(142) Le fossé

16 décembre 2008 – Noël, c’est l’amour! Un refrain que nous chanterons les prochains jours, à maintes reprises, sur tous les tons et dans différentes langues. S’il y a une fête chez nous qui nous ouvre grand le cœur et la main, c’est bien celle-là! Guignolées, paniers de Noël, parties de bureau, distributions de jouets, fêtes des enfants et j’en passe. Tous se donnent la main pour que Noël fasse du bien. Dans tous les coins et recoins de la province, nous chanterons des cantiques, des airs folkloriques sous une blanche neige qui s’est imposée à nous depuis quelques jours. Quel panorama magnifique avec ces branches lourdes et givrées! Il devrait être assurément blanc notre Noël 2008. Sur la route qui nous mène à la crèche de la Nativité, il y aura inévitablement à notre esprit la précarité des plus pauvres, des «laissés-pour-compte» et des sans-logis qui nous questionnera profondément, disons davantage pour les artisans de justice et d’équité. Peut-on fêter allègrement pendant que certains coucheront dehors au fond d’une ruelle le soir de Noël? C’est aussi cela la réalité de Noël chez nous. John Littleton, ce fils d’un pasteur noir originaire du sud états-uniens, chantait si bien dans les années 70 ces paroles qui émeuvent toujours : «C'est Noël chaque fois qu'on force la misère à reculer plus loin. C’est Noël sur la terre chaque jour, car Noël, ô mon frère, c’est l’amour.» Qu’en est-il de cette misère, mes amis?

Dans l’édition de La Presse de samedi dernier, le journaliste André Noël nous présentait un dossier intitulé: «La pauvreté s’étend dans l’île». Dossier percutant qui m’a profondément interpellé en cette période préparatoire aux festivités du 25 décembre. «Les familles défavorisées, chassées de chez elles en raison de la hausse des loyers, s’installent en périphérie de l’île. Ce qui ne change pas, c’est le nombre de pauvres. Leurs dettes dépassent désormais la valeur de leurs biens » écrit le journaliste. De 1999 à 2005, le fossé entre les riches et les pauvres n’a cessé de s’élargir. L’écart se creuse dangereusement et à bien des égards d’une façon dramatique. En fait, les plus pauvres le sont davantage et en plus, deviennent numériquement plus nombreux. Les statistiques ne mentent pas et les signes de mendicité non plus. Il s’agit de circuler quelque peu sur certaines artères montréalaises pour s’en rendre compte assez rapidement merci. Tout un fossé, mes amis! Quoi de plus humiliant que d’être chassé de chez soi par manque de ressources.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, «les 20% de familles québécoises les plus pauvres ont vu leurs dettes dépasser en importance la valeur de leurs biens ». Ces 680 000 familles de chez nous ont vu leur patrimoine fondre de 900% en six ans. Vous lisez très bien, 900%! Ce n’est pas rien à la veille d’une récession! En 2005, tous les indicateurs démontrent sans équivoque une recrudescence de l’inégalité. Les chercheurs constatent aussi que la moyenne des revenus inférieurs a diminué malencontreusement de 6,8% et celle de la moyenne des revenus supérieurs a augmenté de 14,4%. Le fossé se creuse de plus en plus entre ceux qui possèdent et ceux qui triment dur pour survivre!

Il est scandaleux de constater que dans notre coin de pays, il y a tant de pauvreté. Les récents discours de nos politiciens et le gaspillage éhonté de sommes astronomiques pour des récentes élections inopportunes n’ont fait qu’accentuer ce scandale. Dans des discours ronflants, les candidats au trône visaient davantage des perspectives carriéristes que l’amélioration du sort et du bien-être des plus vulnérables de notre société. Le Québec a tout ce qu’il faut pour nourrir amplement les siens. Saviez-vous que des centaines d’enfants ne mangent pas à leur faim sur l’île de Montréal? Dans la métropole, 50% des écoles primaires offrent une collation qui coûte à elle seule un peu plus d’un million de dollars. Selon les responsables du programme d’aide alimentaire de la Commission scolaire de Montréal, 2800 enfants bénéficient actuellement d’une aide financière afin de manger un excellent repas chaud le midi. La situation critique de certaines écoles exigerait un programme d’aide bonifié, soit d’au moins 4000 repas par jour. Il est vrai que l’apprentissage nécessite des énergies et qu’il est toujours plus difficile d’apprendre le ventre vide. Imaginez cette situation à l’échelle de la province. Comment se fait-il que dans un pays regorgeant de richesses des enfants ne puissent manger à leur faim?

Depuis quelques semaines, nous entendons de la part de dirigeants de centres d’accueil et de distribution de denrées alimentaires un vibrant cri d’alarme. Les gens de chez nous ont faim et ne réussissent pas joindre financièrement les deux bouts. Avec la récession qui donne des signes évidents de déchaînement, rien n’est rassurant pour les familles à faible revenu. Il sera plus que nécessaire de déployer notre solidarité, mais pour cela il sera important d’être attentifs et vigilants à ce qui se passe autour de nous, dans nos propres familles parfois. L’abondance n’est pas pour tout le monde! La répartition de la richesse est un défi constant pour nos dirigeants. Soyez certains, qu’en cette période, l’argent ne semble pas faire le bonheur des plus pauvres. La pauvreté peut conduire à la misère et celle-ci n’a pas de frontière. Pour sortir de la misère, nous le savons très bien, il faut plus qu’une main tendue.

Sur cette route qui mène à Noël, il y a des gestes et des mots qui peuvent adoucir, soulager, rendre joyeux, voire changer des vies. Il faut croire aux petits miracles de Noël. En terminant, je ne peux m’empêcher de fredonner avec bon espoir, sur un air plus que connu, ces mots bien de circonstance du regretté John Littleton qui savait si bien les chanter:
«C'est Noël dans les yeux du pauvre qu'on visite sur son lit d'hôpital. C'est Noël dans le cœur de tous ceux qu'on invite pour un bonheur normal. C’est Noël dans les mains de celui qui partage aujourd’hui notre pain. C’est Noël quand le gueux oublie tous ses outrages et ne sent plus la faim. C’est Noël sur la terre chaque jour, car Noël, ô mon frère, c’est l’Amour.»


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5 commentaires:

Auditeur RVM a dit...

(Robert Tremblay) J’ai grandement apprécié votre texte intitulé : « Le fossé ». Merci de nous sensibiliser à la misère de ceux qui nous entourent. Puisse le temps des fêtes changer un peu nos cœurs. Je suis admiratif! 17-12-08

Auditeur RVM a dit...

(Lise Lemay) Je suis toujours étonnée de votre facilité à nous faire entrer dans le vrai, le concret de la vie. Votre blogue me suit. Je viens à toutes les semaines lire vos réflexions que je reproduis pour des amies en perte d’autonomie. Il arrive parfois que nous échangions sur vos écrits. Je vous souhaite un bon temps des fêtes. Merci de garder contact avec nous. 17-12-08

Auditeur RVM a dit...

(Luc Senay) C’est admirable! Je ne peux rien ajouter de plus! Bonne continuation. 17-12-08

Auditeur RVM a dit...

(Marc Vadnais) Je viens de découvrir votre blogue. Super intéressant! Enfin, il y en a un qui de la substance, de l’intelligence et de la profondeur. Je reviendrai encore! J’ai beaucoup apprécié le présent article. 18-12-08

Auditeur RVM a dit...

(Jacques Parent) Vous jouez peu dans le pathétique parfois mais je concède que vous appuyez toujours vos dires par des chiffres irréfutables. Je rends hommage à votre audace et à votre capacité de dire la vérité avec finesse. Un art! 19-12-08