( 26 ) Le huard d'envole...

17 septembre 2007 - Le huard canadien déploie largement ses ailes! Vendredi dernier, le cours du dollar a grimpé à plus de 97,00 $ US. Selon la plupart des observateurs, il poursuivra inexorablement son ascension et devrait être à parité avec la devise américaine d’ici quelques mois, pour le meilleur et pour le pire. Il est clair qu’une monnaie forte recèle des avantages, mais aussi des inconvénients. Certaines entreprises ont déjà fait part de leurs craintes et brandissent leurs épouvantails. De quoi susciter peurs et tremblements chez bon nombre de travailleurs de chez nous. Comment expliquer cette montée constante du dollar canadien depuis cinq ans?

L’économie canadienne est principalement à la remorque de celle du géant américain; la valeur de notre devise oscille proportionnellement selon la force ou la faiblesse de l’économie américaine. Présentement, l’économie de nos voisins s’essouffle et le billet vert états-uniens perd de sa valeur sur les marchés mondiaux. La monnaie canadienne devient alors une monnaie refuge de premier choix, grâce largement au potentiel des ressources naturelles et énergétiques ainsi qu’à la santé économique de notre pays. Le Canada possède un trésor mondial de ressources inexploitées, largement en demande dans ce monde énergivore. C’est un fait, dans le concert des nations, le Canada est un pays riche, mais son influence internationale demeure toutefois moyenne. Ce n’est pas tant la force du huard qui inquiète les experts et le commun des mortels, mais la nouvelle politique étrangère qui semble se dessiner pour notre pays.

Membre du club select du G8, le Canada a acquis depuis la deuxième guerre mondiale une réputation enviable. Sur la scène internationale, il a toujours joué un rôle de modérateur et ses nombreux engagements dans des missions de paix sont plus qu’honorables. D’ailleurs, la création des Casques bleus en 1956, sous l’initiative de Lester B. Pearson, donna au Canada des lettres de noblesse et ouvrait de nouvelles perspectives sur le plan diplomatique. Le Canada a toujours su se démarquer des politiques plus agressives de ses voisins du sud; son image et ses initiatives internationales étaient plus positives et conciliatrices. Mes cinq années d’engagement dans le réseau onusien, ainsi que mes tournées dans une cinquantaine de pays pour diverses missions, confirment la perception largement répandue d’un pays pacifiste et conciliateur. Dans les années 90 par exemple, le Canada a profité largement du retrait des américains de l’Unesco; il a su se positionner au sein de cette organisation en y jouant un rôle inédit. Historiquement, le Canada a toujours joué la carte du consensus; cela lui a toujours bien servi. Plusieurs se demandent par les temps qui courent si les dirigeants de ce pays ne sont pas en train de perdre la carte, notre carte maîtresse.

La récente visite de Stephen Harper en Australie et ses différentes déclarations soulèvent une inquiétude par rapport au rôle traditionnel de pays pacificateur sur la scène internationale. L’engagement militaire du Canada, très controversé par l’ensemble des Canadiens, s’approche dangereusement de la politique agressive de nos voisins du sud. Là aussi la parité avec la philosophie américaine n’est pas si loin. Notre huard s’envole certes vers des sommets inégalés, mais pour mener quel combat? Il est vrai que le huard n’est pas une colombe après tout; il risque néanmoins de prendre du plomb dans l’aile.

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3 commentaires:

conscience a dit...

Excellente réflexion! Le gouvernement Harper est en train de modifier l'image pacifique du Canada. De quel droit? Nous avons beau avoir un dollar fort, il ne faut toutefois pas perdre son âme!

leravisseur a dit...

Je trouve que notre dollar monte rapidement, peut-être trop. Comment les entreprises vont-elles s'ajuster. Le tout va trop vite. Je plains tous les ouvriers qui vont perdre leur travail.

Auditeur RVM a dit...

J’ai lu avec intérêt votre texte intitulé Le huard s’envole…
Je suis un étudiant en sciences économiques. Votre analyse est tout à fait juste. J’aime bien le lien que vous faites entre notre huard et la diplomatie canadienne à la sauce Harper. J’ose espérer que notre huard fort qui fait de nous des gens plus riches ne servira pas à financer l’effort de guerre mais les plus démunis de notre pays. Bonne continuation. (J.L.)