de la LNH qui débarquaient sur la glace du Centre Bell, sous les applaudissements nourris de la foule, avec évidemment des millions plein les poches, je me suis dit: « Non, ce n’est plus pareil! » Que voulez-vous, je reste nostalgique d’une certaine façon de jouer ou de faire du hockey. Nous le savons trop bien, ce sport et ses protagonistes n’ont pas toujours vogué sous un ciel étoilé au cours des récentes décennies. Le Match des Étoiles 2009 s’est arrêté à Montréal en cette année où nous commémorons le centième anniversaire de l’équipe mythique des Canadiens, nos glorieux quoi!

«Glorieux à bien des égards,» me direz-vous. C’est vrai, il faut reconnaître avec justesse cette période où, avec un peu de talent et du cœur au ventre, tout était permis. Je pense qu’à travers ce siècle marqué par tant d’émotions vécues sur la glace, nous retraçons quelque peu l’histoire vivante et émouvante de ce que nous sommes comme peuple francophone en cette terre d’Amérique. En visionnant la biographie de Maurice Richard – joué assez brillamment par Roy Dupuis, en 2005 – et ses péripéties dramatiques, je revoyais le déroulement de mon enfance et celle de mes proches. J’ai eu ma première paire de patins à Noël 1959, j’avais à peine six ans et je rêvais de devenir ailier droit. Nous n’étions pas riches avec les neuf bouches à nourrir à la maison et je me suis senti privilégié à cette époque de recevoir des patins neufs. Dans ce temps-là, si nous étions parmi les plus jeunes, c’était mon cas, nous n’avions rarement des vêtements ou des objets neufs. On vivait tout naturellement le «passer au suivant». C’était comme ça, voilà tout!

Les religieux éducateurs, qui dirigeaient l’école publique que je fréquentais alors, ne ménageaient ni leur temps ni leurs efforts sur la patinoire; soutane relevée à la ceinture, ils se mêlaient à nous et on ne passait pas toute la partie sur le banc. Dans la mêlée, le froid givrant nos lèvres et nos joues d’enfant, nous avions l’impression d’être au monde, de vivre des moments inoubliables. Ces frères éducateurs, comme on les appelait, étaient un peu nos héros, nos étoiles. C’est grâce â ces hommes généreux, sans prétention, sans millions dans leurs poches, que nous avons appris à nous tenir debout sur des patins et aussi debout dans la vie.

Évidemment, pour nous mettre en forme, il fallait pelleter la patinoire avant de jouer. Tout un sport aussi! Je me souviens qu’on faisait appel à des volontaires pour le maintien de la glace par des séances d’arrosage de nuit. C’était quelque chose de se retrouver en silence à moins vingt sous zéro, enveloppé des vapeurs se dégageant de la glace fraîchement arrosée. Nous étions loin de la super Zamboni d’aujourd’hui. Comme on dit souvent entre vieux amis et avec un peu de trémolo dans la voix: «C’était le bon temps!» Après la séance d’arrosage aux petites heures dans la nuit, nous avions droit à un bon chocolat chaud assorti d’une petite collation. Pour le jeune adolescent de 15 ans d’alors, je me sentais unique au monde, chargé d’une grande responsabilité et jouissant d’une confiance sentie dans une adolescence qui cherchait à s’affirmer et à canaliser ses énergies.

C’était dans les années 60, période où tout se bousculait dans nos manières d’être, de faire le présent et de conjuguer au futur l’avenir de notre Québec aux prises avec l’orientation de sa révolution tranquille. Mais entre vous et moi, j’avais l’impression de jouer vraiment au hockey, oui vraiment! Il y avait quelque chose de mythique qui, à mon humble avis, a quelque peu disparu dans les méandres de l’évolution de ce sport devenu professionnel à outrance. On a dit et écrit souvent que le hockey s’apparentait à une religion chez nous. Ce n’est pas faux à certains égards et deux théologiens, Olivier Bauer et Jean-Marc Barreau, viennent de publier un livre sous le titre La religion du Canadien de Montréal. Sans y parler de religion au sens propre, les auteurs y rapportent les éléments qui revêtent tout de même un caractère religieux dans ce sport national: la piété pour le Canadien, les figures de chefs, les œuvres caritatives de l’équipe, les symboles, etc.

Dans ce grand happening quasi historique de la fin de semaine, les Carey Price, Sydney Crosby, Vincent Lecavalier et bien d’autres ont été accueillis comme des grandes stars. Je ne pouvais que célébrer et revivre ce que des milliers de gens de chez nous ont vécu et vivent encore grâce au hockey joué sur un petit rond de glace dans leur patelin. En fait, les vraies étoiles de ce sport, ce ne sont pas ceux qui défilent sur nos écrans, ce sont ces hommes et ces femmes qui, bénévolement, accompagnent, guident et soutiennent leurs enfants à pratiquer ce magnifique sport, devenu malheureusement inaccessible à plusieurs, faute de ressources humaines et financières, de disponibilité d’espace.

Ces petites lumières scintillant dans la nuit nous rappellent que chaque étoile a une histoire et qu’elle peut inspirer nos vies parfois moroses, en manque de souffle. Il n’en tient qu’à nous de faire partie du vrai Match des Étoiles, qui chaque matin se joue sur la patinoire de nos vies. Bon match et ayons quand même un peu la tête dans les étoiles aujourd’hui!


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( 155 ) « Obama’s dream »

23 janvier 2009 - Émotions, larmes et espoir. C’était mardi matin à Washington! Les États-Unis d’Amérique et le monde assistaient à l’assermentation du nouveau président Barack Obama, un événement historique que tous les analystes du monde entier ont commenté sur tous les tons. Rivés sur leur téléviseur, rassemblés dans des lieux publics devant d’immenses écrans, des millions de personnes ont suivi religieusement cette cérémonie hors de l’ordinaire. C’est comme si le monde, plus particulièrement les Américains, vivait intensément un rêve impossible à concevoir. L’Amérique, terre de contrastes, mais aussi d’exploits, a plus qu’étonné la planète en ce mardi 20 janvier 2009. On trouve de tout dans ces États-Unis de l’impossible!

Joe Dassin, chanteur populaire décédé en 1980, chantait ces mots qui résonnaient en moi lors de ce jour mémorable: «L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai. L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai». Obama, premier Président afro-américain, n’est plus un rêve, il est réalité. L’homme de 44 ans, prêtant serment sur la Bible de Lincoln, devant une gigantesque foule enthousiaste affirmait: « Mais les valeurs dont le succès dépend, le travail, l’honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté, le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c’est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilité… » Nous sommes loin des précédents discours présidentiels quelque peu vaporeux de la dernière décennie. Barack Obama tranche de ses prédécesseurs par un propos senti et profond sur les valeurs fondamentales et la responsabilité de tous et chacun.

C’est un retour à l’essentiel au cœur de cette société éprouvée, où depuis des mois tout semble s’écrouler, et qui se targuait encore sur toutes les tribunes de superpuissance salvatrice. Sans minimiser les problèmes réels auxquels sont confrontés les États-Unis et par surcroît le monde, le charismatique nouveau Président américain a ouvert la longue marche de l’espoir. Il propose une route balisée par des valeurs qui rassemblent, qui donnent aux voyageurs éprouvés, voire en crise, le goût de relever ensemble les défis du présent et de l’avenir. Espoir que le monde sera plus harmonieux, plus respectueux de l’identité de chacun, plus ouvert au dialogue et à la recherche commune de paix. Certains considéreront un peu utopique, l’appel du nouveau Président, disons-le, nouveau gérant du monde!

Il en faudra du courage, de la ténacité pour faire face aux nombreux défis de taille qui déjà habitent les pensées du jeune Obama. Il y a tant de priorités étalées sur le tapis rouge qui le mena officiellement ce mardi à la Maison Blanche. Par où commencer? Le legs de Georges Bush, le mal-aimé, n’est pas reluisant et pas mal piégé. Plutôt que de dénoncer «l’axe du mal» comme son prédécesseur, Obama privilégie «l’axe de la réconciliation et du dialogue». Quel changement de cap! Ce 44e chef de la Maison Blanche n’est pas de la génération des baby-boomers dont la prétention est d’avoir tout créé et inventé et qui, malheureusement, s’est trop attachées à des acquis qui ont fini par s’essouffler, se fissurer. Obama est de la génération «X», patiente, en attente de prendre les rennes et d’y donner un nouveau souffle. Ce changement de garde inspire bien des citoyens de chez nous qui souhaitent ardemment, eux aussi, des dirigeants nouveaux et des élus inspirés, quelque peu allumés quoi! Malheureusement, notre vie politique, canadienne et québécoise, s’est bureaucratisée, sclérosée au fil du temps. Nous n’avons plus chez nous de réels leaders, mais plutôt, selon de nombreux observateurs, de savants technocrates de la politique. Nos élus sont drabes! Y a-t-il encore chez nous des gens capables de nous faire rêver, de nous amener un peu plus loin ou un peu plus haut?

Barack Obama a rappelé, à juste titre, les valeurs et les racines profondes qui ont forgé les États-Unis d’Amérique. Je reste profondément convaincu de cette inspiration pour l’avenir du Québec et du Canada. C’est lorsque nous aurons reconnu avec fierté notre histoire, nos valeurs et nos traditions que nous deviendrons meilleurs. L’éternelle crise identitaire du Québec nous tenaille et nous empêche, plus qu’on peut le pense, de grandir et de s’épanouir. C’est en puisant dans l’essence et la richesse de notre parcours historique, hors du commun, que nous serons capables de façon créative de relever les défis qui se présentent à nous. Nous sommes aussi, vous et moi, des fils et des filles de cette terre d’Amérique où les rêves les plus fous peuvent prendre racine et s’épanouir. L’arrivée de ce nouveau Président est un rappel de ces impossibles rêves qui peuvent devenir une réalité vivante.

Au petit écran, une femme noire de Montréal disait: «Depuis ce matin, le monde a déjà changé.» L’année 2009 est à peine entamée et, malgré le pessimisme ambiant, se lève un doux vent d’espoir. Ce n’est pas banal! «Cela ne règle rien!» me direz vous mais somme toute, nous dispose forcément à regarder le monde autrement et à envisager une approche différente des problèmes, disons-le, colossaux à l’horizon. J’aime croire que, l’«impossible rêve» de la magnifique chanson La quête de Jacques Brel, fera naître de jeunes leaders de la trempe de Barack Obama un peu partout sur la planète. C’est vrai, on ne sait pas ce que ce président, que l’on disait avant son élection d’inexpérimenté, pas assez patriote et dont la politique était trop consensuelle, donnera de bon.

Une chose est certaine, à peine élu, il a déjà suscité un certain espoir à son peuple et un peu de lumière sur le reste du monde ombragé, angoissé et embourbé dans un terrain plus que miné. «L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai…» chantait un certain Joe Dassin, né lui aussi sur cette terre, d’un père immigrant. Ah, cette terre de rêves!

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( 154 ) Félicitations Monsieur le Président!

20 janvier 2009 - Voilà le grand jour pour les Américains et j’ose ajouter, pour le monde! Un jeune homme de couleur d’à peine 47 ans sera assermenté aujourd’hui 44e président des États-Unis d’Amérique et deviendra l’homme le plus puissant de la planète. Événement historique à bien des égards. Depuis son élection le 4 novembre 2008, tout a été dit ou presque sur ce jeune homme venu du fond de l’Illinois dont le seul énoncé de son nom n’évoque rien d’américain. En fait, Barack Obama est un citoyen du monde, bien enraciné dans cette terre d’Amérique où tous les rêves sont possibles! Il en est la preuve vivante! «Yes, we can» disait-il dans son discours au lendemain de sa victoire électorale. Cette marche vers la Maison Blanche est hors du commun.

Serait-ce le début d’une ère nouvelle sur le plan mondial sous l’égide d’Obama? Nul doute que ses origines, ses racines et sa personnalité feront de lui un rassembleur unique. Pour les 40 millions d’Afro-américains, c’est la réalisation du grand rêve de Martin Luther King; pour le 1,2 milliard de la population noire dans le monde, l’espoir renaît. Ce soir, le monde aura tourné une page historique, mais le plus difficile reste à venir pour ce jeune président aux allures d’un JFK. Il a des qualités pour changer entièrement l’image et la dynamique des États-Unis sur le plan international: amplitude du geste, aisance verbale, passion dans le regard et stature. Le climat mondial avait grand besoin d’une bonne bouffée d’air frais.

C’est en train, en empruntant le même chemin qu’Abraham Lincoln en son temps, que Barack Obama et sa famille se sont dirigés vers Washington. Symbole inspirant pour ce peuple qui attend impatiemment un sauveur qui remettra le pays sur les rails de la prospérité. Devant des centaines de personnes réunies à Philadelphie pour le voir partir, le Président élu a fait le vœu de constituer un gouvernement responsable. Il a déclaré :
« Faisons en sorte que cette élection ne soit pas la fin de ce que nous faisons pour changer l’Amérique, mais le commencement et l’espoir pour l’avenir. »

Tous les regards seront tournés ce soir vers cet homme qui incarne le renouveau, l’espoir pour son peuple et le monde. Entre deux et quatre millions de personnes sont attendus pour cette cérémonie historique. Environ 11 000 soldats, 4 000 policiers et des agents de divers services fédéraux seront sur place pour s'occuper de la sécurité. Tout un rassemblement! Il y a beaucoup d’attentes qui pèseront sur les épaules de cet homme filiforme qui, de prime abord, s’est entouré d’une équipe de grands talents. Il en faudra du talent à revendre pour relancer cette Amérique qui sombre dans le marasme économique. Pour les Américains désabusés et au bord de désastre, il est l’unique bonne nouvelle dans un proche horizon. Il en faudra aussi du courage à l’équipe présidentielle pour relever cette société aux prises avec tant d’inégalités et qui ne cesse, malgré ses déboires, de prôner sans retenues son savoir-faire et ses diktats aux dirigeants de la planète. L’ère d’un sain dialogue et d’un désir de compréhension semblent renaître.

J’aime parler de courage dans ce cas-ci, car il en faudra de la fureur de vivre, de la passion et de la détermination à ce jeune Obama pour, selon certains observateurs anxieux, «sauver l’Amérique». Le courage, mes amis, c'est se lever quand tout semble perdu d'avance. Affronter les grands défis auxquels sont confrontés les 306 millions d’Américains ne sera pas de tout repos. Le «Yes, we can» d’Obama aura suscité l’espoir chez nos voisins du Sud. N’a-t-il pas fait naître aussi cette confiance dont a tant besoin notre monde ébranlé par cette récession économique sans précédent qui ne finit plus de nous tourmenter et de détrousser tant de pauvres travailleurs. Il est impossible de relancer un pays sans confiance, sans idéal. Je l’ai déjà dit, on ne soulève pas un peuple avec des signes de piastres. Il faut de la vision, du courage, de la passion!

Barack Obama apporte sans contredit au monde un certain idéal mais, vous en conviendrez, on ne peut y aller sans comprendre le réel et y faire face. Dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le réel viendra bien assez vite. La planète compte près de 6,8 milliards d’humains, près 200 000 personnes naissent chaque jour sur cette terre où certains conflits perdurent depuis des lustres. Les promesses du jeune Président donneront-elles une nouvelle impulsion à cette Amérique à bout de souffle? à cette planète en soif de paix? Souhaitons-le ardemment!

Dans un de ses discours au New Hampshire le 10 janvier 2008, Barack Obama déclarait: «Lorsque nous avons surmonté des épreuves insurmontables; lorsqu’on nous a dit que nous n’étions pas prêts, ou qu’il ne fallait pas essayer, ou que nous ne pouvions pas, des générations d’Américains ont répondu par un simple credo qui résume l’esprit d’un peuple. Oui, nous pouvons souscrire à la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons favoriser les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui nous pouvons réparer ce monde. » Félicitations Monsieur le Président et bon courage!



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( 153 ) Montréal n’est plus la même!

16 janvier 2009 - Sur le vieil album Longue distance, notre Robert Charlebois national chantait: «Je reviendrai à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer. J'ai besoin de revoir l'hiver et ses aurores boréales. J'ai besoin de sentir le froid (…) Je reviendrai à Montréal me marier avec l'hiver.» C’était en 1976! Il y a beaucoup de neige qui est tombée, mon cher Robert, depuis ce temps où nous voguions sous l’ère faste des Jeux Olympiques de l’incomparable et ineffable Jean Drapeau. Avec ce froid sibérien qui s’abat sur Montréal ces jours-ci, ce sont des paroles qui sont en plein dans le ton. Toutefois, je suis pas mal convaincu que les snowbirds québécois ne sont pas prêts de si tôt à revenir se marier avec l’hiver.

Depuis cette chanson quasi nostalgique de notre hiver rigoureux, près de quarante ans se sont écoulés et c’est vrai que cette ville aux cent clochers n’est plus la même. Elle s’est métamorphosée radicalement à un rythme accéléré, plus rapidement que le reste de la province. Plusieurs Québécois de souche se disent parfois étrangers dans cette mégapole nouvelle tendance et bien branchée, aux gratte-ciel élancés et aux visages multiethniques. À l’automne 2000, c’est l’émergence d’une nouvelle ville forte, grâce aux fusions forcées des nombreuses municipalités de l’île, dont Pierre Bourque s’était fait le promoteur acharné avec le slogan «Une île, une ville!» Celui que l’on surnommait sur un ton blagueur Géranium 1er, mordit amèrement la poussière quelques mois plus tard; les ex-banlieusards mécontents donnèrent leur appui à Gérald Tremblay qui remporta les élections de justesse avec 48,7 % des voix contre 44,5% pour notre botaniste émérite. La fusion n’est pas terminée pour autant, loin de là!

Avec les années, Montréal a certes changé, mais a surtout vieilli. Ça craque de partout! Les nids-de-poules foisonnent, les viaducs se fissurent, le système d’aqueduc coule de partout. On a beau colmater les brèches ici et là, ce ne sont que des cataplasmes. Ces jours derniers, plusieurs quartiers de la métropole y ont goûté à cause des cinq bris majeurs dans le système d’aqueduc. Tout un chantier en perspective pour notre grande ville! Mais ce qui se métamorphose le plus, ce sont les Montréalais eux-mêmes. Suite aux récentes données du recensement de 2006 de Statistiques Canada, le journal La Presse de mercredi dernier titrait: «Montréal vieillit». Nous le devinions déjà sans conteste! Nous apprenons toutefois dans ce vaste recensement que la population de la métropole grisonne très rapidement, que les 65 ans et plus sont désormais numériquement plus nombreux que les jeunes de moins de 15 ans. Monsieur le maire, il faudra bien déglacer vos trottoirs!

Dans ce Québec des accommodements raisonnablement recherchés et encore à trouver, nous apprenons que le français recule considérablement dans cette deuxième plus grande ville francophone au monde. Il s’agit de se promener, ici et là, dans plusieurs quartiers pour se rendre compte assez facilement que l’on parle de moins en moins la langue de Molière. Le visage de Montréal a littéralement changé avec l’arrivée massive d’immigrants au fil des ans. Il faut bien peupler ce Québec si nous voulons survivre! Dans l’ensemble de l’île, 54,2% seulement disent parler en français à la maison. C’est près de 5 personnes sur 10 qui ne parlent pas la langue nationale à la maison dans ce centre névralgique du Québec. Montréal, n’est-il pas le poumon de la province? Le recensement démontre hors de tout doute que les Montréalais dont la langue maternelle est le français sont minoritaires sur l’île.

La question fondamentale de l’avenir du français se pose de plus en plus avec acuité Vous conviendrez avec moi que les dispositions de la loi 101 ont été plus que malmenées au cours de la dernière décennie. Que d’accommodements ou d’entourloupettes juridiques ont compromis l’application de cette loi fondamentale qui indiquait sagement, il me semble, une voie pour garantir la durabilité d’un élément fondateur et essentiel de notre identité commune! Difficile de rebrousser chemin! Les récentes audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor ont donné un portrait assez bouleversant de ce Québec en mutation, de ce Montréal aux multiples visages. L’érosion rapide du français est un fait indéniable et la tendance semble quasi irréversible. Comment contrer la diminution usuelle de notre langue nationale dans la métropole? Les solutions ne sont pas simples et n’apparaissent pas clairement dans les aurores boréales de la chanson de Robert Charlebois. Les pistes d’avenir seront de plus en plus difficiles à cerner judicieusement, voire à imposer ultimement; l’avenir du français dépendra toujours de notre volonté commune et de notre fierté de le parler, de le répandre.

Les Québécois, dit de souche, ont un peu déserté cette grande ville moderne au profit des banlieues plus calmes et ils ont fait le choix d’avoir moins d’enfants. Saviez-vous que quatre ménages montréalais sur dix sont composés d’une seule personne? Quant aux jeunes familles, ils prennent le grand air du 450. Au fil des années, Montréal a vu sa population francophone traverser allégrement les ponts pour se retrouver dans un ailleurs plus conforme à leurs rêves. Que deviendra cette mégapole aux multiples visages au cours de la prochaine décennie? Quel y sera l’avenir du français, notre langue commune, à la base même de la question identitaire du Québec? J’aimerais rêver encore et toujours, chanter en paraphrasant Robert Charlebois: «Je reviendrai à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer. J'ai besoin de revoir l'hiver et ses aurores boréales. J'ai besoin de sentir le froid (…) Je reviendrai à Montréal me marier avec mes racines, ma langue.»

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( 152) Un Bye Bye qui n’en finit plus…

14 janvier 2008 - On dirait que 2008 ne finit plus de s’étirer avec cette fameuse saga du show télévisé le plus regardé de l’année. L’émission fétiche de Radio-Canada a fait tout un Bye Bye pour le moins controversé, si on en juge l’immense tollé, au terme de cette année éprouvante à bien des égards. Des mots irrévérencieux éclatent de partout sur la performance de nos supers héros du petit écran: honteux, inquiétant, manque d’intelligence. Le Bye Bye 2008 passera sans doute à l’histoire. Le couple Cloutier-Morissette, jusqu’alors loin de la tornade médiatique, sont revenus jeudi dernier de Floride pour rencontrer la presse et s’expliquer. Mais l’effet boomerang écorche profondément la télévision d’État et ses brillants dirigeants. Comment la société d’État peut-elle laisser passer ces platitudes, ces inepties?

La direction de Radio-Canada a, tant bien que mal, tenté d’éteindre les feux en signifiant avoir mis des réserves sur certaines parodies, mais que les auteurs ont choisi de tester les limites du public. Louise Lantaigne, directrice de la programmation de la société d’État, était dans ses petits souliers et elle a bien reconnu que la société d’État était allée trop loin. Le ministre du Patrimoine James Moore affirme avec vigueur que «c’était sans goût et insultant» Certains, surtout les plus offensés, réclament même la tête des dirigeants de Radio-Canada. Ce sont les téléspectateurs qui seront toujours les juges avisés de notre télévision nationale. Les bonzes de la société d’État, aussi fins et brillants stratèges qu’ils soient, auront beau brasser les éprouvettes remplie de créativité et de potion magique, il reste que la mesure est toujours de bon goût lorsque l’on s’adresse à un large public de plus de quatre millions de téléspectateurs.

Le Québec du Juste pour rire a fait de l’humour sa marque de commerce au fil des années. L’humour, c’est un peu comme marcher en équilibre sur un fil de fer. Tous ne sont pas de bons équilibristes et certains, fort heureusement pour nous, ne le seront jamais. Depuis plus d’une décennie, nous assistons à l’omniprésence d’un star système exploité à l’extrême qui doit produire des vedettes façonnées sous pression et sur mesure pour plaire, distraire et faire rire à gorge déployée. Certains artistes, souvent désabusés devant le système en place, vous diront, ce sont toujours les mêmes qui contrôlent tout et qui, au fond, ne sont plus drôles. Faire rire à tout prix, en empruntant les faits et gestes du parcours de vie des autres, est un chemin glissant, voire périlleux. Le tandem Cloutier-Morissette en a perdu le sourire, pour ne pas dire la face, lors de la conférence de presse de la semaine dernière. Des visages déconfits ont fait face à la junte de journalistes agglutinée dans un hôtel du centre-ville de Montréal. Il n’y avait rien de drôle ce jour-là!

Faut-il être encore si profondément traumatisés par toutes ces années d’oppression qui nous collent toujours à la peau et qui nous incitent sans cesse à prouver notre libéralisme flagrant, débridé et démesuré. Mais voilà qu’à travers ce sketch à grand déploiement de fin d’année, tout n’a pas passé. Non, pas cette fois-ci. Certaines années, les téléspectateurs trouvaient cela bon, moche, moyen, pas si mal et même très drôle. Mais cette année, le jugement global du public semble sans merci. Il y a des limites qu’il ne faut pas franchir. C’est le peuple qui juge et trop, c’est trop. Certains diront que les gens exagèrent tout le temps. «Sauf quelques petits gags et certains sketchs, ce n’était pas si mal au fond!» disait un passant à un journaliste en quête de l’opinion crue du public au lendemain de cette avalanche sans précédent de protestations à travers le pays.

Il peut-être bon de se demander si le Québec de 2009 n’est pas en train de changer. «Pu capable de l’entendre celle-là!» disait mon voisin de gauche lors du déroulement drolatique de ce fameux Bye Bye! Se pourrait-il que notre Québec vieillissant n’ait plus les mêmes ressorts et qu’il soit passé à autre chose. Nous savons trop bien que la bataille entre l’empire Quebecor et la Société Radio Canada est farouche et qu’il y a une guerre de tranchées réelle entre ces compétiteurs au quotidien. La course effrénée aux cotes d’écoute et au numéro un sur le podium font saliver bien des dirigeants de ces réseaux de télédiffusion. La question fondamentale demeure toutefois présente. Que devons-nous offrir à la population en quête d’information, de divertissement et de savoir?

La télé ne peut être, quoi qu’en pense plusieurs tenants d’un certain discours populiste ou au raz-les-pâquerettes, qu’un instrument de divertissement. Nous connaissons tous le rôle important, voire majeur que jouent les médias dans ce monde du tape-à-l’œil et de ce qui fait tendance. N’ayons crainte, les commanditaires le savent trop bien et eux aussi salivent plus qu’on ne le pense. Les dirigeants de la Société Radio-Canada auront sans aucun doute un bon examen à faire, suite à ce cafouillage, exagéré ou pas, de ce passage télévisuel mouvementé et quasi raté à 2009. Plusieurs observateurs, à juste titre, ne cessent de critiquer ouvertement certains tournants, parfois incompréhensibles, de notre télévision et de notre radio d’État. Dire que 2008, avec son lot d’épreuves, aurait peut-être aimé tirer sa révérence plus discrètement, mais un certain Bye Bye en aura décidé autrement. L’année est réellement terminée et la poussière de tout cela finira bien par tomber en se rappelant toutefois qu’il vaut sans doute mieux avoir un avenir prometteur qu’un passé raté.


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(151) Les premiers pas de 2009

13 janvier 2009 – «Nouvelle année, nouveaux projets» dit-on! Le monde sera-t-il meilleur en 2009? Question pertinente par les temps qui courent. C’est sous les bombes et les roquettes que l’année 2009 a fait ses premiers pas. La communauté internationale est plus que préoccupée par le combat acharné que se livrent Israël et le Hamas. Malgré les appels incessants des Nations Unies, les espoirs de paix semblent vains et même aux dires de plusieurs observateurs, prennent du recul. La bande Gaza est devenue zone d’enfer, voire d’horreurs qu’étalent à plein écran les chaînes télévisées. Entre vous et moi, nous y sommes presque!

Cette zone du monde est une vraie poudrière. Difficile de comprendre et de démêler ces interminables conflits. Verra-t-on naître un jour une paix durable dans ce bourbier, indéchiffrable pour les observateurs distants que nous sommes? Nous nous scandalisons devant les horreurs qui défilent sous nos yeux sans pouvoir y faire quelque chose et nous sommes, malgré nous, victimes d’une guerre d’images. Les nombreuses manifestations pacifiques qui s’organisent dans les grandes villes du monde témoignent de cette solidarité pour l’arrêt de ces massacres et pour une recherche de paix.

Dans tout ce branle-bas guerrier et diplomatique, on peut se demander si les belligérants la désirent réellement cette paix, cette cohabitation, ce respect des identités nationales. Nous ne sommes pas dupes; nous savons bien que ce conflit se nourrit aussi d’intérêts internationaux souvent inavoués et mal camouflés. Pendant ce temps, d’innocentes victimes meurent à chaque jour! Ces enfants de cette terre palestinienne et israélienne n’ont pas choisi de naître sous les bombes. Dans ce coin du monde, des générations entières n’ont connu que la guerre, l’expropriation, l’agression. Il y a des jours où l’on demande si on ne développe pas volontairement cette culture d’animosité, de haine, de violence. Un collègue de travail me disait: «Est-ce qu’il y a encore des choses à démolir dans cette région?» Les fondements de cette guerre s’inscrivent au cœur même de l’âme des belligérants en présence. Cette tragédie humaine reste pour la plupart d’entre nous un scandale et malheureusement pour un bon nombre d’observateurs quasi sans issue.

Pendant ce temps, le Canada continue de perdre des militaires en Afghanistan. Brian Richard Good, 42 ans, est la 107e victime canadienne depuis le début de la mission en 2002. Ce militaire de carrière a été tué dans l’explosion d’une bombe artisanale dans le district de Shah Wali Kot, à 35 kilomètres de Kandahar. Il laisse dans le deuil son épouse et ses deux enfants. C’était mercredi dernier. La mission canadienne, selon les promesses du gouvernement Harper, doit prendre fin en juillet 2011. D’ici là, il est clair que le bilan des morts continuera de s’alourdir. En acceptant de se lancer dans cette guerre dont on ne peut voir la fin, le Canada savait très bien dans quel engrenage il risquait d’être pris. Quelques 2500 soldats de chez nous sont toujours basés en sol afghan, terre hostile aux alliés, où le danger est rendu omniprésent par des forces talibanes rusées et tenaces. Certes le Canada, au terme de cette mission périlleuse, aura fait plus que sa part, car nos soldats se retrouvent dans la zone la plus meurtrière du pays. Le sacrifice des nôtres aura été proportionnellement plus élevé que celui des alliés engagés dans cette mission.

Le changement de garde à la Maison Blanche changera-t-il la donne dans le retrait des forces canadiennes en 2011? Le Canada pourra-t-il résister à la force d’attraction d’un Barack Obama qui débarquera prochainement, semble-t-il à Ottawa? Peut-on vraiment prendre une distance par rapport à nos puissants voisins du Sud? On peut s’interroger aussi sur nos propres convictions par rapport à ce conflit? Sommes-nous aussi pacifistes qu’on le dit? Saviez-vous que l’enrôlement de nouvelles recrues dans les forces armées canadiennes va plutôt bien? À ma grande surprise, les Québécois sont les plus nombreux à s’enrôler au pays. Imaginez, on rapporte dans les statistiques officielles qu’au moins 26% des jeunes recrues provenaient du Québec en 2007. Qu’est-ce qui motivent nos jeunes à se lancer dans cette aventure? Le patriotisme? Le défi? La soif du libérateur? Ici, je ne saurais ignorer le combat continuel et pacifiste du Dalaï Lama qui disait: «Le
désarmement extérieur passe par le désarmement intérieur. Le seul vrai garant de la paix est en soi.» Cela ne vaut-il pas aussi pour les Israéliens, les Palestiniens, les Talibans, les Canadiens, les Québécois?

L’année 2009 s’ouvre sur un monde tourmenté par de profondes crises internationales dont les solutions ne sont pas simples et demanderont plus que jamais une volonté et un engagement hors du commun de la part des nations désireuses d’améliorer le sort de la planète. La guerre, la famine, la pauvreté, le terrorisme, le VIH ne semblent pas s’estomper. Le Canada, sous une récession qui laisse de plus en plus des signes tangibles de sa présence, essaiera sans doute de colmater d’abord ses propres fissures dans ce vaste territoire de plus en plus lézardé par des régionalismes politiques. Au cours de 2008, nos États ont trouvé des sommes d’argent colossales pour faire la guerre aux quatre coins du monde, pour endiguer tant bien que mal la crise financière internationale. Qu’allons-nous trouver pour vivre un peu plus en paix et en harmonie?


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