( 153 ) Montréal n’est plus la même!

16 janvier 2009 - Sur le vieil album Longue distance, notre Robert Charlebois national chantait: «Je reviendrai à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer. J'ai besoin de revoir l'hiver et ses aurores boréales. J'ai besoin de sentir le froid (…) Je reviendrai à Montréal me marier avec l'hiver.» C’était en 1976! Il y a beaucoup de neige qui est tombée, mon cher Robert, depuis ce temps où nous voguions sous l’ère faste des Jeux Olympiques de l’incomparable et ineffable Jean Drapeau. Avec ce froid sibérien qui s’abat sur Montréal ces jours-ci, ce sont des paroles qui sont en plein dans le ton. Toutefois, je suis pas mal convaincu que les snowbirds québécois ne sont pas prêts de si tôt à revenir se marier avec l’hiver.

Depuis cette chanson quasi nostalgique de notre hiver rigoureux, près de quarante ans se sont écoulés et c’est vrai que cette ville aux cent clochers n’est plus la même. Elle s’est métamorphosée radicalement à un rythme accéléré, plus rapidement que le reste de la province. Plusieurs Québécois de souche se disent parfois étrangers dans cette mégapole nouvelle tendance et bien branchée, aux gratte-ciel élancés et aux visages multiethniques. À l’automne 2000, c’est l’émergence d’une nouvelle ville forte, grâce aux fusions forcées des nombreuses municipalités de l’île, dont Pierre Bourque s’était fait le promoteur acharné avec le slogan «Une île, une ville!» Celui que l’on surnommait sur un ton blagueur Géranium 1er, mordit amèrement la poussière quelques mois plus tard; les ex-banlieusards mécontents donnèrent leur appui à Gérald Tremblay qui remporta les élections de justesse avec 48,7 % des voix contre 44,5% pour notre botaniste émérite. La fusion n’est pas terminée pour autant, loin de là!

Avec les années, Montréal a certes changé, mais a surtout vieilli. Ça craque de partout! Les nids-de-poules foisonnent, les viaducs se fissurent, le système d’aqueduc coule de partout. On a beau colmater les brèches ici et là, ce ne sont que des cataplasmes. Ces jours derniers, plusieurs quartiers de la métropole y ont goûté à cause des cinq bris majeurs dans le système d’aqueduc. Tout un chantier en perspective pour notre grande ville! Mais ce qui se métamorphose le plus, ce sont les Montréalais eux-mêmes. Suite aux récentes données du recensement de 2006 de Statistiques Canada, le journal La Presse de mercredi dernier titrait: «Montréal vieillit». Nous le devinions déjà sans conteste! Nous apprenons toutefois dans ce vaste recensement que la population de la métropole grisonne très rapidement, que les 65 ans et plus sont désormais numériquement plus nombreux que les jeunes de moins de 15 ans. Monsieur le maire, il faudra bien déglacer vos trottoirs!

Dans ce Québec des accommodements raisonnablement recherchés et encore à trouver, nous apprenons que le français recule considérablement dans cette deuxième plus grande ville francophone au monde. Il s’agit de se promener, ici et là, dans plusieurs quartiers pour se rendre compte assez facilement que l’on parle de moins en moins la langue de Molière. Le visage de Montréal a littéralement changé avec l’arrivée massive d’immigrants au fil des ans. Il faut bien peupler ce Québec si nous voulons survivre! Dans l’ensemble de l’île, 54,2% seulement disent parler en français à la maison. C’est près de 5 personnes sur 10 qui ne parlent pas la langue nationale à la maison dans ce centre névralgique du Québec. Montréal, n’est-il pas le poumon de la province? Le recensement démontre hors de tout doute que les Montréalais dont la langue maternelle est le français sont minoritaires sur l’île.

La question fondamentale de l’avenir du français se pose de plus en plus avec acuité Vous conviendrez avec moi que les dispositions de la loi 101 ont été plus que malmenées au cours de la dernière décennie. Que d’accommodements ou d’entourloupettes juridiques ont compromis l’application de cette loi fondamentale qui indiquait sagement, il me semble, une voie pour garantir la durabilité d’un élément fondateur et essentiel de notre identité commune! Difficile de rebrousser chemin! Les récentes audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor ont donné un portrait assez bouleversant de ce Québec en mutation, de ce Montréal aux multiples visages. L’érosion rapide du français est un fait indéniable et la tendance semble quasi irréversible. Comment contrer la diminution usuelle de notre langue nationale dans la métropole? Les solutions ne sont pas simples et n’apparaissent pas clairement dans les aurores boréales de la chanson de Robert Charlebois. Les pistes d’avenir seront de plus en plus difficiles à cerner judicieusement, voire à imposer ultimement; l’avenir du français dépendra toujours de notre volonté commune et de notre fierté de le parler, de le répandre.

Les Québécois, dit de souche, ont un peu déserté cette grande ville moderne au profit des banlieues plus calmes et ils ont fait le choix d’avoir moins d’enfants. Saviez-vous que quatre ménages montréalais sur dix sont composés d’une seule personne? Quant aux jeunes familles, ils prennent le grand air du 450. Au fil des années, Montréal a vu sa population francophone traverser allégrement les ponts pour se retrouver dans un ailleurs plus conforme à leurs rêves. Que deviendra cette mégapole aux multiples visages au cours de la prochaine décennie? Quel y sera l’avenir du français, notre langue commune, à la base même de la question identitaire du Québec? J’aimerais rêver encore et toujours, chanter en paraphrasant Robert Charlebois: «Je reviendrai à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer. J'ai besoin de revoir l'hiver et ses aurores boréales. J'ai besoin de sentir le froid (…) Je reviendrai à Montréal me marier avec mes racines, ma langue.»

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7 commentaires:

Auditeur RVM a dit...

(Paul Trudeau) Excellent texte. J’aime cela ! 16-1-09

Auditeur RVM a dit...

(Madeleine Paquette) Une belle analyse. C’est vrai que Montréal a changé. J’ose espérer que nous retrouverons notre place dans ce grand village du multiculturel. 16-1-09

Auditeur RVM a dit...

(Diane Petit) J’aime Montréal. Je la vois changer. Je ne peux dire si cela est pire ou moins pire qu’avant. Ce qui me fait le plus de peine, c’est la diminution des francophones. Il faut faire quelque chose. 16-1-09

Auditeur RVM a dit...

(Serge Courtemanche) Montréal, c’est Montréal. Il y a deux réalités dans la province : Montréal et le reste de la province. J’ai l’impression que Montréal est devenue une province en soi. Les francophones ne retrouvent plus leurs racines dans cette ville fusionnée de force. 16-1-09

Auditeur RVM a dit...

(Jean-Maurice Huard) Le blogue est un peu frisquet aujourd'hui, je me demande bien pourquoi? Il est vrai que j'ai dû partager notre dîner de Noël avec 7 nationalités et que l'anglais m'a permis d'être un hôte chaleureux, sympa et attentif. C'est sans doute ce que mon invitée d'Allemagne rapportera comme souvenir de Montréal même si le repas avait lieu à Laval. On peut lire dans l'actualité que des joueurs de hockey étrangers veulent demeurer à Montréal, qu'un grand médecin-chercheur a refusé un alléchant contrat aux É-U pour revenir à Montréal, son ancienne ville. Il m'est arrivé récemment de revenir de New York en automobile et qu'à partir des douanes, les nids-de-poule des routes du Québec m'ont fait regretter les Hi-Way américains mais que par contre, quand j'ai vu les bons restaurants de Montréal, je n'ai point pensé au creux des rues mais plutôt à celui de mon estomac privé de mets savoureux depuis une bonne semaine.
Et je suis certain que ce qui a convaincu Obama de faire sa première visite au Canada, c'est sa petite randonnée secrète à Montréal qu'il fera avec toute sa famille! Mais j'en ai trop dit... le FBI l'ayant classée: «Top Secret». 16-1-2009

Auditeur RVM a dit...

(Roland Simard) Intéressant mon cher monsieur. 17-1-09

Auditeur RVM a dit...

(Liliane Martin) C’est vrai que Montréal a changé. J’attends des gouvernements un effort plus important pour promouvoir le français. Il manque de volonté politique. 18-1-09